31.01.2011
Soulevons le voile: un petit coup aux préjugés
J'ai des difficultés avec le voile porté par les femmes de confession musulmane. Même si je me raisonne, j'y vois deux éléments qui me donnent des boutons: une inégalité de statut social entre l'homme et la femme et le retour du religieux.
Ma génération, celle des ados sixties et donc des sexas aujourd'hui, a assisté à deux grands mouvements; d'abord les combats du féminisme et la conquête d'une série de libertés qui semblaient incontestables. Ensuite la "mise au pas" de l'Eglise catholique, ou plutôt l'estocade finale d'un travail de détricotage de ses privilèges et de son pouvoir sur la société, entreprise systématiquement menée dans nos démocraties occidentales dès le 19es.
Comme je l'ai déjà exprimé ailleurs, je suis plutôt croyante et même pratiquante, ce qui fait de moi une rareté du 3e millénaire belge. Mais cela ne diminue en rien ma satisfaction devant ce que je croyais aussi une route sans retour, celle de la foi enracinée dans le coeur mais pas sur la voie publique, celle du dialogue bienveillant et de l'abandon des certitudes, celle des hommes et femmes de bonne volonté, dépassant leur adhésion philosophique pour s'atteler à rendre la vie ensemble plus fraternelle, celle enfin où Dieu ne s'installe plus dans les tables de nuit mais s'adresse à ses enfants devenus adultes pour leur dire "agis selon ta conscience".
Cette évolution ne fut pas une mince affaire et on sait que la tentation du pouvoir sur la société et du contrôle des esprits est toujours bien présente même s'il faut à l'Institution-Eglise un dos fort costaud pour supporter le tir nourri des caricaturistes, éditorialistes et autres billets d'humeuristes... Il est vrai que, comme dirait la rue, "elle n'en rate pas une", dans ses discours comme dans le comportement scandaleux de certains de ses membres.
Malgré tout ou plutôt grâce à cette liberté de ton et cette volonté régulièrement assénée de repousser la religion dans la sphère privée, nous vivions dans un pays où on était croyant, sceptique, athée, indifférent, avec la même liberté, y compris celle de naviguer d'une position à l'autre. Ca ne regardait que nous.
Cette diminution du poids de la religion sur les consciences a eu pour vase communicant la libéralisation des comportements, dont on doit se réjouir. Nous avons créé une société mixte où hommes et femmes peuvent étudier et travailler côte à côte (voire plus si affinité), où on part en vacances avec qui on veut, où on choisit son partenaire, l'étendue de la famille et le rythme de sa composition, où l'erreur est permise et les essais multiples non sanctionnés. On peut regretter que cela mène parfois à des excès mais dans l'ensemble, le progrès est indéniable et doit être préservé.
Alors quand je vois une jeune femme voilée, quand je découvre que, boucles au vent en 1ère année du sup, cette étudiante revient en septembre emmitouflée (et mariée), je râle. Quand l'une d'elles m'explique que non le Coran n'est pas sexiste puisque les garçons aussi doivent respecter des prescrits de pudeur et que je vois les filles voilées sur les tribunes et les gaillards dans l'eau en train d'emmm... les blanches-bleues-belges, je râle. Si c'st une obligation religieuse, alors pourquoi seulement les filles ?
Je ne sais d'ailleurs pas ce qui me tracasse le plus : que des filles, sous la pression de la famille ou du groupe, en soient réduites à se couvrir. Ou que, dûment convaincues par une démarche personnelle, elles décident de prendre le voile, malgré le niveau élevé d'études, malgré les questions soulevées par ce que signifie socialement ce foulard. Ou enfin, que des jeunes femmes, modernes, qui travaillent et aiment librement, m'expliquent que oui elles sont croyantes, non elles ne sont pas encore arrivées à franchir le pas, à devenir aussi de vraies bonnes musulmanes, le foulard devenant l'idéal à atteindre, le symbole d'une perfection.
Cela me rappelle la petite croix de cendres que nous arborions fièrement sur notre front, en sortant de l'office du début de Carême. On toisait ces passants mécréants ou tièdes qui ne nous arrivaient pas à la cheville. Bien sûr, ce n'était ni dit, ni même consciemment pensé mais c'était bien cela qui nous donnait l'envie et l'audace de nous promener ainsi.
Donc, je résume, je ne parviens que difficilement à imaginer une autre alternative que "forcée par la famille" ou "hélas volontairement soumise à une religion misogyne".
Pourtant, pourtant ...
Il y a une semaine dans le corridor d'accès à la galerie commerciale près de chez moi, je vois pointer à l'autre bout trois silhouettes tout de noir enveloppées. Seule, une toute petite tache claire signale le triangle yeux-nez-bouche. Je sens déjà monter en moi une colère contre les pauvres filles asservies quand brusquement de ce front uniforme jaillit un éclat de rire, puis un autre et lorsqu'elles me croisent, je les découvre, bavardes, rigolotes, pleines d'énergie. Rien de soumis ni d'écrasé en elles, parfaitement à l'aise malgré leurs kilos de tissus.
Hier, je fais une petite promenade le long de la Meuse, sur un chemin qui domine le Ravel quand j'entends se rapprocher de moi des bruits de voix. Je me retourne et vois une africaine et deux musulmanes d'âge bien mûr, leur foulard rentré dans le col de leur vareuse, le jogging large ne cachant pas vraiment de sympathiques rondeurs. Elles papotent en courant, le rire strident de la copine noire est repris en choeur par ses deux co-joggeuses. Elles sont gaies, affranchies, bien dans leurs baskets ... et leurs voiles.
Force m'est de déverrouiller quelques-uns de mes préjugés, de ranger ces deux scènes au milieu de ma collection déprimante de femmes obéissantes, d'accepter que les situations sont bien plus nuancées que je ne l'imagine, et que les chemins pour arriver ou vivre sa liberté sont eux aussi variés. Si on est féministe, ne doit-on pas faire confiance aux femmes ? A toutes les femmes.
17:43 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voile, femme, liberté, préjugé
07.03.2009
Femme: tout est-il gagné ?
Pour faire pleurer dans les chaumières et convaincre facilement que la réponse à ma question est évidemment non, je vais, démagogiquement, commencer par une "brève" saisie ce matin sur lalibre.be: le Vatican approuve la décision d'excommunication prononcée par l'Evêque de Récife au Brésil. Il a en effet exclu de l'Eglise catholique la maman d'une petite brésilienne de 9 ans ainsi que l'équipe médicale qui a répondu à sa demande d'avortement. La gamine avait été violée par son beau-père et était enceinte de jumeaux. Outre toutes les séquelles psychologiques d'un viol incestueux, encore alimentées par la maternité qui s'en suit, les médecins craignaient des complications durant la grossesse de cette petite fille.
OK, ce n'est qu'un fait divers, dramatique mais rarissime. Pourtant il rassemble, de manière certes extrême, toutes les violences faites à la femme depuis l'apparition de l'être humain, s'extirpant péniblement de son animalité.
Sa capacité d'assurer la survie de l'espèce l'a d'emblée soumise à l'autorité du père, du chef de clan, du mari; elle lui a, sauf dans notre Occident récent, retiré tout droit à se choisir librement un compagnon, à mettre au monde des enfants désirés ou à décider de ne pas en avoir.
L'amour qu'elle portait à ses petits l'a rendue vulnérable aux pressions, l'a obligée parfois à se dresser contre les lois des mâles, à prendre des risques, à mettre sa propre vie en danger.
Les religions de toutes inspirations, effrayées par la force de la pulsion sexuelle et par ce pouvoir de vie, ont sacralisé des comportements, qui n'étaient bien souvent que relations de domination, ajoutant la culpabilisation à la souffrance.
A l'injustice naturelle qui fait qu'à acte égal, - une relation sexuelle non protégée et parfois non consentie - seule la femme en portera les conséquences matérielles - les gouvernements et les sociétés ont rajouté des peines plus lourdes, des attitudes stigmatisantes, des exclusions mortifères.
Il faut donc sans cesse rappeler que si, dans un auditoire de 200 étudiants en Belgique francophone, plus de la moitié sont des filles, si elles sont assises aux côtés de garçons avec qui elles peuvent entamer une histoire d'amour sans que la société juge bon d'intervenir, si elles ont librement choisi leur manière de s'habiller, si elles lisent les livres qui les intéressent, regardent les films qui les attirent, pratiquent les sports ou loisirs qui les tentent, toutes ces multiples libertés, qui nous semblent évidentes ici et maintenant, sont le résultat de nombreux combats : pour l'accès à l'instruction, pour le libre choix des études, pour la mixité de l'école et de la société, contre l'emprise de la morale religieuse, contre le mariage forcé, pour le droit à disposer de soi-même, de son corps et de ses sentiments mais surtout pour un changement de regard qui a fait de la femme un "homme comme un autre" et pas seulement une mère ou une éternelle mineure
D'ailleurs si le papa a le droit de pouponner et câliner, si le garçon peut montrer son côté tendre et rêveur, s'il peut préférer faire le marché et les repas pendant que sa compagne est partie "à la chasse tuer le mammouth" ;-)) c'est aussi le résultat de combats sur le droit d'être une personne, unique et non d'obéir aux stéréotypes.
Des combats qui ne sont pas définitivement gagnés. Non seulement parce que la tentation de reprendre le pouvoir perdu est toujours là, parce que d'anciennes morales ou de nouveaux intégrismes prétendent renfermer dans la maison et l'obéissance les jeunes filles, mais aussi parce que des lois supposent des moyens et que l'accès aux structures mises en place par les lois supposent aussi des moyens.
Or, un changement de majorité politique, une baisse des ressources de l'Etat, une crise de l'emploi et un retour de mentalités machistes peuvent se combiner pour supprimer des campagnes d'information, diminuer le remboursement de médicaments ou d'actes médicaux, raréfier les spécialistes prêts à effectuer ses actes, renvoyer la femme à ses fourneaux.
Il convient donc de rester vigilant, de ne pas hausser les épaules devant ces "féministes mal baisées" ou de ne pas trouver toutes les excuses de l'amour à ce garçon brutal et jaloux...
La liberté se conquiert puis elle se défend, sinon elle se perd.
14:40 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femme, droit, égalité, liberté, combat social



