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03.02.2011

O tempora ! O mores !

Tout le monde se souvient de cette célèbrissime réplique de Pivert/de Funès à son chauffeur Henri Guybet: "Salomon ! Vous êtes juif ? " qui déclenchait immanquablement les rires, tant il était évident qu'aucun goy ne pouvait s'appeler comme le bâtisseur du temple de Jérusalem !
Depuis lors, la valse des prénoms à la mode s'est affranchie des racines culturelles ou religieuses, une même fratrie pouvant héberger des petits Nathan, Boris, Iago ou Clara, sans qu'on doive y chercher des ancêtres exotiques, juif, russe, espagnol ou italien. Si on y ajoute les héros des séries américaines, les vainqueurs des téléréalités et les variantes créatrices de prénoms plus banals que l'on entend personnaliser, on voit bien que les parents n'ont plus besoin de saints patrons efficaces pour leur progéniture et qu'il n'y a plus guère que chez les Wathelet que survient encore un roi mage à chaque génération.
Dès lors, continuera t-on longtemps à rigoler de la feinte ? On verra.  Peut-être les générations futures ne comprendront-elles plus ce que ça a de drôle, exceptée la mimique de de Funès bien sûr !

Dans le même ordre d'idées - celui de l'évolution des référents et des normes - je me souviens d'une autre blague qui avait cours il y a une vingtaine d'années : deux gamines, 4 et 6 ans, participent à une fête de famille quand, en fin de journée, l'aînée dit à la plus jeune " j'ai trouvé une capote dans la véranda"; la cadette demande alors "c'est quoi une véranda ? ".
J'y repensais hier soir après avoir visionné le bon thriller de Grégoire Vigneron "sans laisser de traces". Le DVD comportait un bonus, un court-métrage des débuts du même réalisateur, qui s'intitulait "une fausse image de moi". Sur la boite comme dans le générique figurait l'avertissement "attention, certaines scènes pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes".

Le grand film comportant deux séquences assez violentes, j'ai pensé qu'il s'agissait d'actions du même ordre.
Je n'y étais pas du tout ! Voici le pitch comme on dit aujourd'hui: Le héros, invité par une amie photographe expérimentale à poser pour elle, feuillette son press-book et découvre qu'elle constitue en fait une collection de clichés de pénis en érection. Le voilà donc sommé, après une brève étreinte plutôt pudique, d'exhiber le résultat de son imagination, alors que sur le mur derrière lui s'affiche un immense gros-plan d'un triangle féminin méticuleusement épilé.

Ce n'était franchement pas porno; c'est pourquoi la vision de photos de membres virils bien inspirés et de ce grand minou supposé artistique ne devait "heurter la sensibilité" que "des plus jeunes", probablement donc les protagonistes de ma blague, les 4-6 ans.

N'empêche que je me reportais 50 ans en arrière, à ma tendre enfance et même à mon adolescence aussi envahie de questions que consciencieusement préservée des réponses: combien avions-nous vu de pénis en érection avant notre première relation amoureuse sérieuse ? Où d'ailleurs ? Nos livres scolaires ne proposaient pas d'illustrations sorties de l'enfer des grands musées, les films où un bout de sein apparaissait était "interdit aux moins de 16 ans", alors un zizi, et en forme encore bien, impensable !! Les plages naturistes existaient mais les messieurs y étaient priés de n'avoir aucune mauvaise pensée et de toutes façons, rares étaient les reportages TV sur le sujet qui passaient en prime time.

Aujourd'hui les décideurs dûment mandatés pour protéger nos chères têtes blondes sont devenus fort réalistes: ils en ont vu bien d'autres, inutile de viser trop haut (ou trop bas ? )  Seule la sensibilité des plus jeunes pourrait (pas sûr, donc) être heurtée.
Je revisite donc ma blague : "tu vois, le monsieur, il bande devant l'objectif" - "c'est quoi un objectif ? "

10.07.2009

Lorsque l'enfant se montre

Je termine d'aligner mes courses sur le tapis roulant quand arrive un jeune couple. Elle est enceinte pour après demain et ne paraît pas avoir vraiment réalisé la chose si j'en juge par ses habits : ni son tee-shirt ni son pantalon ne semble en effet adapté à la situation, le haut roulé juste sous le soutien-gorge et le bas repoussé au ras du mini-slip.
Entre les deux, un énorme ventre nu, avec un comique nombril qui émerge comme un cratère lunaire sur la blancheur de la peau finement striée de veinules bleuâtres. Elle va et vient tranquillement entre le caddie et les allées,  tandis qu'il aligne consciencieusement le fruit de ses aller-retour. Ses sandales en bois clapotent sur le pavement, incitant clients et caissières à la suivre des yeux ou à tendre l'oreille pour deviner entre quel rayon elle va réapparaître.
Les regards sont évidemment fixés sur ce ventre rond qui ne prétend pas se cacher, avec amusement, attendrissement, certains quand même un peu choqués; mais l'ensemble est plutôt amical et elle est tellement naturelle qu'il serait indécent d'y voir ... de l'indécence.

Je repense à une expo visitée il y a deux ou trois ans dans un village de la Basse Meuse. Elle racontait 100 ans de vie scolaire dans ce petit coin rural, avec les vieux bancs, les tableaux noirs, les anciens manuels, les cahiers de poésie, les cartes du Congo Belge et les "travaux des champs selon les saisons", les pages d'écriture, les encriers et les porte-plumes...
Il y avait aussi des textes officiels, des facturiers, des registres d'inscriptions, des palmarès de résultats, des règlements et des contrats.

Parmi tout cela, nous avions été frappés par une lettre calligraphiée, portant l'en tête de l'école Saint ... et datée des années 50. Elle avertissait Madame X qu'il était mis fin à son contrat puisqu'elle n'en avait pas respecté les termes. Elle s'était en effet engagée à ne pas attendre famille aussi longtemps qu'elle resterait en poste, cet "état intéressant" risquant de susciter une curiosité malsaine et prématurée chez ses élèves....

On peut s'étonner qu'une école catholique empêche une épouse, car elle était mariée,  d'avoir des enfants, malgré le commandement divin de "croissez et multipliez-vous" mais ceci est une autre question.

Ce qui m'amuse ici, c'est la formidable évolution des moeurs en un demi-siècle: ce qui autrefois ne pouvait même pas se deviner sous l'habit, aussi ample fut-il, est aujourd'hui largement mis en évidence par des vêtements spécialement étudiés pour glorifier au contraire la grossesse.
Et, comme dans mon supermarché, certaines n'acceptent même pas qu'un tissu, aussi moulant soit-il, dissimule ce qui les rend si fières et si uniques. J'imagine la mère supérieure de Bassenge arrivant dans mon Delhaize hier après midi ;-))

Il est bon de se rappeler de temps en temps d'où on vient !