03.02.2011
O tempora ! O mores !
Tout le monde se souvient de cette célèbrissime réplique de Pivert/de Funès à son chauffeur Henri Guybet: "Salomon ! Vous êtes juif ? " qui déclenchait immanquablement les rires, tant il était évident qu'aucun goy ne pouvait s'appeler comme le bâtisseur du temple de Jérusalem !
Depuis lors, la valse des prénoms à la mode s'est affranchie des racines culturelles ou religieuses, une même fratrie pouvant héberger des petits Nathan, Boris, Iago ou Clara, sans qu'on doive y chercher des ancêtres exotiques, juif, russe, espagnol ou italien. Si on y ajoute les héros des séries américaines, les vainqueurs des téléréalités et les variantes créatrices de prénoms plus banals que l'on entend personnaliser, on voit bien que les parents n'ont plus besoin de saints patrons efficaces pour leur progéniture et qu'il n'y a plus guère que chez les Wathelet que survient encore un roi mage à chaque génération.
Dès lors, continuera t-on longtemps à rigoler de la feinte ? On verra. Peut-être les générations futures ne comprendront-elles plus ce que ça a de drôle, exceptée la mimique de de Funès bien sûr !
Dans le même ordre d'idées - celui de l'évolution des référents et des normes - je me souviens d'une autre blague qui avait cours il y a une vingtaine d'années : deux gamines, 4 et 6 ans, participent à une fête de famille quand, en fin de journée, l'aînée dit à la plus jeune " j'ai trouvé une capote dans la véranda"; la cadette demande alors "c'est quoi une véranda ? ".
J'y repensais hier soir après avoir visionné le bon thriller de Grégoire Vigneron "sans laisser de traces". Le DVD comportait un bonus, un court-métrage des débuts du même réalisateur, qui s'intitulait "une fausse image de moi". Sur la boite comme dans le générique figurait l'avertissement "attention, certaines scènes pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes".
Le grand film comportant deux séquences assez violentes, j'ai pensé qu'il s'agissait d'actions du même ordre.
Je n'y étais pas du tout ! Voici le pitch comme on dit aujourd'hui: Le héros, invité par une amie photographe expérimentale à poser pour elle, feuillette son press-book et découvre qu'elle constitue en fait une collection de clichés de pénis en érection. Le voilà donc sommé, après une brève étreinte plutôt pudique, d'exhiber le résultat de son imagination, alors que sur le mur derrière lui s'affiche un immense gros-plan d'un triangle féminin méticuleusement épilé.
Ce n'était franchement pas porno; c'est pourquoi la vision de photos de membres virils bien inspirés et de ce grand minou supposé artistique ne devait "heurter la sensibilité" que "des plus jeunes", probablement donc les protagonistes de ma blague, les 4-6 ans.
N'empêche que je me reportais 50 ans en arrière, à ma tendre enfance et même à mon adolescence aussi envahie de questions que consciencieusement préservée des réponses: combien avions-nous vu de pénis en érection avant notre première relation amoureuse sérieuse ? Où d'ailleurs ? Nos livres scolaires ne proposaient pas d'illustrations sorties de l'enfer des grands musées, les films où un bout de sein apparaissait était "interdit aux moins de 16 ans", alors un zizi, et en forme encore bien, impensable !! Les plages naturistes existaient mais les messieurs y étaient priés de n'avoir aucune mauvaise pensée et de toutes façons, rares étaient les reportages TV sur le sujet qui passaient en prime time.
Aujourd'hui les décideurs dûment mandatés pour protéger nos chères têtes blondes sont devenus fort réalistes: ils en ont vu bien d'autres, inutile de viser trop haut (ou trop bas ? ) Seule la sensibilité des plus jeunes pourrait (pas sûr, donc) être heurtée.
Je revisite donc ma blague : "tu vois, le monsieur, il bande devant l'objectif" - "c'est quoi un objectif ? "
10:29 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, morale
31.01.2011
Soulevons le voile: un petit coup aux préjugés
J'ai des difficultés avec le voile porté par les femmes de confession musulmane. Même si je me raisonne, j'y vois deux éléments qui me donnent des boutons: une inégalité de statut social entre l'homme et la femme et le retour du religieux.
Ma génération, celle des ados sixties et donc des sexas aujourd'hui, a assisté à deux grands mouvements; d'abord les combats du féminisme et la conquête d'une série de libertés qui semblaient incontestables. Ensuite la "mise au pas" de l'Eglise catholique, ou plutôt l'estocade finale d'un travail de détricotage de ses privilèges et de son pouvoir sur la société, entreprise systématiquement menée dans nos démocraties occidentales dès le 19es.
Comme je l'ai déjà exprimé ailleurs, je suis plutôt croyante et même pratiquante, ce qui fait de moi une rareté du 3e millénaire belge. Mais cela ne diminue en rien ma satisfaction devant ce que je croyais aussi une route sans retour, celle de la foi enracinée dans le coeur mais pas sur la voie publique, celle du dialogue bienveillant et de l'abandon des certitudes, celle des hommes et femmes de bonne volonté, dépassant leur adhésion philosophique pour s'atteler à rendre la vie ensemble plus fraternelle, celle enfin où Dieu ne s'installe plus dans les tables de nuit mais s'adresse à ses enfants devenus adultes pour leur dire "agis selon ta conscience".
Cette évolution ne fut pas une mince affaire et on sait que la tentation du pouvoir sur la société et du contrôle des esprits est toujours bien présente même s'il faut à l'Institution-Eglise un dos fort costaud pour supporter le tir nourri des caricaturistes, éditorialistes et autres billets d'humeuristes... Il est vrai que, comme dirait la rue, "elle n'en rate pas une", dans ses discours comme dans le comportement scandaleux de certains de ses membres.
Malgré tout ou plutôt grâce à cette liberté de ton et cette volonté régulièrement assénée de repousser la religion dans la sphère privée, nous vivions dans un pays où on était croyant, sceptique, athée, indifférent, avec la même liberté, y compris celle de naviguer d'une position à l'autre. Ca ne regardait que nous.
Cette diminution du poids de la religion sur les consciences a eu pour vase communicant la libéralisation des comportements, dont on doit se réjouir. Nous avons créé une société mixte où hommes et femmes peuvent étudier et travailler côte à côte (voire plus si affinité), où on part en vacances avec qui on veut, où on choisit son partenaire, l'étendue de la famille et le rythme de sa composition, où l'erreur est permise et les essais multiples non sanctionnés. On peut regretter que cela mène parfois à des excès mais dans l'ensemble, le progrès est indéniable et doit être préservé.
Alors quand je vois une jeune femme voilée, quand je découvre que, boucles au vent en 1ère année du sup, cette étudiante revient en septembre emmitouflée (et mariée), je râle. Quand l'une d'elles m'explique que non le Coran n'est pas sexiste puisque les garçons aussi doivent respecter des prescrits de pudeur et que je vois les filles voilées sur les tribunes et les gaillards dans l'eau en train d'emmm... les blanches-bleues-belges, je râle. Si c'st une obligation religieuse, alors pourquoi seulement les filles ?
Je ne sais d'ailleurs pas ce qui me tracasse le plus : que des filles, sous la pression de la famille ou du groupe, en soient réduites à se couvrir. Ou que, dûment convaincues par une démarche personnelle, elles décident de prendre le voile, malgré le niveau élevé d'études, malgré les questions soulevées par ce que signifie socialement ce foulard. Ou enfin, que des jeunes femmes, modernes, qui travaillent et aiment librement, m'expliquent que oui elles sont croyantes, non elles ne sont pas encore arrivées à franchir le pas, à devenir aussi de vraies bonnes musulmanes, le foulard devenant l'idéal à atteindre, le symbole d'une perfection.
Cela me rappelle la petite croix de cendres que nous arborions fièrement sur notre front, en sortant de l'office du début de Carême. On toisait ces passants mécréants ou tièdes qui ne nous arrivaient pas à la cheville. Bien sûr, ce n'était ni dit, ni même consciemment pensé mais c'était bien cela qui nous donnait l'envie et l'audace de nous promener ainsi.
Donc, je résume, je ne parviens que difficilement à imaginer une autre alternative que "forcée par la famille" ou "hélas volontairement soumise à une religion misogyne".
Pourtant, pourtant ...
Il y a une semaine dans le corridor d'accès à la galerie commerciale près de chez moi, je vois pointer à l'autre bout trois silhouettes tout de noir enveloppées. Seule, une toute petite tache claire signale le triangle yeux-nez-bouche. Je sens déjà monter en moi une colère contre les pauvres filles asservies quand brusquement de ce front uniforme jaillit un éclat de rire, puis un autre et lorsqu'elles me croisent, je les découvre, bavardes, rigolotes, pleines d'énergie. Rien de soumis ni d'écrasé en elles, parfaitement à l'aise malgré leurs kilos de tissus.
Hier, je fais une petite promenade le long de la Meuse, sur un chemin qui domine le Ravel quand j'entends se rapprocher de moi des bruits de voix. Je me retourne et vois une africaine et deux musulmanes d'âge bien mûr, leur foulard rentré dans le col de leur vareuse, le jogging large ne cachant pas vraiment de sympathiques rondeurs. Elles papotent en courant, le rire strident de la copine noire est repris en choeur par ses deux co-joggeuses. Elles sont gaies, affranchies, bien dans leurs baskets ... et leurs voiles.
Force m'est de déverrouiller quelques-uns de mes préjugés, de ranger ces deux scènes au milieu de ma collection déprimante de femmes obéissantes, d'accepter que les situations sont bien plus nuancées que je ne l'imagine, et que les chemins pour arriver ou vivre sa liberté sont eux aussi variés. Si on est féministe, ne doit-on pas faire confiance aux femmes ? A toutes les femmes.
17:43 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voile, femme, liberté, préjugé
05.12.2010
Un braquage, ça tourne comment ?
"Tubize: un braquage qui a mal tourné": en radio comme à la TV, c'est ainsi que fut introduit le sujet. Les faits sont les suivants : deux malfrats ont attaqué une bijouterie, tenant en respect la femme et à la fille du propriétaire qui étaient présentes dans le magasin. Le propriétaire entendant les cris , est descendu et a tiré sur un des bandits qui a été tué.
Dans l'état actuel, on ignore si l'homme a agi en état de légitime défense et je ne me prononcerai donc pas sur ses droits à se faire justice ou pas.
Mon propos est d'interroger le titre.
Car qu'est-ce qu'un braquage "qui tourne bien" ? Les voleurs s'en vont gentiment avec leur butin sans s'en prendre à personne ? Le hold-up échoue et les voleurs sont arrêtés, sans casse ni violence ? Les voleurs butent sur un coffre-fort imprenable et repartent bredouilles ?
On voit bien ce que les journalistes veulent dire mais, en même temps, il me semble qu'on a affaire à l'une de ces formules passe-partout que l'on place sans se prendre la tête. Un peu léger quand on fait métier de communiquer, peut-être.
19:07 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : délinquance, justice, médias
27.06.2010
Mais pour qui nous prend -on ?
"Mais pour qui nous prend-on" s'exclamait le porte-parole de la conférence épiscopale au débat dominical de la RTBF, en évoquant l'impression ressentie lors de la perquisition un brin "polar" et les arrêts de rigueur auxquels tous les évêques et leurs collaborateurs avaient été soumis.
Je crois qu'on les prenait, tout simplement, comme les cadres d'une Institution qui a commis à moultes reprises des actes répréhensibles, pour camoufler d'autres actes répréhensibles.
Evidemment, s'ils ont tous décidé d'effectuer un virage à 180 degrés, si aujourd'hui ce comportement leur apparaît dans toute son horreur, si, en toute bonne foi, ils ont mis au point un système qui leur a semblé juste et efficace pour que les victimes soient assurées d'être entendues et reconnues quel que soit l'importance de leur agresseur, il est normal qu'ils se sentent injustement soupçonnés.
Pourtant, la suspicion me semble inévitable et pèsera probablement longtemps sur eux.
Les responsables de l'Eglise 2010 sont un peu comme le rejeton d'une famille de maffiosi qui, le premier, a choisi la voie de l'honnêteté absolue. Combien de fois devra t-il prouver son innocence si dans son entourage, des délits se commettent ? Combien de fois devra t-il entendre "allez, les chiens ne donnent pas des chats, avoue, c'est toi ! T'es bien comme ton père et ton grand frère ! "
Les saintes Ecritures ne disent-elles pas " ils ont mangé des raisins verts et leurs enfants ont eu les dents agacées" ?
Donc, aussi pénible que soit cette situation, je crois que les représentants de l'Institution, même s'ils ont radicalement revu leur attitude, devront payer pour leurs aînés ou pour ce qu'eux-mêmes il n'y a pas si longtemps, minimisaient gravement.
Pourtant, si cette suspicion me semble normale, si je trouve tout aussi normal que l'Eglise ne soit pas au-dessus des lois et des procédures d'investigation qui menacent tout citoyen lambda, j'y vois un nouvel exemple de la mise au pas imposée à l'Eglise catholique depuis une centaine d'années, une volonté affirmée de la faire définitivement basculer du socle, réduit, où elle pouvait encore se croire installée.
Et, comme catholique, je me réjouis de constater qu'elle a perdu ses privilèges: interpellé par les instances vaticanes, l'ambassadeur belge à Rome s'est contenté de répondre que l'exécutif n'avait aucune pression à faire sur le judiciaire et donc que l'instruction poursuivrait librement son chemin. Et c'est tant mieux !
Je ne me précipiterai donc pas en rue pour manifester et je n'enverrai aucune menace de mort à l'encontre du juge.
Au contraire, plus mon Eglise aura laissé faire la clarté sur toutes ces sordides affaires et plus je pourrai m'en sentir proche.
17:53 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, eglise, pedophilie, justice
16.04.2010
Un flocon de cendres
D'abord évidemment, la découverte (? ) de l'infinie impuissance du petit humain devant la grande Mère Nature. Aaaah on se croit si malin ! Avec Barack qui parle sérieusement d'un programme de vol habité vers Mars, alors que même Ryanair est bloqué au sol sans rien pouvoir changer à la situation. Simplement parce qu'un volcan d'un minuscule pays, en faillite d'ailleurs, a décidé de piquer une colère !
Les plus verts des moralistes diront que puisqu'on n'est pas assez gentil pour diminuer volontairement notre empreinte écologique en nous passant des aéroplanes, eh bien la Nature nous y a forcés !
En retournant l'argument, on leur répondra qu'il est vain d'essayer d'obéir à la Nature puisqu'elle fait ce qu'elle veut sans se soucier de nous, qu'elle n'est franchement pas aussi gentille qu'on voudrait nous le faire croire et que si demain, elle décidait de commencer à refroidir, on pourrait juste se tricoter des pulls ou s'inscrire à l'atelier "faites votre igloo vous-mêmes".
Un autre élément m'interpelle, ce sont les éditions spéciales sur nos chaines nationales, privée et publique, qui zooment pendant près d'une demi-heure sur les malheureux voyageurs en perdition dans les aéroports. Or, en arrondissant avec ceux qui se trouvent dans ce guêpier, au départ ou au retour et leurs familles cela ne fait quand même que maximum 1 % du pays alors que de gros soucis pèsent sur les épaules d'au moins 60% d'entre nous: l'emploi, les pensions, la valeur de l'épargne, les fins de mois, la difficulté à rembourser ou emprunter, la cohabitation entre cultures dans certains quartiers, les enfants qui n'étudient pas assez ou qui boivent trop, etc. Enfin, bref, des choses sérieuses qui ont bien plus d'importance dans notre quotidien que ces privilégiés qui partaient en vacances en avion.
A moins que 90% de la population puissent se projeter dans le vécu des 1%: parce qu'on a tous envie de vacances, parce qu'on est déjà parti en avion, parce qu'on s'imagine avoir gagné péniblement une semaine All inclusive, pour se retrouver en standby sur le tarmac...
Les considérations économiques sont intéressantes aussi car le manque à gagner se révèle très lourd. Avis donc à ceux qui veulent absolument nous faire délaisser l'avion, car il y aura un sacré mauvais moment à passer en attendant de pouvoir remplacer les emplois, les produits vendus, les services qui tournent autour etc...
Enfin, le truc qui tue (c'est le cas de le dire), c'est le chapitre du JT "est-ce dangereux Docteur ? " . Que nous veut ce nuage, avons-nous des raisons de paniquer ? Parce que, oui, il y en a qui sont tout tracassés, en tout cas si on juge d'après les "nombreux coups de téléphonique qui ont été donnés ce matin à la rédaction de la RTBF". Personnellement, j'ai commencé à paniquer à force d'entendre 10 fois en 45 minutes, les journalistes me dire que je ne devais pas paniquer, un peu comme avec le virus de la grippe H1N1 (achenene, comme dit Anne Romanoff).
De tout ceci, on retient quoi ? Le rôle de l'homme dans la Nature ? la bonté de cette Nature ? qu'est-ce qui est "naturel" (cfr les philosophes ou le préambule de la déclaration d'indépendance US) ? Les médias, leur pouvoir ? La différence entre informer, sensibiliser, effrayer ? Le poids en audimat du sensationnel, de l'émotion, du drame en regard d'une vérité moins spectaculaire ? Plus psy : de qui se sent-on proche ? Pour qui est-on prêt à se mobiliser ou du moins à com-patir, à sym-pathiser, à développer de l'em-pathie ... Ou alors un peu de linguistique : selon que le mot est d'étymologie grecque ou latine, ce sera "pati" ou "pathi" !!!
19:27 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité, nature, medias
22.11.2009
Quelle peste, cette grippe !
Ce vendredi la RTBF consacrait plusieurs émissions à la grippe A et s'efforçait de faire le point sur cette nouvelle pandémie, en donnant la parole tant aux auditeurs qu'aux experts.
Dans "questions publiques" le matin, le docteur Nathan Clumeck, un grand spécialiste des maladies infectueuses et surtout du sida, qualifia d'irresponsable la démarche de citoyens qui, avec l'aide d'un avocat très connu, s'opposaient à une éventuelle campagne de vaccination généralisée, vu le manque d'informations.
D'autres manifestaient leur méfiance vis-à-vis de cette production massive de vaccins, achetée par l'Etat mais dont le bénéfice allait tomber dans la poche des grandes firmes pharmaceutiques. La peur n'était-elle pas aussi créée et entretenue par ces firmes pour vendre leurs produits ? Qui tirait les ficelles de ce complot ?
Irresponsable ! Complot ! Que voilà bien des gros mots !
L'historienne du social livre ici quelques réflexions, à la lumière de ce que nous avons déjà connu.
Les écrits des anciens nous ont gardé de nombreuses traces des pandémies, surtout à cause de la terreur qu'elles provoquaient.
D'origine inconnue, souvent mortelles ou laissant de graves séquelles, révélant dramatiquement l'impuissance des médecins et la fragilité de tous, même des puissants, elles bousculaient les esprits qui se raccrochaient alors à ce qu'ils pouvaient: les dieux ou Dieu, le coupable-bouc émissaire, un complot de l'ennemi...
Pourtant à l'époque des Lumières, quelque chose change.
Edward Jenner, médecin anglais du 18es, en a assez de voir la variole toucher régulièrement et gravement ses patients. En effet, au moins 1/3 en meurt et les autres en restent très défigurés.
Un constat l'interpelle : les femmes qui traient les vaches sont souvent contaminées par la vaccine (1), une maladie bénigne proche de la variole, mais n'attrapent pas la variole ou alors de manière légère.
De cette observation, il tire l'idée d'inoculer volontairement la vaccine à ses patients pour les protéger de la variole. C'est le B A-BA du premier "vaccin" qui, chez nous, fut rendu obligatoire dans les années 60.
En 1980, l'OMS déclara la variole éradiquée sur toute la planète. Certes, les progrès de l'hygiène et de la médecine en général avaient contribué à cette disparition mais le vaccin, devenu obligatoire dans les pays où elle existait à l'état endémique, joua un rôle décisif.
Rien à voir donc, dans le principe, avec des intérêts financiers: il s'agit bien d'un médecin qui refusa son impuissance, d'un chercheur qui observa, déduisit et testa pour vérifier ses hypothèses. Cela à une époque où les ravages de la maladie faisaient paraître bien réduits les éventuels risques d'effets secondaires.
Au 20es, ce fut le cas pour la poliomyélite, qui est encore le seul vaccin légalement imposé chez nous. Tous les seniors ont connu des enfants "en poumon d'acier" ou gravement handicapés par cette maladie qui fut très active au début des années 60.
En ce qui concerne l'influenza, on sait que la grippe espagnole en 1918/19 fit plus de victimes que les 4 ans de guerre; que la grippe asiatique, qui apparut en 1957/58, provoqua un nombre impressionnant de malades et de morts: j'étais alors en primaires et chaque matin, on se comptait car on savait que si les 3/4 de la classe étaient touchés, les résistants seraient renvoyés chez eux. Pas pour éviter la contagion mais parce qu'on ne pouvait avancer dans le programme s'il y avait trop d'absents. Et effectivement nous avons eu une semaine de congé ! Rebelote en 67/68 avec la grippe de Hong-Kong. Quant à la banale grippe saisonnière, bon an, mal an, elle tue chez nous environ 2000 personnes.
C'est donc par nécessité que les chercheurs se sont penchés sur la fabrication d'un vaccin, nécessité dont, bien sûr, on savait qu'elle allait engendrer une demande et par conséquent des bénéfices.
Il est vrai aussi que les firmes pharmaceutiques ont aujourd'hui intérêt à ce que le vaccin soit une commande d'Etat avec les quantités que cela suppose.
Cela n'enlève pourtant rien au fait que dans chaque cas, un vaccin répond à un danger dont on veut se prémunir.
Aujourd'hui plus qu'hier.
Puisqu'il nous est difficile d'accepter de rester au lit 10 jours en attendant que ça passe.
Parce que nous n'avons pas le fatalisme de nos ancêtres lorsqu'ils perdaient un petit de la coqueluche ou de la diphtérie (chez mes arrières grands-mères de la classe moyenne aisée pourtant, l'une a perdu 3 enfants sur 10 et l'autre 5 sur 17), alors que nous réclamons inscription à l'Etat civil et place dans les cimetières pour les foetus.
Parce que nous, parents, ne supporterions plus de voir grandir nos enfants avec des marques indélébiles sur le visage ou le corps, ce que portaient autrefois la majorité des survivants de maladies infantiles.
Parce que nous nous désolerions de savoir que notre grand fils est devenu stérile à cause d'oreillons attrapés tardivement et que nous nous sentirions coupables devant le bébé de la voisine, handicapé par la rubéole que notre gamine lui aurait refilé pendant la grossesse...
Nous vivons une époque "risque zéro" et c'est au nom de ce risque zéro que certains remettent en cause des inventions qui s'attaquaient à des menaces "risques 10 %". Mais ces risques-là, on les a oubliés...
C'est pourquoi je m'interroge : en ce qui concerne la démarche des opposants au vaccin de la grippe, on peut se demander ce qui serait arrivé si cette initiative avait été pensable et réalisée il y a 40 ans: où en serait-on, par exemple, avec la variole, avec la polio ? C'est là qu'il faut trouver l'explication du mot "irresponsable" de Nathan Clumeck, lui qui désespère de voir un jour apparaître un vrai vaccin contre le sida.
L'augmentation de l'instruction et de l'information ouvre la porte à des idées et des moyens qu'on ignorait encore il y a à peine une génération. Comment être sûr qu'ils seront utilisés pour le bien collectif - car le vaccin est destiné à protéger l'individu bien sûr, mais aussi et surtout le groupe. Quelle est notre liberté individuelle dans ce contexte ? Pouvons-nous seuls décider des risques que nous prenons ? Et que faisons-nous pour apprendre à affronter le risque car, n'oublions-pas, la vie est une maladie 100% mortelle !
(1) (de vacca=vache en latin)
10:10 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grippe, santé publique, vaccin, histoire
14.09.2009
Ne s'agit-il que du voile ?
Alors que les esprits s’échauffent et que les positions dures au Nord et molles au Sud s’entrecroisent, on pourrait se demander pourquoi ce bout de tissu provoque autant de remous.
Mais ne s’agit-il vraiment que du voile ?
18:20 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : religion, islam, voile, mixité, liberté
10.07.2009
Lorsque l'enfant se montre
Je termine d'aligner mes courses sur le tapis roulant quand arrive un jeune couple. Elle est enceinte pour après demain et ne paraît pas avoir vraiment réalisé la chose si j'en juge par ses habits : ni son tee-shirt ni son pantalon ne semble en effet adapté à la situation, le haut roulé juste sous le soutien-gorge et le bas repoussé au ras du mini-slip.
Entre les deux, un énorme ventre nu, avec un comique nombril qui émerge comme un cratère lunaire sur la blancheur de la peau finement striée de veinules bleuâtres. Elle va et vient tranquillement entre le caddie et les allées, tandis qu'il aligne consciencieusement le fruit de ses aller-retour. Ses sandales en bois clapotent sur le pavement, incitant clients et caissières à la suivre des yeux ou à tendre l'oreille pour deviner entre quel rayon elle va réapparaître.
Les regards sont évidemment fixés sur ce ventre rond qui ne prétend pas se cacher, avec amusement, attendrissement, certains quand même un peu choqués; mais l'ensemble est plutôt amical et elle est tellement naturelle qu'il serait indécent d'y voir ... de l'indécence.
Je repense à une expo visitée il y a deux ou trois ans dans un village de la Basse Meuse. Elle racontait 100 ans de vie scolaire dans ce petit coin rural, avec les vieux bancs, les tableaux noirs, les anciens manuels, les cahiers de poésie, les cartes du Congo Belge et les "travaux des champs selon les saisons", les pages d'écriture, les encriers et les porte-plumes...
Il y avait aussi des textes officiels, des facturiers, des registres d'inscriptions, des palmarès de résultats, des règlements et des contrats.
Parmi tout cela, nous avions été frappés par une lettre calligraphiée, portant l'en tête de l'école Saint ... et datée des années 50. Elle avertissait Madame X qu'il était mis fin à son contrat puisqu'elle n'en avait pas respecté les termes. Elle s'était en effet engagée à ne pas attendre famille aussi longtemps qu'elle resterait en poste, cet "état intéressant" risquant de susciter une curiosité malsaine et prématurée chez ses élèves....
On peut s'étonner qu'une école catholique empêche une épouse, car elle était mariée, d'avoir des enfants, malgré le commandement divin de "croissez et multipliez-vous" mais ceci est une autre question.
Ce qui m'amuse ici, c'est la formidable évolution des moeurs en un demi-siècle: ce qui autrefois ne pouvait même pas se deviner sous l'habit, aussi ample fut-il, est aujourd'hui largement mis en évidence par des vêtements spécialement étudiés pour glorifier au contraire la grossesse.
Et, comme dans mon supermarché, certaines n'acceptent même pas qu'un tissu, aussi moulant soit-il, dissimule ce qui les rend si fières et si uniques. J'imagine la mère supérieure de Bassenge arrivant dans mon Delhaize hier après midi ;-))
Il est bon de se rappeler de temps en temps d'où on vient !
16:05 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : maternité, pudeur, morale
23.06.2009
Ce que je suis à l'intérieur se voit à l'extérieur
Il vient vers moi et de loin, rien n'attire le regard: taille moyenne, corpulence normale, cheveux châtains, âge moyen, pantalon genre jean, tee-shirt sombre... Même le service des appels à témoins de la Police Fédérale ne pourrait guère compter sur son allure pour le faire retrouver.
En s'approchant, les dessins (rouges) sur son tee-shirt (noir) se précisent et à quelques mètres, je peux lire " Les petits enfants savent que Saint Nicolas n'existe pas. Il serait temps d'apprendre à leurs parents que Dieu n'existe pas non plus".
Quand il m'a dépassée, je me retourne pour voir s'il y a une suite à cette proclamation mais de dos, l'individu est encore plus banal. Rien ne le distingue désormais des dizaines de passants qui quittent ou rejoignent le centre-ville en cette fin de journée.
Ma réaction intérieure est assez vive: je voudrais l'aborder en lui lançant "c'est rare d'affirmer ainsi sa croyance", pour pouvoir lui rappeler que l'athéisme est, comme la religion, un acte de foi puisqu'il n'y a pas plus de preuve dans un sens que dans l'autre.
Par ailleurs, je me sens agressée. Catholique pratiquante, je soutiens pourtant beaucoup de combats pour une société laïque où la religion n'intervient pas sur la voie publique. Mais ce tee-shirt, ce n'est plus de la laïcité, seulement du militantisme primaire.
Cependant, après un temps de réflexion, je me dis qu'au fond si j'avais devant moi ce jeune homme et la nouvelle élue voilée cdH, Mahinur Ozdemir, je leur tiendrais le même discours:
D'un bord comme de l'autre, la première chose que vous souhaitez que l'on sache de vous, c'est votre positionnement spirituel ou philosophique. Avant de donner votre nom, avant de vous présenter comme étudiante ou travailleur, mariée ou célibataire, ingénieur ou enseignante, d'ici ou de là-bas, sportive ou pantouflard, écolo ou libéral, bref avant tout autre caractéristique, c'est votre croyance que vous communiquez, sans qu'un mot ne sorte de votre bouche.
C'est bien évidemment votre droit, mais il ne faudra pas s'étonner si, lorsque nous commencerons à bavarder, j'aurai tendance à chercher derrière vos paroles ce qui peut relever d'une motivation athée ou religieuse, si j'ai des difficultés à vous écouter sans (trop de) préjugés, si je suis à l'affût de ce qui confirmerait l'impression première. Autrement dit, si vos interlocuteurs ne vous laissent pas le bénéfice du doute.
Ainsi, Madame Ozdemir, quand vous expliquez que ce que vous avez sur la tête n'a pas d'influence sur ce que vous avez dans la tête, que votre liberté de pensée est pleine et entière, j'ai des difficultés à vous croire. Et quand je lis dans votre biographie,que vous avez renoncé à une carrière d'avocate, parce qu'au prétoire, il aurait fallu enlever votre voile, cela confirme les a-priori éveillés par votre tenue et je me dis "quelle soumission" !
Et vous Monsieur que je ne connais pas, si vous m'invitiez à signer une pétition, à marcher avec vous contre telle ou telle injustice, pourrais-je partager vos combats si, de votre point de vue, je fais partie de ces enfants attardés qu'il faut rapidement sortir de leur ignorance crasse ?
La vie en société - surtout lorsque cette société se dessine comme un puzzle de comportements, relevant de cultures, de traditions, de croyances différentes - la vie en société, donc, ne peut se dérouler dans l'harmonie que si on met en évidence ce qui nous rassemble, le socle de valeurs qui a sous-tendu notre cheminement vers la démocratie, valeurs de tolérance, de liberté, d'égalité des sexes.
Il me semble que tant l'athéisme agressif que la religion affichée ne contribuent pas vraiment à cette "inter-existence" pacifique.
16:33 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : religion, athéisme, voile, militance, identité
07.03.2009
Femme: tout est-il gagné ?
Pour faire pleurer dans les chaumières et convaincre facilement que la réponse à ma question est évidemment non, je vais, démagogiquement, commencer par une "brève" saisie ce matin sur lalibre.be: le Vatican approuve la décision d'excommunication prononcée par l'Evêque de Récife au Brésil. Il a en effet exclu de l'Eglise catholique la maman d'une petite brésilienne de 9 ans ainsi que l'équipe médicale qui a répondu à sa demande d'avortement. La gamine avait été violée par son beau-père et était enceinte de jumeaux. Outre toutes les séquelles psychologiques d'un viol incestueux, encore alimentées par la maternité qui s'en suit, les médecins craignaient des complications durant la grossesse de cette petite fille.
OK, ce n'est qu'un fait divers, dramatique mais rarissime. Pourtant il rassemble, de manière certes extrême, toutes les violences faites à la femme depuis l'apparition de l'être humain, s'extirpant péniblement de son animalité.
Sa capacité d'assurer la survie de l'espèce l'a d'emblée soumise à l'autorité du père, du chef de clan, du mari; elle lui a, sauf dans notre Occident récent, retiré tout droit à se choisir librement un compagnon, à mettre au monde des enfants désirés ou à décider de ne pas en avoir.
L'amour qu'elle portait à ses petits l'a rendue vulnérable aux pressions, l'a obligée parfois à se dresser contre les lois des mâles, à prendre des risques, à mettre sa propre vie en danger.
Les religions de toutes inspirations, effrayées par la force de la pulsion sexuelle et par ce pouvoir de vie, ont sacralisé des comportements, qui n'étaient bien souvent que relations de domination, ajoutant la culpabilisation à la souffrance.
A l'injustice naturelle qui fait qu'à acte égal, - une relation sexuelle non protégée et parfois non consentie - seule la femme en portera les conséquences matérielles - les gouvernements et les sociétés ont rajouté des peines plus lourdes, des attitudes stigmatisantes, des exclusions mortifères.
Il faut donc sans cesse rappeler que si, dans un auditoire de 200 étudiants en Belgique francophone, plus de la moitié sont des filles, si elles sont assises aux côtés de garçons avec qui elles peuvent entamer une histoire d'amour sans que la société juge bon d'intervenir, si elles ont librement choisi leur manière de s'habiller, si elles lisent les livres qui les intéressent, regardent les films qui les attirent, pratiquent les sports ou loisirs qui les tentent, toutes ces multiples libertés, qui nous semblent évidentes ici et maintenant, sont le résultat de nombreux combats : pour l'accès à l'instruction, pour le libre choix des études, pour la mixité de l'école et de la société, contre l'emprise de la morale religieuse, contre le mariage forcé, pour le droit à disposer de soi-même, de son corps et de ses sentiments mais surtout pour un changement de regard qui a fait de la femme un "homme comme un autre" et pas seulement une mère ou une éternelle mineure
D'ailleurs si le papa a le droit de pouponner et câliner, si le garçon peut montrer son côté tendre et rêveur, s'il peut préférer faire le marché et les repas pendant que sa compagne est partie "à la chasse tuer le mammouth" ;-)) c'est aussi le résultat de combats sur le droit d'être une personne, unique et non d'obéir aux stéréotypes.
Des combats qui ne sont pas définitivement gagnés. Non seulement parce que la tentation de reprendre le pouvoir perdu est toujours là, parce que d'anciennes morales ou de nouveaux intégrismes prétendent renfermer dans la maison et l'obéissance les jeunes filles, mais aussi parce que des lois supposent des moyens et que l'accès aux structures mises en place par les lois supposent aussi des moyens.
Or, un changement de majorité politique, une baisse des ressources de l'Etat, une crise de l'emploi et un retour de mentalités machistes peuvent se combiner pour supprimer des campagnes d'information, diminuer le remboursement de médicaments ou d'actes médicaux, raréfier les spécialistes prêts à effectuer ses actes, renvoyer la femme à ses fourneaux.
Il convient donc de rester vigilant, de ne pas hausser les épaules devant ces "féministes mal baisées" ou de ne pas trouver toutes les excuses de l'amour à ce garçon brutal et jaloux...
La liberté se conquiert puis elle se défend, sinon elle se perd.
14:40 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femme, droit, égalité, liberté, combat social



