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03.02.2011

Defossé: quelle objectivité ?

Cette note fut initialement publiée à la mi-décembre, où elle rejoignait l'actualité - l'émission spéciale 5 ans de "questions à la une". Corrigée ce matin pour deux fautes "d'ortograve", elle se retrouve en février, un peu hors contexte donc

 

Fervente de Jean-Claude Defossé depuis ses "travaux inutiles" - cette savoureuse dénonciation qui alliait informations et redoutable humour -  j'ai suivi avec le même intérêt les différentes émissions qu'il imagina et/ou anima, conservant au journaliste la même confiance.
Du moins, jusqu'à ce soir des années 90.
Le sujet de cette émission retient mon attention puisqu'on va parler de Banneux. Un endroit que je connais particulièrement bien; le chapelain à qui Mariette Beco raconta les "apparitions", est en effet de ma famille et nous avons passé bien des dimanches de mon enfance chez lui.
Je connais JCD et ne m'attends donc absolument pas à ce qu'il brûle des cierges en récitant des Ave pour réussir son émission mais la biographie rapide qu'il trace du chapelain me laisse stupéfaite: voici ce brave Oncle Louis devenu un "proche des milieux rexistes", qualificatif qui évidemment pue l'extrême-droite, l'antisémitisme, la collaboration, bref rien que des choses moches de moches !
Cela n'a vraiment rien à voir avec l'homme que je connais : j'ai entendu souvent mon père me raconter comment, durant la 2de guerre, Oncle Louis avait caché le grand rabbin de Liège, une personnalité de notre quartier qui nous saluait toujours très chaleureusement. Comment aussi il avait hébergé plusieurs groupes d'enfants juifs, les dispersant au milieu des petits démunis qui vivaient au "château des Fawes". Or, en cas de découverte par l'occupant, ce type de comportement pouvait lui valoir la déportation, sans compter les drames qui se seraient abattus sur ses protégés.

Je me souviens aussi de notre étonnement quand Oncle Louis expliquait que s'il avait appris des prières chrétiennes aux gamins - car les Allemands faisaient deux vérifications essentielles: baisser les culottes ... et faire réciter le Notre Père et le je vous salue Marie - il n'avait jamais tenté de convertir ses ouailles d'occasion. " Leurs parents les ont élevés dans leur religion et nous devons respecter ce choix".  Le Bon Dieu s'y retrouverait bien, pensait-il.

On comprend que le jugement lapidaire de Defossé ne pouvait que nous choquer profondément.
D'autant plus qu'on n'avait pas affaire à une légende familiale puisqu'en 2001, le chapelain, devenu chanoine quelques années avant sa mort, était reconnu Juste parmi les Justes, c'est-à-dire un "goy"  qui avait risqué sa vie pour sauver des membres de la communauté juive. Or on sait qu'il s'agit de l'aboutissement d'une procédure qui s'appuie sur de multiples preuves et non des hagiographies partisanes.

Ce passage de l'émission (mais aussi le ton général né de cette "information" ) me semble témoigner de deux défauts majeurs pour un journaliste: l'utilisation d'un élément totalement sorti de son contexte d'abord et la sensation de vouloir régler des comptes au lieu de présenter une enquête.

Le contexte : les apparitions se passent en 1933. Si Hitler apparait comme un monsieur vulgaire et agressif, bien peu de gens peuvent ne fut-ce qu'imaginer ce qu'il va faire. Pour beaucoup, Léon Degrelle est l'homme politique qui veut défendre les valeurs catholiques traditionnelles: la famille, le travail, la vertu et la religion. Les éditions "du Christ Roi", qu'il finira par confisquer pour asseoir sa conquête du pouvoir, publient des centaines de titres de toutes sortes, des romans, des magazines, des pamphlets et ... une brochure racontant les apparitions. C'est bien peu pour situer l'abbé - qui n'en est pas l'auteur- dans les milieux rexistes
On connait le rôle décisif que joua le cardinal Van Roey dans la dégringolade de Degrelle en 1937. Ce fut pour la plupart des brebis catholiques, une révélation et seuls les partisans de l'extrémisme rexiste continueront à soutenir le tribun de Bouillon.

L'attitude du chapelain de Banneux durant la guerre montre bien qu'on n'est absolument pas dans ce terrain fangeux et nauséabond. Il a compris, rapidement, qu'il était effectivement des proximités même indirectes qu'il fallait fuir et condamner.
C'est ce contexte que je reproche à Defossé de ne pas avoir évoqué, se contentant d'affirmer que les apparitions étaient non seulement une juteuse affaire pour de mercantiles visées mais qu'en plus, elles avaient un point de départ douteux puisque soutenues par un prêtre fort peu fréquentable.

Les comptes à règler sont bien sûr ceux d'un athée convaincu, tout content de pouvoir salir le comportement de l'Eglise catholique, la grande ennemie. En tant qu'individu, il a évidemment le droit le plus absolu de faire rôtir tous les matins l'un ou l'autre curé pour le bouffer avec appétit mais comme journaliste, une analyse qui s'appuie sur autant de regards biaisés, de sous-entendus malveillants ou de allusions "assassines" me semble une grosse faute déontologique.

Nous, les parents du chapelain, avons hésité à réagir publiquement car en ce 20es finissant, Intermédias et autres médiateurs de la RTBF n'étaient pas encore opérationnels. Que vaudrait notre position face à un journaliste aussi connu ?
Aujourd'hui l'anniversaire de "Questions à la Une", l'un de ses bébés et Internet me donnent enfin l'occasion et le moyen de présenter une autre version, plus "objective", je crois...