08.12.2010
"Il faut en tirer les conséquences"
Mes enfants ont parfois qualifié l'éducation que je leur ai donnée de "catastrophiste". C'était, pour eux, une manière humoristique de souligner que chacune de mes remarques se présentait sous cette forme " ne fais pas cela, sinon" ou "il faut faire comme cela car, autrement ... " et s'enchainaient alors une série de conséquences toutes plus apocalyptiques l'une que l'autre: "non ! tu ne peux pas grimper sur le fauteuil, parce que si tu glisses, tu tomberas et si tu tombes, tu peux heurter ta tête sur le meuble et alors tu peux te faire une fracture du crâne. C'est ce qui est arrivé à ta tante Madeleine, à 9 ans et ... "
Le résultat ne fut pas, comme on pourrait s'y attendre, des adultes timorés mais des grandes personnes très organisées et (un peu trop) responsables.
En fait, beaucoup de seniors d'aujourd'hui ont connu des règlements qui, émis par les parents, l'école, la commune ou le catéchisme, étaient toujours assortis d'une mention très précise de ce qui arriverait si on ne les observait pas: suppression du foot ou des scouts, retenues, lignes à copier, amendes, purgatoire ou même enfer. Et - c'est peut-être surtout cela l'originalité - les sanctions arrivaient effectivement, car il n'y avait guère d'avertissement ou de seconde chance. Le "ça t'apprendra" était considéré comme un incontournable du discours parental.
Dans une Ecole ou une Eglise où le doute était peu cultivé, les liens causes-conséquences étaient simples et nets. On ne parlait pas encore de systémique et la plupart des examens d'histoire comportaient des questions du genre " quelles sont les 3 causes de la guerre de 14-18" ou "citez les conséquences de la prise de pouvoir de Napoléon", chaque geste ayant sa suite logique et évidente.
Il y aurait beaucoup à dire sur l'efficacité globale de ce type de dressage.
Pourtant, comme souvent, le balancier est peut-être allé trop loin tant il me semble qu'aujourd'hui, nous avons affaire, dans les petits soucis comme dans les drames, à des jeunes qui établissent difficilement le lien entre des actes ou des décisions qu'ils posent et ce qui arrive ensuite.
Lorsque il y a quelques mois à peine, j'étais encore dans mon auditoire, une phrase très fréquente était le "je ne savais pas" ... (qu'il fallait lire tel document, apporter tel travail, rendre telle analyse pour telle date). Et l'incompréhension était grande lorsque cette excuse dégageant la méchante intention était quand même suivie de la sanction annoncée. Sanction qui pouvait être grave puisque, par exemple, ne pas venir signer la feuille de présences lors d'une session représentait un abandon de celle-ci et donc le risque de doubler automatiquement. Le désarroi qui s'exprimait alors montrait que, jusqu'à leur majorité, bien peu d'étudiants avaient rencontré et expérimenté ces liens "cause-conséquence". Un petit dialogue me prouvait qu'à chaque fois, un père, un prof, un ami avait réussi à empêcher qu'ils ne paient leur erreur ou leur oubli.
Un nouvel accident mortel vient de se produire lors d'une fête étudiante et les remarques émises pointent souvent l'endroit où la guindaille est organisée: trop proche de la Meuse (où l'année dernière, un jeune homme s'est noyé), trop proche des rails (où cette fois, un autre a été fauché) , trop proche de la voie rapide où l'on craint que ne se produise un nouvel accident l'an prochain.
Une fois de plus, il s'agit de protéger d'eux-mêmes des jeunes qui, avec des excès de boisson, se mettent en situation de danger. L'Université et la Ville devraient fournir un local adapté, mais c'est difficile car ce ne peut être trop loin du centre, dit le bougmestre; autrement les fêtards s'entasseront dans leur voiture (sic) en état d'ivresse et les risques seront encore plus grands ! Or, nous parlons ici d'adultes, majeurs, qui de leur propre volonté choisissent de prendre des risques ; nous parlons aussi de jeunes relativement privilégiés: tous aujourd'hui ne vont pas à l'Université et tous n'ont pas les moyens de s'offrir une cuite.
Dans les années 60/70 où j'étais à la Fac, il ne nous serait pas venu à l'idée d'exiger des autorités une salle pour se saouler en paix. Les fêtes étaient juste tolérées, duraient un jour (et non 2 ou 3) et certains professeurs s'arrangeaient pour donner un cours particulièrement important ce jour-là. On pouvait alors fêter quand même St Nicolas ou la St Torè mais il fallait apprécier les enjeux et savoir à qui on avait affaire. Autrement dit, faire le lien entre notre choix, notre conduite et la suite des évènements.
Changeons de cadre et examinons ce braquage qui " a mal tourné'". La Loi, avec raison, limite considérablement la légitime défense. Il ne peut s'agir de se faire vengeance ni de mettre en balance des biens fussent-ils les miens, avec des personnes, fussent-elles mal intentionnés. Et dans ce cas, l'adolescent malfrat a lourdement payé son envie d'argent facile et sa décision de prendre une arme, factice mais si ressemblante.
Ce qui m'étonne, ce sont les manifestations de soutien "à son honneur" et les témoignages qui semblent souvent ne pas comprendre la gravité d'un acte de braquage, ni donc le fait que le bijoutier ait réagi avec ce qui leur apparait une extrême violence. Je ne veux pas être cynique mais est-il totalement faux de penser qu'un voleur, armé, qui s'en prend en plus à des personnes, met en jeu sa propre personne ? Que, d'une certaine façon, cela fait partie des risques du métier ?
Un des invités de la Première radio de ce mardi insistait sur le fait que la Justice ne fait pas preuve de laxisme puisque jamais nos prisons n'ont été si peuplées et pour de si longues peines. En entendant cette remarque, je n'ai pu m'empêcher de penser que ce qui manquait très probablement, c'était un peu de ce dressage dont je parlais en commençant: réaliser par une expérience répétée que lorsque je fais un acte dangereux ou interdit, je devrai en tirer les conséquences. Et ne vaut-il pas mieux, enfant, rater une émission de TV ou être privé de son jeu vidéo que de découvrir comme la vie, la vraie, peut être cruelle: un tournant pris trop vite, après une soirée trop arrosée et les lois de la physique se chargeront d'apprendre, trop tard, comment arrive un accident.
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10.07.2009
L'éducation à la non-citoyenneté
Ils habitent une longue rue d'un quartier populaire, monsieur, madame et deux enfants dont un petit garçon d'environ 6 ans. Lui retape des motos , parfois aussi des (épaves de) voitures, sur le trottoir. Elle le regarde fumant une cigarette sur le seuil, tandis que le plus jeune debout sur les pédales de son VTT slalome entre la chaussée et les trottoirs.
Depuis qu'il se tient debout, il teste avec papa la qualité de la réparation des gros ou petits cylindres. généralement tard le soir, toujours assis entre le guidon et son père, sans casque ni aucun garde-fou. Papa aligne la moto au début de la rue, fait vrombir le moteur, ce qui enchante le gamin et puis s'élance à fond dans la ligne droite, aussi souvent que nécessaire pour être sûr que tout fonctionne.
Quand manifestement la moto est OK, elle disparaît - vendue ou rendue à son propriétaire - mais les accessoires défectueux, les bidons d'huile vidés, les plastiques d'emballage des nouvelles ampoules, les bouts de cables ou les vis cassées sont négligemment éjectées dans le caniveau. Ou alors, entassés dans un vieux sac du supermarché, donnés au gamin pour aller les déposer au pied d'un mur un peu plus loin ...
Le soir, madame et l'aîné promènent le chien, un petit roquet tricolore, bruyant et tellement agressif que son museau disparaît dans une muselière qui l'enserre jusqu'aux yeux. Ils parlent gentiment en circulant dans le quartier jusqu'à ce que le meileur ami de l'homme ait laissé ses cigarillos quotidiens devant l'un ou l'autre seuil...
De temps en temps, leur porte s'ouvre et un membre de la famille traverse la rue pour déposer le long du bâtiment public l'une ou l'autre chose encombrante, qui va du simple sac poubelle au vieux fauteuil ou barquette de fruits avariés.
WE de mai, visite des chantiers, l'occasion de découvrir le gigantesque machin qui se construit à un tour de grue de la maison. Ils ont préparé un accès à l'autre extrémité, ce qui oblige à contourner le bloc si l'on veut suivre les flèches.
Du haut d'un futur balcon, nous contemplons notre environnement sous un jour nouveau. Tiens ! Voilà papa et gamin qui viennent aussi visiter. Le père a détaché les fils de fer qui retenaient ensemble les barrières pour se faufiler en évitant le grand tour. Mais un costaud garde les remballe. Furieux, le père réessaye un peu plus loin, tirant toujours le petit derrière lui. Il croit avoir réussi quand je le vois, d'un autre balcon, arriver à contre-sens d'un groupe, en tête duquel un autre garde le force à ressortir. Il gesticule, explose et cette fois, renonce à entrer.
Même si l'ensemble de ses tentatives équivalait probablement à la longueur du contournement, c'est une question de principe: je fais ce que je veux, semble t-il proclamer.
Dans un numéro récent du journal "Droits des jeunes", on posait un regard critique sur les stages parentaux. "Supermamy chez les Simpson" s'intitulait l'article. On connait cette initiative qui vise à aider les parents à assumer leurs responsabilités en inculquant à leur progéniture les règles de la vie en société.
Je peux comprendre qu'il faille éviter ce qui accentue l'éventuelle stigmatisation de personnes déjà précarisées ou exclues. Mais quand je vois cette famille, où personne n'a l'air en souffrance, où chacun vague à ses occupations oh pas vraiment illégales, pas totalement délictueuses, pas immensément menaçantes, seulement systématiquement hors des règles, je me dis que ce bout de gamin est en train de recevoir une éducation tout aussi systématiquement non-citoyenne.
Qu'à 6 ans, il sait déjà aller en moto sans casque, à fond la caisse, à une heure où il est interdit de faire du tapage. Il a expérimenté que le code de la rue est facultatif, le trottoir un lieu d'acrobaties et les freins des voitures faits pour lui sauver la vie quand il déboule sans regarder. Il connait pas mal de trucs pour aller là où il ne peut pas et aussi comment se débarrasser de tout ce qui ne lui convient pas sans s'occasionner d'ennuyeuses formalités comme les sacs réglementaires ou les parcs à containers.
Il se forme peu à peu au travail au noir et à la jouissance, sans remords inutiles, des allocations sociales.
Alors que faire aujourd'hui pour que demain il ne soit pas franchement dans la délinquance ?
Est-ce si idiot ou sécuritaire d'imaginer que quelque chose manque ou a manqué à ses parents pour devenir des éducateurs et qu'il serait plus stigmatisant de les croire incapables de changer que de les aider à essayer ?
16:02 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : civisme, éducation, parent
28.01.2009
" Quand on veut, on peut "
Voilà le type de phrases qui me faisait grincer des dents quand, ado, je me débattais dans l'enfer des intégrales et autres CQFD, auxquels je ne parvenais jamais... Pas faute d'essayer, pourtant ... Quoique ... à force d'être toujours à côté de la plaque, de ne jamais voir, "alors que ça saute aux yeux", que AB et CD sont évidemment parallèles et que, dans un trapèze dont les côtés .... la somme des .... je n'essayais plus vraiment. Je n'écoutais plus vraiment non plus.
Devenue une grande personne, pas loin de clôturer toute une vie de "prof", je me dis que, peut-être, cet effondrement mathématique (et scientifique d'ailleurs) relevait probablement d'un manque de confiance en mes capacités, de l'écho résigné éveillé en moi par une prof. justement, qui lorsque j'avais 11 ans, m'avait lancé: " vous, vous ne serez jamais bonne en mathématiques". Prédiction réalisée, forcément.
Cette phrase donc, je l'ai réentendue, traduite de l'anglais, au JT de lundi dernier.
Celui qui la prononçait en V.O. était un vieillard rabougri, à la peau sombre et ridée, à la bouche dégarnie, coiffé d'un bonnet de laine "Obama". En le regardant, on se disait qu'il ne devait pas avoir voulu grand chose pour sembler si misérable à son âge.
En fait, c'était un ancien champion de boxe, qui avait décidé de consacrer toute sa pension à accueillir et entraîner des gamins du quartier, pour les écouter, les occuper, canaliser leur énergie et leur agressivité, leur donner un but. Croire en eux, d'abord et surtout.
Wouahh ! Ca, c'est du social ! Aux antipodes de ce que l'on imagine les USA, l'individualisme libéral, les traders, la loi de la jungle du Marché.
A ses côtés, un autre noir, un grand jeune gaillard, expliquait qu'il était un ancien de la salle de sport. Soutenu par son coach - moral et physique -, il était sorti de la rue, avait réussi son Droit et devenu avocat, rendait ce qu'il avait reçu en défendant les intérêts du vieux boxeur et de ses protégés
Quelle formidable réussite, parti de rien et arrivé quelque part, un vrai rêve américain !
Qu'on réalise comment ? Et bien justement, affirmait le tout chenu prof. en vie et en sport, "quand on veut, on peut".
C'était là le credo qu'il inculquait à ses gamins. La volonté triomphe de tous les obstacles, car si on y croit, si on mord sur sa chique, si on se cramponne à l'objectif comme le roquet sur le mollet du facteur, on ne pourra vous envoyer paître.
L'effort, le courage, le mérite, s'appuyer sur ses propres forces, savoir se débrouiller dans la vie, ne pas compter sur le système ou la société, seulement sur des soutiens bienveillants, et encore, si on ne les déçoit pas, voilà des vertus libérales, bien loin de l'Etat-Providence social.
C'est cela le visage réel du Parti Démocrate qu'on voudrait rapprocher de nos socialistes, la morale de l'Amérique victorieuse qui acclame son nouveau président parce qu'il incarne justement ce "on veut, on peut". C'est l'ambiguité de cette position qui explique que, chez nous, le candida Obama aurait eu le vote unanime de nos politiques, de la gauche à la droite.
Barak O se préoccupera certes des démunis, mais il mise surtout, si on en croit son discours inaugural, sur la confiance que chacun doit avoir dans ses capacités, sur l'ambition des objectifs à se fixer et sur la fierté d'y parvenir, comme les grands anciens y sont arrivés.
N'est-ce pas aussi ce que les A.S. devront, notamment, développer chez ceux qu'ils accompagneront: une image de soi positive, celle qu'une autre prof. a finalement réussi à me donner, il y a plus de 40 ans .
18:14 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.12.2008
Partager le plaisir
Jeudi dernier, j'assiste à un colloque organisé par le FERULg*. autour de l'écrivain Annie Ernaux, "se perdre dans l'écriture de soi". Il y a là une vingtaine d'étudiants qui sont venus écouter la communication de leur prof, les autres orateurs, de France, d'Ecosse et du Canada, des experts et quelques (trop rares) curieux comme moi.
Cela débute un peu dur. Malgré ma formation universitaire, le vocabulaire plutôt abscons, très "private joke" des Romanistes (si, si !) me bloque, m'égare et j'ai comme l'impression de n'être pas à ma place. Je dois me concentrer pour me répéter que j'aime Annie Ernaux et donc que j'apprendrai sûrement quelque chose.
Puis cela décolle; les communications, courtes, se succèdent. On évoque des ouvrages que j'ai lus, on les compare à d'autres que je ne connais pas mais que j'ai immédiatement envie de me procurer. Les analystes décortiquent des passages, avec la minutie et presque le suspens des feuilletons des CSI.
M'étant plongée dans ces autobiographies avec naïveté, j'en découvre des facettes totalement inattendues mais, surtout, je comprends que la simplicité apparente, les variations de style, les paragraphes tantôt elliptiques, tantôt proches des "périodes" de Proust, cachent en fait un énorme travail sur la forme et le fond.
Ces découvertes sont jubilatoires; je me sens plus maligne, l'esprit pétillant, envahie d'une puissante envie d'aller voir, vérifier, comparer, aborder l'inconnu, reparcourir le connu. Plus de prise de tête, rien que du plaisir.
Car apprendre, c'est un plaisir, apprendre-learn, dans ce cas-ci. Je le vérifie une fois de plus.
Comme lorsqu'à l'automne, mon mari et moi participons aux Rendez-vous de l'Histoire à Blois; 3 jours de conférences, débats, tables-rondes, de 9h du matin à 19h, à peine le temps de manger un sandwich debout dans les files; car une foule de personnes - des adultes, des seniors souvent - sont là, rien que pour le plaisir d'apprendre.
Pourquoi est-ce, pour les élèves et les étudiants, si souvent casse-pied, dénué d'intérêt, abstrait, càd sans lien avec la vie, avec leurs préoccupations, avec leurs bonheurs et leurs souffrances...
Pourquoi faut-il devenir vieux pour découvrir ce passionnant vertige devant l'immensité de la connaissance possible et la nano-particule qu'on arrivera à posséder ?
Toute ma vie de prof, j'ai essayé de partager ce plaisir, de stimuler la curiosité, de faire imaginer ces chemins sinueux qui s'égarent dans des contrées inconnues, parcourent d'immenses territoires, recoupent des Autoroutes, longent des Nationales, d'inviter ces centaines de jeunes que j'ai eus devant moi, à les emprunter, à s'y lancer.
Certains n'ont pu franchir la première étape, celle que j'ai évoquée, le blocage, celle qui fait qu'au lieu d'avoir les neurones pétillants, vous vous sentez plus bête.
Chez d'autres, le regard s'est éveillé, le feu s'est allumé, il ne reste plus qu'à l'entretenir, ou plutôt à leur indiquer où on peut trouver du petit bois...
Un mystère, l'apprentissage, quelle que soit la pédagogie employée, une alchimie complexe dont la précipitation chimique peut, à tout moment, échouer pour introduction imprévue d'éléments incongrus !
* Le FERULg (Femme Enseignement Recherche) organise de nombreuses activités autour des questions de genre. Pour en savoir plus, c'est ici http://www.ferulg.ulg.ac.be/pages/index_m.php
18:01 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07.12.2008
Un enseignement de qualité ...
Jeudi après midi dans mon Delhaize: les adultes présents dans les files échangent des regards exaspérés devant quatre ados,trois filles et un garçon qui chahutent dans la file où je suis. En fait ils sont juste derrière moi, ce qui me permet d'entendre clairement leurs échanges, entre deux fous-rires et éclats de voix stridents.
L'objet en cause est un de ces grands tubes en carton rempli de chips, une des filles va l'acheter et tous en profiteront. Oui mais voilà, la file est longue et les jeunes cherchent comment sortir avec leur 4h "sans que ça sonne comme la dernière fois". Suit, à mi-voix un historique de leurs divers exploits sur le thème de "tout ce qu'on a piqué sans se faire attraper", entrecoupés de "oh oui tu t'rappelles" et autres " qu'est-ce qu'on a failli prendre" !
La vendeuse a l'oreille attirée et me regarde d'un air interrogateur; je ne peux qu'esquisser une mimique qui signifie en gros "ben, vous avez peut-être intérêt à être attentive"...
Finalement ils arrivent quand même à la caisse et quand je m'éloigne, j'entends le dialogue assez vif entre la caissière qui affirme n'avoir reçu que 1, 05 euro alors que la fille assure lui avoir donné les 1,25 ...
Banal, me direz-vous.
Oh oui, même si ces jeunes viennent du "bon collège" tout proche de la galerie commerciale, un de ceux pour lesquels on campe sur les trottoirs. La raison de leur impatience dans la file est d'ailleurs que "si j"suis en retard, papa me tue".
Discipline à la maison donc, probablement discipline à l'école aussi mais quel effet sur leur comportement réel, quelle intégration réussie des normes, comprises parce que perçues comme porteuses de sens ? Mystère !
17:29 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03.12.2008
Décret inscriptions
Quand j'ai trop de choses à dire, je n'écris plus; les idées se bousculent, les réactions intérieures se multiplient et faute de pouvoir choisir entre elles ou d'avoir le temps pour tout traiter, je me tais.
Aujourd'hui c'est l'exapération qui me donne l'élan pour trancher, probablement pas le meilleur , mais ...
Car, effectivement je suis exaspérée de la manière dont est présentée la question des inscriptions, le pathos de courriers des lecteurs, la vision idyllique du "petit-fils qui a travaillé durement pour pouvoir entrer dans une école de qualité et qui voit son rêve s'effondrer" , les parents qui sont obligés de "renoncer à une école dont le projet pédagogique correspond parfaitement à leurs valeurs" ou encore cette course harrassante de la maman, chef de famille monoparentale, qui zigzague d'un établissement à l'autre, pour être sûre d'avoir la place dans la bonne école. On avance des chiffres dramatiques: 33% des élèves ne pourront aller là où ils le souhaitaient ou plutôt, dans le style journalistique, "resteront sur le carreau du tirage au sort". Enfin, argument massue "on touche à notre liberté".
De quoi parle t-on ?
Le choix du Projet Pédagogique
Quel Pouvoir Organisateur a pu compter sur un nombre significatif de parents pour s'investir dans les conseils de participation, ces lieux où l'on a élaboré ce fameux "projet pédagogique". Quel parent serait capable d'en parler, autrement qu'en disant "il y a de la discipline et on prépare bien au Supérieur ! " ?
La liberté ? Elle n'est pas absolue quand elle profite à certains et nuit à d'autres; quand elle fonctionne avec l'argent de tous mais entretient des ilots de privilégiés. L'enseignement est un service public mais, s'il va mal chez nous, c'est justement parce qu'on a laissé les règles du marché s'y installer, qu'on y a reproduit l'offre et la demande. Dans un esprit très "boursier" d'ailleurs, car les réputations se font et se défont sans qu'on sache réellement le pourquoi. Certaines sont surfaites, d'autres mal cotées, sans cause rationnelle.
Les laissés sur le carreau ?
En 1986, mon fils est en 5e primaire. Une amie, professeur au collège voisin où je compte l'inscrire, me téléphone : attention, n'attends pas la 6e, il faut aller dès le premier jour, sinon tu risques de ne plus avoir de places. Et alors tu pourras aussi choisir le ou la titulaire, dont elle me communique quelques noms "de qualité". J'ai suivi son conseil et bien m'en a pris puisqu'effectivement, ceux qui ont attendu la dernière année de primaire n'avait plus de place. Une autre amie a inscrit sa fille dès la 4e, le collège jésuite bouclant ses inscriptions 2 ans à l'avance.
J'imagine donc qu'il y avait un certain nombre de parents, peut-être bien 30%, qui téléphonaient pour s'entendre dire "trop tard, désolée", des parents dont le seul défaut était de ne pas "être initié"
Les valeurs ?
Ce qui m'énerve le plus, c'est qu'on ne veut pas clairement proclamer " ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes".
Or, comment repérer une bonne école ? Regardez sa structure: 6 classes de 1ères, 2 rhétos ? On est bon parce qu'on élimine, cela veut dire que tout enfant qui n'est pas capable de suivre est éjecté, ou en tout cas, laissé à lui-même, isolé, jusqu'à ce qu'il "comprenne que sa place n'est pas ici". Les valeurs de ces écoles-là sont donc celles de l'écrémage, de la non-solidarité, du mépris du moins doué.
Le droit à une bonne école ?
Membre d'un P.O. d'une école technique et professionnelle, je reçois ce matin le petit journal-bilan du 1er trimestre et comme à chaque fois, je suis émerveillée de la multitude d'activités organisées, de l'inventivité des profs, de leur dévouement, de leur souci constant de prendre le jeune là où il est et de l'accompagner le plus loin possible.
Ce n'est pourtant pas ce que les journaux appelent "une bonne école". Ce n'est pas le Collège Saint X ou l'institut Sainte Y, qui a fait le plein depuis longtemps. C'est seulement un endroit où l'on accueille ceux que ces "bonnes écoles" ont blessés pour les aider à se remettre debouts.
Mais ce pourrait être une "bonne école" si les parents étaient attentifs aux vrais besoins de leurs gamins ou de leurs adolescentes, s'ils n'attendaient pas, précisément, qu'ils se soient cassés la figure, qu'ils aient vu leur rêve s'écrouler, pour les inscrire dans ces lieux qui développent non seulement l'intellect - car on le fait - mais aussi l'habileté, la précision, le sens du concret, la débrouillardise, la responsabilité, qualités très demandées sur le marché de l'emploi.
Bien préparer à l'avenir ?
Prof. dans le Supérieur, je découvre chaque année le parcours scolaire d'environ 200 jeunes, dont plus de la moitié ont connu au moins plusieurs établissements, pour des raisons de choix d'options mais aussi, souvent, pour des raisons familiales où le fait que l'enfant perde ses amis, semble ne plus beaucoup compter.
J'en vois aussi issus de ces fameux collèges qui sont complètement démolis, doublant ou triplant à l'Univ, cherchant désespérement le sens à donner à cette course à l'excellence. Ou, pas démolis du tout, puisqu'ils terminent de brillantes humanités sciences/maths fortes, mais n'y ayant trouvé aucune "humanité", ils se tournent vers une formation ouverte aux personnes, à la rencontre, à l'autre.
Dans ces multiples échecs à l'Univ, je ne vois pas que des jeunes mal préparés, sortis d'écoles moins fortes, mais beaucoup plus des jeunes que l'on n'a pas aidé à trouver une motivation forte, un goût pour la vie, tout simplement.
Il me semble donc qu'il ne faut pas se tromper d'objectifs: au lieu de multiplier les pétitions, les files, les triples inscriptions, il est préférable de regarder notre enfant, ce qu'il est vraiment, pas ce que nous voudrions qu'il soit, et de se demander où il serait vraiment à sa place.
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21.09.2008
Comment défendre le/la Politique ?
La NVA ne participera plus au gouvernement fédéral et si elle se retire aussi du gouvernement flamand, nous pourrions avoir des élections anticipées.
Comme tout le monde, j'entends ce flot de nouvelles pendant mon dîner dominical.
Mais je les reçois de manière peut-être un peu plus concernée.
Car aussitôt, je pense à mon auditoire. Ces 200 jeunes qui m'attendent mercredi pour l'introduction du cours de politique.
Je vais leur dire quoi ??
Enseigner la politique en Belgique représente déjà un certain défi, quelque chose comme un exercice de gymnastique un peu difficile, une coutume spéciale, une Véronique alambiquée de Corrida locale. Le prof, quand il maîtrise la chose, ce qui n'est déjà pas donné tout cuit, a le plaisir du magicien-pédagogue qui explique son tour, la leçon se concluant par un CQFD rassurant.
Mais, jusqu'il y a quelques années, il y avait aussi une satisfaction morale très réelle à souligner que cette complexité garantissait notre progrès, nous préservait une place non négligeable dans le concert des nations évoluées et prospères. Et surtout, qu'elle nous avait évité, contrairement à d'autres pas si lointains que cela, de verser du sang, de céder à la violence.
Bref, que ce système bizarre, bancal, bricolé avec 2 bouts de ficelle et 3 sparadraps, nous avait permis de rester civilisés, responsables, intelligents.
Et donc que connaître notre fonctionnement était utile, qu'en repérer et interprêter correctement les enjeux était indispensable, que voter était un acte citoyen essentiel.
Ce qui s'est passé depuis juin 2007 rend ce type de réflexion légèrement surannée.
Le citoyen lambda a vu sur ses écrans, entendu sur les ondes ou lu dans ses canards, bien peu de déclarations civilisées, responsables ou intelligentes.
Le comptage de nos votes à peine enregistré, on a bâti une, puis deux, puis trois tours de cubes, aussi mal alignés que ceux d'un bambin de 15 mois. On clôture encore la campagne d'hier qu'on se lance dans celle de demain.
Et bien malin qui verrait une adéquation entre ce que nous découvrons chaque jour dans les médias et les explications théoriques de ce qu'est un système politique sain, càd une écoute des attentes des citoyens, une analyse des problèmes posés et une réponse pertinente qui rencontre à la fois les besoins et les moyens.
Alors mercredi, je dis quoi ? je parle de quoi ? j'explique quoi ? Je ne pense pas ici aux matières, aux contenus - il y a amplement sujets à occuper quelques dizaines d'heures de cours - mais du fond, c'est-à-dire du sens de tout cela. Le pourquoi, le pour quoi ? Et aussi nous, là-dedans, quel est notre rôle, notre pouvoir d'action, notre espoir d'influence ?
Ce matin, sur un des débats en ligne, je découvre cette remarque:" le système électoral belge étant ce qu'il est, les élus le sont aussi démocratiquement que pour les "tirages au sort" UEFA Champion's league ou FIFA World Cup".
Qu'est-ce, sinon une condamnation très cynique de notre système politique ? Et ce n'est pas une réaction épidermique mais une pensée qui se répand, que l'attitude de nos politiques conforte.
Donc mercredi, si je veux être à la fois efficace et réaliste, si je veux être entendue, je dis quoi ?
20:18 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, belgique, politique, enseignement
11.09.2008
L'Unif à la cote
L'Unif a la cote, nous apprend la Libre de ce matin. Plus de 35% d'étudiants supplémentaires en 20 ans.
Formidable ! Quel progrès !
C'est bien évidemment la conséquence des progrès constants de notre enseignement secondaire, consacrés par de brillants bulletins à l'OCDE, qui, formant mieux les jeunes, leur permet d'espérer, bien plus souvent qu'auparavant, réussir dans le Supérieur.
Ce sont aussi les nombreuses aides fournies aux familles moins favorisées, avec un montant de bourses considérablement gonflé et un abaissement important des revenus qui peuvent y prétendre.
C'est enfin une région et une communauté sorties de la crise économique dans laquelle stagnent encore les pays voisins.
Non ? Aucune des trois raisons ? Mais alors quelle est l'explication ?
14:41 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10.09.2008
Premier cours
Contexte
il y a 3 ou 4 ans, une manifestation fut organisée par l'enseignement supérieur pour dénoncer le manque de moyens dont il disposait pour accueillir une population sans cesse en augmentation. J'avais alors écrit un billet qui fut publié dans la Libre la veille de la marche sur Bruxelles.
En cette rentrée 2008, l'enveloppe fermée reste une lourde contrainte mais des efforts sont faits et des moyens sont affectés spécifiquement à la pédagogie de la réussite et au soutien de projets.
Le portrait de cet auditoire me semble quand même encore d'actualité pour les réflexions qu'il peut susciter, notamment sur la difficulté qu'éprouvent ces jeunes à être présents, donc à exister, dans cet anonymat.
Ils sont 238 dans un auditoire prévu pour 200. Ils ont entre 18 et … 35 ans. Ils ont le teint rose, bronzé, chocolat léger, jaune abricot pâle ou franchement noir. Majorité de filles, peu de garçons, ils ont fait latin, maths fortes, langues, sciences, informatique, puériculture, sciences sociales, couture ou hôtellerie. Ils ont brillamment réussi leurs humanités et arrivent sourire au lèvres et confiance au cœur. Ou ils sont là, inquiets, après des parcours tellement sinueux qu’eux-mêmes ne se souviennent plus de toutes les écoles qu’ils ont fréquentées. Ils ont découvert le monde de la précarité ou de la délinquance à l’occasion d’une retraite de rhéto et veulent remettre les gens dans le droit chemin. Ou, de plus en plus, ils connaissent déjà trop bien le travail social ; ils s’y sont confrontés dès leur plus jeune âge et aujourd’hui ils veulent d’abord refermer leurs blessures et éviter que d’autres n’en reçoivent. Eux, c’est ma classe de 1ère, futurs assistants sociaux, écoutant sagement mon cours d’histoire sociale et politique.
En 30 mois de cours, si tout va bien, ils devront être capables d’émettre un avis justifié sur le placement d’un enfant, la libération conditionnelle d’un détenu, l’octroi du RIS, le droit à une allocation d’urgence, les conditions de maintien à domicile d’une personne âgée, la demande d’une aide spécifique pour une maladie longue durée. Ils seront dans la rue près des jeunes en danger, des toxicos, des SDF ou des prostituées. Ils écouteront les parents d’un ado à la dérive, recueilleront les confidences d’un petit racketté, encadreront une famille noyée dans les dettes. Ils devront observer, analyser, soupeser, faire abstraction de leurs émotions et de leurs préjugés, canaliser leur propre histoire et prendre leurs responsabilités. De très lourdes responsabilités, pour eux, leurs clients et la société toute entière.
Il y a 15 ans, ils n'étaient que 72, assis à de petites tables. En quelques cours, je les connaissais; je croisais des yeux intéressés, perplexes ou franchement interrogateurs et j'adaptais aussitôt mon exposé. Il y avait échanges, débats, travaux pour lesquels, en quelques minutes, des petits groupes pouvaient se former. Et l’examen, avec tout ce que j’avais appris d’eux en 10 mois, se résumait à un bref entretien de synthèse.
Aujourd’hui ils sont 238, dans un auditoire à gradins, vissés derrière leur longue tablette. Je m’efforce de sourire, de parler haut et fort mais sans lasser, de rencontrer les regards, de déceler ce qui passe et ce qui reste obscur. Je multiplie les injonctions, les suggestions de recherches personnelles, d’exercices que je déchiffre consciencieusement, seul moyen d’avoir des feed-backs face à cette masse impersonnelle. L’an dernier, ils étaient 180 et j’ai corrigé 3080 pages. Cette année, atteindrai-je les 4000 ?
On me conseillera sans doute de faire un QCM : une après midi pour le constituer et peut-être même une correction informatisée. Est-ce vraiment cette voie-là qu’il me faut emprunter pour vérifier que ces jeunes ont compris l’évolution de leur métier, les enjeux de l’action politique, les choix de société dont ils dépendront, les valeurs qui ont sous-tendu hier les progrès sociaux et celles qui sous-tendent aujourd’hui certaines régressions…
Et je ne suis « qu’un » prof. de cours théorique ! Que dire de mes collègues chargés de superviser les premiers pas dans la pratique, d’accompagner des démarches maladroites mais qui peuvent mettre en jeu des personnes, des familles et parfois des vies entières. Hier chacun d’eux gérait des groupes d’une dizaine d’étudiants ; aujourd’hui ils sont 20 ou 25 à qui il faut faire acquérir des compétences accrues pour un monde de plus en plus complexe, avec moins de temps, moins d’espace, moins de disponibilités.
Car si un jour, un détenu libéré trop tôt récidive, l’assistant social responsable du dossier bénéficiera t-il de circonstances atténuantes pour formation insuffisante ?
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03.09.2008
Former à une profession ?
Appelons-la Kathleen. Elle a 24 ans et a terminé avec succès la formation en travail social dans notre HE. Elle a ensuite effectué une année supplémentaire pour se donner une corde de plus à son arc. Nous nous rencontrons au coin d'une rue et parlons de son entrée dans le monde du travail.
Après avoir envoyé plusieurs candidatures spontanées, elle a reçu des rendez-vous pour passer des entretiens.
Deux des secteurs qui l'ont contactée correspondent très bien à ses souhaits. Pourtant Kathleen m'explique qu'elle se demande comment ça va se passer, parce qu'il y a d'abord une épreuve écrite et puis seulement un examen oral.
Je lui suggère de revoir la législation du domaine pour lequel elle postule, mais elle me répond que la convocation précise bien qu'il ne s'agit pas de tester des connaissances mais des compétences; ici rédaction et synthèse à partir d'articles de journaux ou d'extraits d'ouvrages. "Or, ajoute t-elle, je n'ai jamais fait ça !"
Kathleen a donc derrière elle 4 ans d'enseignement supérieur et n'a jamais eu l'occasion de lire et synthétiser un texte, épreuve basique de tout examen dans une fonction publique !
Je lui dis, un peu gênée (car après tout je l'ai eue comme étudiante en 1ère année, pour des cours généraux type sciences humaines) : "pendant tes humanités, tu as sûrement fait ça en français ! - Oh non, j'étais en techniques et on ne faisait pas beaucoup de français, comme écrire, résumer et tout ça ."
Certaines HE, quelles que soient les orientations qu'elles proposent, ont inscrit à leur grille des cours de français, par réalisme, sachant que de moins en moins de jeunes de 18 ans maîtrisent les compétences de base de l'expression, écrite ou orale, correcte. D'autres, comme nous, travaillent plus sur la communication en général, ne privilégiant aucune forme pour stimuler la créativité et l'utilisation plurielle. Formation riche, mais qui considère que, bien évidemment, les étudiants possèdent déjà un "bon bagage", qu'on ne définit pas vraiment mais sur lequel on s'appuie.
On voit qu'il n'en est rien, ou du moins pas pour tous et que certains, comme Kathleen, peuvent donc franchir sans erreur nos obstacles mais risquer de se retrouver coïncés plus tard.
Je me souviens du tout premier "recyclage" auquel j'ai participé, il y a près de 30 ans. Au repas, j'étais assise à côté du formateur, un inspecteur de français. Enfant de mai 68, je lance "l'orthographe est une convention bourgeoise". Il répond tranquillement " qui ne pèse que sur les petits". Interloquée, je lui demande des explications qu'il me fournit: "un avocat et un médecin auront une secrétaire qui rédigera leur courrier, tandis qu'un gars qui arrête l'Ecole moyenne pour devenir facteur, devra d'abord réussir la dictée..."
Le contexte a changé, la dictée "sans faute" n'est plus exigée nulle part, mais le raisonnement reste le même.
Peut-on espérer que l'approche par socles de compétences, minimum d'une éducation citoyenne, arrêtera ce mouvement de report perpétuel de leur acquisition ?
Heureusement pour Kathleen, le Forem va la préparer à l'épreuve écrite ...
Interpellant je trouve, après 16 ans d'études
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