07.03.2009
Femme: tout est-il gagné ?
Pour faire pleurer dans les chaumières et convaincre facilement que la réponse à ma question est évidemment non, je vais, démagogiquement, commencer par une "brève" saisie ce matin sur lalibre.be: le Vatican approuve la décision d'excommunication prononcée par l'Evêque de Récife au Brésil. Il a en effet exclu de l'Eglise catholique la maman d'une petite brésilienne de 9 ans ainsi que l'équipe médicale qui a répondu à sa demande d'avortement. La gamine avait été violée par son beau-père et était enceinte de jumeaux. Outre toutes les séquelles psychologiques d'un viol incestueux, encore alimentées par la maternité qui s'en suit, les médecins craignaient des complications durant la grossesse de cette petite fille.
OK, ce n'est qu'un fait divers, dramatique mais rarissime. Pourtant il rassemble, de manière certes extrême, toutes les violences faites à la femme depuis l'apparition de l'être humain, s'extirpant péniblement de son animalité.
Sa capacité d'assurer la survie de l'espèce l'a d'emblée soumise à l'autorité du père, du chef de clan, du mari; elle lui a, sauf dans notre Occident récent, retiré tout droit à se choisir librement un compagnon, à mettre au monde des enfants désirés ou à décider de ne pas en avoir.
L'amour qu'elle portait à ses petits l'a rendue vulnérable aux pressions, l'a obligée parfois à se dresser contre les lois des mâles, à prendre des risques, à mettre sa propre vie en danger.
Les religions de toutes inspirations, effrayées par la force de la pulsion sexuelle et par ce pouvoir de vie, ont sacralisé des comportements, qui n'étaient bien souvent que relations de domination, ajoutant la culpabilisation à la souffrance.
A l'injustice naturelle qui fait qu'à acte égal, - une relation sexuelle non protégée et parfois non consentie - seule la femme en portera les conséquences matérielles - les gouvernements et les sociétés ont rajouté des peines plus lourdes, des attitudes stigmatisantes, des exclusions mortifères.
Il faut donc sans cesse rappeler que si, dans un auditoire de 200 étudiants en Belgique francophone, plus de la moitié sont des filles, si elles sont assises aux côtés de garçons avec qui elles peuvent entamer une histoire d'amour sans que la société juge bon d'intervenir, si elles ont librement choisi leur manière de s'habiller, si elles lisent les livres qui les intéressent, regardent les films qui les attirent, pratiquent les sports ou loisirs qui les tentent, toutes ces multiples libertés, qui nous semblent évidentes ici et maintenant, sont le résultat de nombreux combats : pour l'accès à l'instruction, pour le libre choix des études, pour la mixité de l'école et de la société, contre l'emprise de la morale religieuse, contre le mariage forcé, pour le droit à disposer de soi-même, de son corps et de ses sentiments mais surtout pour un changement de regard qui a fait de la femme un "homme comme un autre" et pas seulement une mère ou une éternelle mineure
D'ailleurs si le papa a le droit de pouponner et câliner, si le garçon peut montrer son côté tendre et rêveur, s'il peut préférer faire le marché et les repas pendant que sa compagne est partie "à la chasse tuer le mammouth" ;-)) c'est aussi le résultat de combats sur le droit d'être une personne, unique et non d'obéir aux stéréotypes.
Des combats qui ne sont pas définitivement gagnés. Non seulement parce que la tentation de reprendre le pouvoir perdu est toujours là, parce que d'anciennes morales ou de nouveaux intégrismes prétendent renfermer dans la maison et l'obéissance les jeunes filles, mais aussi parce que des lois supposent des moyens et que l'accès aux structures mises en place par les lois supposent aussi des moyens.
Or, un changement de majorité politique, une baisse des ressources de l'Etat, une crise de l'emploi et un retour de mentalités machistes peuvent se combiner pour supprimer des campagnes d'information, diminuer le remboursement de médicaments ou d'actes médicaux, raréfier les spécialistes prêts à effectuer ses actes, renvoyer la femme à ses fourneaux.
Il convient donc de rester vigilant, de ne pas hausser les épaules devant ces "féministes mal baisées" ou de ne pas trouver toutes les excuses de l'amour à ce garçon brutal et jaloux...
La liberté se conquiert puis elle se défend, sinon elle se perd.
14:40 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femme, droit, égalité, liberté, combat social



