Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

28.08.2008

Quand tombe le couperet

Contexte: écrit il y a deux ans, lorsque le système des crédits n'était pas encore en vigueur, ce texte garde, je crois, toute son actualité en ce qui concerne, en tout cas, ce qui peut sembler un leit-motiv de ma part : apprenons-leur les limites avant que la vie ne leur apprenne, sans précaution.


Il s’en va, tête basse. La session commence à peine et il vient d’apprendre qu’il devra doubler. La cause ? Pas grave, pourtant ! Rien qu'un oubli ! Un travail qui devait être rendu et qu’il n’a pu finir à temps. Si ce n’est pas pour le rendre, à quoi bon aller à la Fac, juste pour dire qu’on ne l’a pas … On verra ça après la bloque; je passerai au secrétariat  et on s’arrangera…
Oui mais voilà, ce n'était pas n'importe quel travail; c'était LE travail de fin d'année dans une des matières à présenter.
Et voici le redoutable enchaînement qui se met en route. Car, en même temps que le travail, il y avait la feuille de présences, celle qui seule atteste que la session se poursuit. Pas de signature égale une absence non justifiée, càd un abandon de session, donc un motif de refus en délibération, avec l'inéluctable doublement d’office….

Peut-être est-ce la première fois que cela lui arrive, peut-être a t-il toujours fait preuve d’exactitude, peut-être est-il du genre perfectionniste, peut-être est-ce le stress, peut-être .. N’empêche que la dure réalité lui tombe dessus et qu’il doit trouver en lui la force de se motiver pour ce qui reste à sauver, obtenir les quelques dispenses qui le suivront l’année suivante.

Mais peut-être aussi n’en est-il pas à son coup d’essai. Imaginons son histoire, peut-être réelle, telle que de nombreux jeunes d'aujourd'hui pourraient eux aussi la connaître.

Poli, pas dérangeant, sans doute a t-il su faire passer d’un sourire ses oublis,  ses retards, sa flemme. Des parents aimants, des profs. compréhensifs, qui « voulaient lui donner encore une chance » lui ont permis d’effectuer un parcours d’enfant et d’adolescent sans trop de souci. Il en a retenu une chose : il y a toujours moyen d’éviter les ennuis, d’échapper aux conséquences désagréables de ses actes…
Mais voilà, la vie n’est pas toujours gentille, papa-maman ne peuvent pas servir d’éternels boucliers, un regard contrit n'accorde pas tous les pardons.
Il vient de l’apprendre. Méchamment. D’autant plus méchamment qu’il est bien tard pour faire cette découverte. 
Il aurait mieux valu rester le ventre creux une journée au lieu de voir maman débouler à la récré avec la boite à tartines pour la 5e fois oubliée. Ah ! si la prof. lui avait mis un zéro pour son élocution inachevée, au lieu de lui accorder une semaine de rab. Et s’il avait fait ses 2 heures de colle pour absence non justifiée plutôt que d’amener le mot de papa sur sa prétendue gastro. Et même, n’était-il pas préférable de perdre quelques jours de vacances pour récupérer ses lacunes en néerlandais au lieu de bénéficier, une fois de plus, de l’indulgence du jury ?
Il n’a rencontré sur sa route que des adultes attentionnés qui ont cru l’aider en palliant ses faiblesses et aujourd’hui il paie cash.
Oh ! si ça tombe, maman demandera au médecin de famille de faire un certificat de maladie antidaté et même si personne n’est dupe, le secrétariat sera peut-être obligé de l’accepter.
Il sera sauvé, une fois de plus.
Pour combien de temps … ? Jusqu’au moment où son premier employeur le renverra parce qu’il sera encore arrivé en retard ? Où le Forem lui supprimera ses allocations de chômage parce qu’il ne se sera pas rendu à l’entretien ?  Où un petit verre de trop et une vitesse excessive dans un tournant peu complaisant l’enverront s’écraser sur un poteau … ?
Il s’en va, la tête basse ; on est navré de ce qui lui arrive mais on prie pour que personne n’intervienne, pour qu’il comprenne et en tire les leçons ... avant que d'autres ne se chargent bien plus cruellement de les lui apprendre.
 

Et puisque ce récit date de deux ans, je peux, hélas en donner l'issue en ce qui nous concerne. Après un second essai, pas beaucoup mieux géré, l'étudiant a abandonné et disparu de notre horizon.