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01.03.2009

Des réductions de coût qui risquent de coûter cher

Pour se préparer à la concurrence européenne, la Poste rationalise.
Le JT nous apprend que, très bientôt, les facteurs seront remplacés par des livreurs de courrier. Engagés pour 3 ou 4h par jour, dans un boulot qui sera peut-être le complément d'un autre travail plus sérieux, ils iront déposer dans les boîtes aux lettres ce qu'on leur aura préalablement trié.
Un métier comme un autre, des objets comme les autres, une pizza, un assortiment de buffet chinois ou un sac de provisions.
Pourquoi pas, si cela permet d'économiser de l'argent et de rester compétitifs ?

Dans ma tendre jeunesse, celle du Baby-boom, il y avait, sur chaque autobus, un conducteur et un vendeur de tickets.
Installé au milieu du véhicule, tournant la manivelle de sa rigolote petite machine, il imprimait les coupons demandés. Véritable complice du conducteur avec lequel il voyageait toujours, il constituait avec lui une équipe de choc, maître de la machine et des passagers. Ils connaissaient quasi tous les usagers qu'ils n'hésitaient pas à saluer par leur nom.

L'un d'entre eux, qui clôtura la vie glorieuse du bus 27, avait un sens de l'humour très efficace aux heures de bousculade. A une brave mémé essayant de grimper sur une plate-forme surchargée, il lançait " Alleye, Madame ! Avance !  y a encore de la place dans la cuisine" (ou "près du feu") . Pour une future maman rondelette, il harponnait un gamin mollement installé:  " dites jeune homme !  Pas encore usées, vos fesses ? ".
Les mal-intentionnés, qui existaient bien sûr aussi à l'époque, filaient doux quand montait le contrôleur, torse bombé, regard sévère. Car on savait qu'il n'hésiterait pas à hausser la voix pour prendre à témoin son contingent, de la turpitude de celui qui croyait pouvoir flouer de 3 francs l'association des transports publics liégeois.

Mais ce personnel coûtait bien cher, alors que les gens étaient, au fond, bien obéissants. Fallait-il vraiment vérifier les tickets ? N'irait-on pas plus vite si les possesseurs d'abonnement ou de cartes empruntaient une autre porte que les voyageurs occasionnels ? Avec un bon rétroviseur, le conducteur pouvait veiller à la discipline.  Il suffisait d'expliquer aux passagers: le citoyen est naturellement préoccupé du bien commun, non ?
Combinée à ce préjugé idéologiquement sympathique, une nouvelle notion faisait son apparition, "rentabilité", et on supprima donc le vendeur de tickets tandis que le contrôleur devenait une éventuelle menace qui se matérialisait fort rarement.
Équilibre des conditions de travail, récupération, congés, maladies... et le conducteur put aussi changer de ligne, suivant ses horaires et ses attentes. Le nombre des habitués diminua enfin devant l'irrésistible appel de la voiture et l'on se retrouva, de plus en plus souvent, entre inconnus.

C'est alors qu'insensiblement un nouveau concept se fraya un chemin:  "insécurité" , il s'appelait. Ses effets multiples et inattendus - enfin on les définit comme tels -  forcèrent néanmoins les gestionnaires des transports publics à prendre, d'abord au coup par coup - c'est le cas de le dire - , puis en ordre serré, des mesures de protection: blindage de la cabine, installation de caméras de surveillance, création d'accompagnateurs, agents d'ambiance et autres stewards, le tout s'intercalant entre 2 grèves surprises, 3 débrayages et 4 actions de solidarité.
Aujourd'hui, tous comptes faits, est-on sûr que les économies attendues et la rentabilité visée soient réellement au rendez-vous ?

Il y a quelques mois les journaux évoquaient une expérience menée en Flandre. Portant sur l'acheminement du courrier, elle révélait un nombre effarant de disparition d'envois. Entre certains bureaux, 30% de dépôts n'arrivaient jamais. Les syndicats, très secoués, menèrent leur enquête pour arriver à la conclusion qu'il y avait un lien direct entre l'engagement d'intérimaires ou d'auxiliaires et le taux de vols.
Inattendus ? Subjectifs ? Je ne crois pas.

Quel était le profil du "messager "autrefois ? On ne choisissait pas le moins cher parmi les candidats. L'élément essentiel était la confiance. Le messager, courant à brides abattues, sautant de sa monture à chaque relais, dormant un minimum, se savait investi d'une mission essentielle pour laquelle, en cas d'échec, de perte ou de retard, il savait aussi qu'il risquait au mieux le cachot, au pire le gibet.

Rien à voir, bien sûr avec nos braves facteurs d'antan. Sauf qu'ils avaient toute notre confiance, qu'ils apportaient l'argent de nos pensions, emportaient nos précieuses missives jusqu'au bureau, diffusaient à doses feuilletonnesques les nouvelles d'un hameau à l'autre ou repéraient immédiatement qui avait remplacé au 5 de la rue des dahlias, la famille nombreuse récemment déménagée. Avec l'agent de quartier, autre familier des lieux, ils constituaient des instruments efficaces du contrôle social mais le subissaient aussi.
Car comment dérober du courrier, vider une enveloppe d'un ménage qui vous connaît et qui vous salue par votre prénom chaque matin depuis des lustres ?

Le sentiment d'insécurité est un leit-motiv de notre PAV et on cherche à le pallier en ajoutant, à chaque incident, de la technologie, des procédures et des logiciels. Et il est vrai qu'à court terme, cela permet de réduire les frais, les salaires étant le poste le plus lourd d'un budget.
Mais si l'on voit un peu plus loin, est-ce toujours le cas ? 
Faudra t-il, dans 15 ans, créer de nouvelles fonctions de "surveilleur de tri" ou de "vérificateur de tournées" , installer des scanners de caddies de livreurs de courriers, tendre des rayons- détecteurs à l'entrée des vestiaires pour procéder à des fouilles du personnel ?

Rien ne facilite autant la déviance que l'anonymat.

Dans la lutte contre la délinquance, dans le maintien d'un service de qualité, rien ne remplace l'humain et les relations qu'il peut créer avec ses semblables, relations de solidarité, de services et de contrôles réciproques. Il est certain que des abus ont eu lieu, que les échanges de nouvelles ont parfois exagérément allongé les prestations postières, que des circuits devenaient zigzaguant au gré des p'tites gouttes enfilées pour se réchauffer ou qu'à l'heure de midi, des guichets se fermaient brutalement au nez de patients clients, bien dépités.
Fallait-il, pour corriger cela, entrer dans l'ère des robots  et transformer nos facteurs en automates anonymes.
Certes, depuis plusieurs années, j'économise dringuelles et étrennes, car, dans mon quartier de ma grande ville, je serais bien en peine de reconnaître mon facteur. Mais je crains d'avoir à les débourser un jour ou l'autre, d'une façon bien plus désagréable ...

27.02.2009

Liège 2015, une seule perdante : la démocratie

On peut dire bien des choses sur la consultation populaire de dimanche dernier ou sur la raison de son organisation : connaître l'avis des Liégeois sur le dépôt de la candidature de leur ville comme capitale culturelle européenne.
Le distinguo que je fais est déjà significatif et explique (quasi) tout: il y avait d'une part la consultation, une possibilité du Code wallon de la Démocratie locale et d'autre part, son objet: la candidature de Liège.
Le  principal reproche à lancer aux opposants est d'avoir volontairement confondu les deux et le principal échec est que cela a marché. "On" a conseillé à ceux qui ne voulaient pas soutenir la candidature de ne pas aller voter, un "on" où l'on peut distinguer notamment le premier Liégeois, le bourgmestre Demeyer, qui n'hésita pas à dire publiquement « voter ou ne pas voter sont deux actes également citoyens ».
Donc je ne me perdrai pas dans les calculs des voix manquantes faute de convocation, faute d'indications précises sur la manière d'obtenir une procuration, faute d'affichage clair des bureaux de votes. Nous sommes à peu près 190.000 à être domiciliés à Liège, il fallait donc environ 19.000 voix pour que la consultation soit dépouillée et on ne les a pas obtenues.
Je parle exprès de "environ, à peu près" car, suis-je naïve, le quorum minimum de 10% me semblait très réduit. Un tout petit signal d'une population en mal de participation, un cri minable pour des milliers de gens qui, sur tous les forums, dans tous les cafés du commerce, aux caisses de chaque supermarché et aux arrêts de nombreuses lignes de bus, critiquent tout azimut, confondent allègrement dans le pot du Politique les empêtrés, les maladroits, les minoritaires, les utopistes et les pourris.  "Tous les mêmes", "on ne nous écoute pas", "ils font quand même ce qu'ils veulent",  "on prend les mêmes et on recommence"...
Bref, l'inventaire des faiblesses de la démocratie représentative, arrivée peut-être au bout de ses possibles.
Mais ici, il s'agissait de démocratie directe, certes consultative, certes (voulue ?) inutilement compliquée et exigeante.
Et cette occasion, on ne l'a pas saisie. Alors les  "à 500 voix près" sont râlantes mais pour moi, elles signifient seulement qu'on ne s'est pas mobilisé pour voter, tout simplement. Et ce n'est certainement pas l'échec de ceux qui ont permis cette consultation, riches de leur seule conviction. 
Et cela fait peur si, un jour, comme dans la toute grande majorité des démocraties de la planète, le Législateur rendait le vote non obligatoire.
Combien se souviendraient des combats acharnés qu'il a fallu mener pour l'obtenir, combien se bougeraient le c... un dimanche d'été, la veille d'un examen, quand les syllabus s'entassent ou un dimanche d'octobre quand la pluie et le vent soufflent dans les rues et que la couette amoureuse nous retient bien au chaud...
"Aux urnes citoyens", un joli slogan, qui ne fut pourtant pas assez puissant. Alors,  avant de rouspéter,  relisons  Lionel Jospin: "Ceux qui n'assument aucune responsabilité politique et décrètent que le pouvoir ne sert à rien ne peuvent s'instaurer tuteurs ou juges. le jeu démocratique loyal veut qu'on aille se battre sur tout le terrain, non qu'on reste assis dans les tribunes pour siffler les joueurs."

13.02.2009

Participons !

Dimanche prochain, le 22 février, se déroulera un nouvel épisode de la saga "Liège 2015".
Peut-être le dernier d'ailleurs, car si le chiffre fatidique de 19.081 votants n'est pas atteint, l'aventure s'arrête.
Le script du feuilleton dépend donc de la décision individuelle de chaque Liégeois de sortir de son lit, de négliger son apéro, de retarder son départ en congé ou de faire plaisir à un copain qui l'aura convaincu.

Mais saisirons-nous cette occasion de participer concrètement à l'avenir de notre ville ?
Ce billet n'est pas un plaidoyer pour que notre candidature soit massivement réclamée mais pour que, massivement, les habitants de la Cité Ardente se sentent concernés et aillent s'exprimer.

En effet, on parle beaucoup de la faillite de la démocratie représentative, de la confiscation du pouvoir par les partis, de l'abîme qui s'est creusé entre les élus et les électeurs, de la complexification des enjeux politiques et donc d'un désintérêt croissant et justifié du citoyen lambda envers ceux qui les gouvernent.

Pourtant, un peu partout - et Liège est loin d'être la seule à s'y lancer - des individus se rassemblent autour d'envies, de révoltes, de rêves ou d'oppositions, pour construire un projet ou défendre leur opinion dans l'espace public.
C'est bien souvent le premier pas dans le champ du Politique, par un sujet qui nous touche de près, qui menace notre environnement ou pourrait améliorer notre quotidien.
Porter un dossier, même léger, même basé sur un objet restreint, oblige à comprendre les règles du jeu, à peser les enjeux, à distinguer l'arbitre de ceux qui évoluent sur le terrain, à situer les équipes et les supporters, les commentateurs aussi. Et enfin, ceux qui n'en ont rien à cirer, mais qui, parce qu'ils ont envie de tout autre chose, pourraient bien s'opposer à la tenue (ou à la retransmission) du match.
Un exemple tragique est celui des parents de Julie et Mélissa: n'ayant au départ aucune formation juridique, ignorant tout du fonctionnement interne de la police et de la gendarmerie, par amour de leurs enfants, ils y ont acquis une expertise exceptionnelle. Cet investissement personnel a débouché sur la politique puisque leur démarche a créé une commission parlementaire et engendré une réforme de la Justice et de la Police.

Si on revient à la candidature de Liège comme capitale européenne de la Culture, on comprend qu'avant la mobilisation, il y avait une sorte de routine politicienne qui négligeait les règles officielles de l'U.E. (il y a normalement concurrence entre plusieurs villes du même pays, comme cela vient de se passer en France entre Bordeaux, Lyon, Toulouse et Marseille pour 2013) et effaçait de l'horizon les citoyens, alors qu'ils sont l'un des arguments majeurs pour le choix définitif.
La plupart des Liégeois n'avaient jamais entendu parler de l'enjeu 2015, encore moins du fait qu'ils pouvaient y jouer un rôle.
Ce vendredi 13 - croisons les doigts ;-)), on ignore le sort de la consultation populaire: elle n'est pas obligatoire, ni pour le votant, ni pour les décisions politiques. Il faut donc y croire.
N'empêche qu'un petit groupe d'acharnés a réussi à s'élargir pour convaincre plusieurs milliers de signataires et que cette chaine de conviction nous vaut, pour la 1ère fois, l'application d'une nouvelle directive de notre appareil législatif, une possibilité réelle et directe de nous manifester.
Cela doit en encourager d'autres, comme chacun de vous, dans d'autres villes, d'autres villages, à propos d'autres thèmes. cela devrait aussi vous permettre à l'examen de démontrer, par l'exemple, la pertinence de Senèque : Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire mais parce que nous n’osons pas les faire qu’elles sont difficiles.

(texte publié également pour les étudiants sur le site de mes cours)

28.09.2008

Justice : comment comprendre l'incompréhensible ?

Le jugement du procès de l'assassin de Joe soulève manifestement de grosses questions voire de grosses indignations dans le public. Lue au 1er degré, la double décision -  Mariuz, proclamé meurtrier par le juge de la jeunesse, sera libre à l'automne 2009  tandis qu'Adam, proclamé non meurtrier par le jury d'Assises, en prend pour 20 ans - est totalement incompréhensible.

Matin Première qui recevait mercredi Bernard De Vos, délégué aux droits de l'enfant, m'a permis de recadrer convenablement le problème, me semble t-il

La vraie question n'est-elle pas celle-ci, disait-il: "Adam devait-il se retrouver aux Assises ? N'aurait-il pas dû partager le sort de Mariuz ?"

Je sais que si mon enfant avait été tué, je parlerais autrement, puisque très légitimement, mon amour et mes émotions prendraient le dessus.

Mais l'objectif final  d'un jugement est-il la vengeance ou la protection de la société ?


Protéger la société, c'est d'abord faire en sorte que le délinquant réalise ce qu'il a fait, assume sa responsabilité et se "renforce" moralement, intellectuellement, pour ne plus retomber.
Pour nous d'abord, pour qu'on ne remette pas en circulation quelqu'un qui serait autant ou plus dangereux qu'avant.

Et là, y a pas photo: personne ne sort meilleur de prison, sauf "chemin de Damas" tout à fait isolé, exceptionnel, combinaison de 36 conditions hyperfavorables, du genre "je tombe amoureux d'une chouette femme qui me motive à fond pour m'amender; je suis régulièrement pris en mains par un visiteur de prison qui m'aide à réfléchir sur l'avant et l'après; je suis dans une prison, qui donne des cours et je passe des examens qui m'ouvrent la voie d'un métier; j'ai des soutiens dehors qui cherchent pour moi du travail, un logement décent et accumule sufisamment d'argent pour tenir le coup légalement à la sortie. Enfin, je partage ma cellule avec des détenus, qui sont comme moi pleins de bonne volonté, qui n'ont rien à voir avec la drogue sous aucune forme".

Vous connaissez beaucoup de cas comme ça ?


Non, la triste règle, c'est qu'au mieux, on en ressort totalement non-recyclable pour la vie sociale et professionnelle.
Au pire, on a considérablement gonflé son carnet de méchantes adresses et ajouté plusieurs lames à son couteau suisse.


Donc même en faisant abstraction de toute motivation de type altruiste, la simple efficacité sociale voudrait que des jeunes délinquants soient encadrés spécifiquement, éduqués, éveillés à la responsabilité et aux devoirs, même si on voudrait - et je me mets dedans - d'abord pouvoir soulager la souffrance ou évacuer l'indignation que l'on a ressenties par une punition exemplaire.

La difficulté d'aborder la question de manière sereine, c'est aussi les amalgames que nous faisons et les représentations que nous en avons.
Ainsi, beaucoup évoquent la récidive pour justifier la prison longue, dure, sans rémission, incarnant la seule manière de "faire comprendre" au délinquant qu'il n'a pas intérêt à recommencer.
Or Bernard De Vos affirmait que le taux de récidive était nettement inférieur chez les jeunes passés par des institutions éducatives strictes que chez ceux passés par la prison.


Mais comment intégrer ces précisions ou de ces nuances dans un sujet qui touche à notre désir de Justice, chevillé au coeur de tous et à notre besoin de sécurité, l'un des plus fondamentaux pour tous les êtres vivants ?

Autrefois, la Justice avait été imaginée pour remplacer la vengeance privée, pour mettre en place un écran entre la victime - et tous ceux qui peuvent s'identifier à elle - et l'auteur de l'acte, pour juguler l'émotion, analyser avec le maximum de raison le geste, porter le regard sur tous les éléments.


Depuis l'affaire Dutroux et la détresse des parents de Julie et Mélissa, partagée par tous les Belges, on a voulu rendre une place à la victime, on a pris en compte les droits des proches à l'information, à l'expression. Ils sont devenus des acteurs essentiels des enquêtes puis des procès, là où autrefois, ils pouvaient juste pleurer en silence, derrière leur avocat, un professionnel.
Cet accès donnés aux proches, c'est aussi un accès donné à nous tous, par le biais des médias.


Comment s'étonner dès lors de cette incompréhension, qui apparaît comme une nécessité d'éduquer au Droit.
Un lecteur essayait de le faire, reprenant un par un les aspects du jugement, amenant des distinctions entre l'acte, les intentions, les circonstances aggravantes ou atténuantes. Il n'a guère été entendu.

Là encore, comment s'en étonner ? Nous sommes dans l'immédiateté des réactions, soutenues par l'immédiateté de l'expression grâce au Forum ou au commentaire "en direct".

On peut supposer que d'autres actualités bousculantes bousculeront cette affaire" Joe".
Encore faudrait-il y revenir à tête plus reposée pour vérifier que le Droit cadre toujours bien ce que nous voulons comme mode de vie en société.

14.08.2008

Surréaliste

Reçu ce matin

Tous les certificats médicaux doivent être désormais exclusivement adressés à cet organisme de contrôle "ENCARE ABSENTEISME ASBL - Kunstlaan, 20 3500 HASSELT "

Ainsi donc la Communauté française a décidé de changer de société pour contrôler ces agents et, méfiante, ne s'est pas adressée à un organisme situé en Région Wallonne - on sait que les Wallons sont par définition tire-au-flanc - mais s'est tournée vers la Flandre qui gagne, celle des courageux et donc riches bosseurs.

Ainsi donc les travailleurs de la CF enverront leurs documents à Hasselt.
Mais alors, toute une série de questions existentielles se posent: en quelle langue seront-ils rédigés ? La Communauté flamande permet-elle la manipulation de documents en français sur son sol par des agents flamands ? Un administratif flamand peut-il rédiger des adresses en français ? Peut-il répondre au téléphone en français ? Et si les documents sont en français, dans quel français : celui des dépliants publicitaires ou des modes d'emploi de firmes flamandes, càd un bouliboulga approximatif  ? Si je suis convoquée, je devrai m'exprimer en quelle langue ? Puis-je choisir un médecin francophone et si oui, suis-je sure que ses explications (et surtout sa délicate petite écriture) seront compréhensibles par les contrôleurs Limbourgeois ? 

Vous allez me dire que je mets du communautaire dans tout, que je verse de l'huile sur le feu de nos relations trans-frontières linguistiques, que je m'oppose aux nouvelles règles de la bonne gouvernance.
Sans doute tout simplement, ne s'est-il trouvé aucun organisme en Wallonie-Bruxelles, qui répondait aux critères d'excellence exigés par le cahier des charges.
Ou alors c'était la seule façon pour la CF d'éviter l'accusation de favoritisme rouge style carolo.

Interpellant, je trouve

11.08.2008

Pouvoir d'une grève et justesse d'une cause

A propos de la grève des bagagistes à Zaventem

Je suis toujours interpellée par le pouvoir de désagrément dont disposent certaines professions lorsqu'il leur arrive de faire grève. Transports en commun, poids lourds, services postaux, soins de santé... se mettent à l'arrêt et ce sont des milliers de gens qui en pâtissent.

Par contre, d'autres travailleurs subissent aussi des conditions injustes mais s'ils arrêtent de fonctionner, les répercussions sur la société seront réduites et donc la pression que cela engendrera sur les patrons sera peu efficace. 

On me dira: c'est normal, certains métiers sont plus importants que d'autres et donc quand ceux qui les exercent refusent de travailler, ils marquent aussi leur rôle crucial dans l'économie. Celui qui n'a pas de pouvoir de pression a aussi probablement un moindre rôle social.

Peut-être.

N'empêche : le fait qu'il n'y ait pas de lien entre le bien fondé d'une revendication et sa satisfaction ne me... satisfait pas. Aujourd'hui la Justesse d'une cause s'évalue surtout au nombre d'emmm... qu'elle crée.

 

13.07.2008

l'identité wallonne... en creux

Comme je le disais dans ma note précédente, notre histoire récente dans ses aspects communautaires est peu abordée dans les cours du Secondaire; cela ne signifie toutefois pas que rien à l'école ne structure une identité wallonne.

En effet, un accent très particulier est porté à la Démocratie. Sa définition, sa construction, ses formes, ses ennemis et sa défense. Les jeunes Wallons sont invités à des rencontres avec des témoins, des résistants, des rescapés de la Shoah; pour eux sont organisés des parcours de mémoire, des voyages sur les lieux des camps de concentration, des pièces de théâtre, des conférences, des colloques, des concours de photos ou de dissertations ... Rares sont les élèves de 6e qui n'ont pas planché plusieurs cours sur Hitler et le nazisme, volet immanquablement complété par "la montée de l'extrême-droite",  dans lequel bien évidemment on retrouve le Vlaams Belang et toutes ses menaces...Ce qui, de l'aveu même de professeurs d'Histoire en Flandre n'est guère possible dans certaines communes où le VB est le premier parti.

Par ailleurs, en 5e cette fois, la plupart des professeurs, que ce soit en Sciences Humaines ou en Histoire, zooment sur la question sociale et les mouvements ouvriers, façon Germinal. Conditions de travail, combats contre l'injustice, pour le droit de grève, valeur du collectif, solidarité ... Les victoires du militantisme populaire s'opposent au libéralisme qui n'est souvent vu que sous l'angle de l'oppression économique, avec les patrons qui exploitaient dans les mines ou les filatures des gamins de 6 ans, le "Grrrand Capitalll", comme disait Marchais dans les Guignols.

On voit donc que si nos manuels et nos cours ne forment pas des petits wallons vibrants de fierté pour leur langue et leur culture, il y a quand même un formatage, plus subtil qui convainc nos ados que nous, en Wallonie, on est démocrate, citoyen et social. Tandis que les Flamands... c'est le Vlaams belang.
Vision que l'on retrouve fréquemment chez nos hommes et femmes politiques dans la crise actuelle : nous les Francophones, on se préoccupe des vrais problèmes des gens, le pouvoir d'achat, les allocations de chômage, l'immigration , .. bref de l'essentiel et pas du communautaire, comme ces séparatistes extrêmistes du Nord... (et en plus, riches).

Je ne dis évidemment pas qu'il faudrait permuter nos façons de faire ni qu'il faille diminuer les apports incontestablement positifs de l'éducation à la citoyenneté.  Mais il me semble que l'on peut comprendre combien le dialogue est difficile entre adultes issus d'un parcours aussi différent qui, peut-être sans l'avoir cherché, a créé des sentiments de supériorité et des raisons de méfiance dans chacune des communautés. 

 

12.07.2008

Manuels d'Histoire et identités régionales

Le dossier du Vif de ce vendredi pointe les différences entre manuels d'histoire flamands et wallons. Prof d'histoire dans le Supérieur, je ne peux que souscrire à ce constat : très peu voire rien n'est fait dans le Secondaire pour sensibiliser les jeunes Wallons à nos questions communautaires. Ainsi un manuel paru dans le réseau libre au début du 21e siècle s'étendait sur mai 68 mais ne creusait ni la grande grève de 60, ni le "Wallen buiten" .

Pourquoi ? Pour avoir pris du temps à expliquer ce sujet à mes étudiants, je perçois le malaise que peut avoir un professeur d'histoire si, comme c'est le cas en partie francophone, on lui a répété que la 1ère compétence à faire acquérir était l'objectivité et l'esprit critique.

La question communautaire, même dans ses racines d'il y a 175 ans, appartient à l'actualité. Elle suppose prise de position intime, choix politiques et vote. Or l'ignorance abyssale des jeunes que l'on a devant soi a pour pendant, le pouvoir de l'information détenue par l'enseignant. Et même si les pédagogues rejettent l'image de la cire molle dans laquelle on grave, c'est bien l'impression que l'on a en voyant les mines perplexes s'éclairer soudain.

Certes ces mêmes pédagogues diront qu'il ne faut pas dispenser de l'information mais la faire découvrir à des élèves acteurs de leur apprentissage.
Mais que l'on songe aux 4000 messages sur le sujet Nord/Sud que comportait le Forum de la Libre il y a quelques jours ! Si on y ajoute l'étude universitaire sur la différence de regard entre Soir et Libre, les "opinions" et autres "cartes blanches" nuancées et dès lors bourrées d'allusion au passé, on voit qu'il n'est pas aisé de plonger une bande d'ados dans des pages de journalistes, interviews de politologues ou émissions de TV soigneusement et égalitairement choisies pour éviter tout parti pris. Encore moins de leur en faire dégager la substantifique moëlle de nos querelles linguistiques.

On se contente donc très souvent de faire "prendre conscience de la complexité de la question" là où nos voisins du Nord enfoncent des arguments, additionnent les preuves, alignent les "faits".
Je l'ai personnellement réalisé en lisant un des posts flamands paru sur le Forum; j'y ai découvert une histoire de Belgique que j'ignorais totalement, constituée d'un enchaînement de faits sélectionnés tous dans une même optique. Le tout manifestement de très bonne foi.
Cela me faisait penser au préambule de la déclaration d'Indépendance américaine : Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.
Telle a été la patience de ces colonies et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement."

Pourtant, si l'on veut maintenir chez nos jeunes ne fut-ce qu'un atome d'intérêt pour la politique, ce qui, convenons-en, n'est pas facile actuellement, il faut bien donner quelques clés autres que "il y a 3 communautés et 3 régions" ou "comment allons-nous obtenir un permis de bâtir ? " Il faut prendre le temps d'analyser d'abord ses propres réactions, ensuite de rassembler un maximum d'éléments,de les exposer avec le plus de rigueur possible et éventuellement, parce que les profs sont aussi des êtres humains, d'oser dire pourquoi personnellement on se situe là ou là, face à ces enjeux.

Le plus beau compliment, je l'ai reçu d'une de mes étudiantes habitant au Limbourg qui, à l'issue d'un cours spécial "Flamands/Wallons" donné à l'automne 2007 est venue me trouver et m'a dit " je ne pensais pas qu'une Wallonne pouvait aussi bien comprendre ce que ressentent les Flamands; ce n'est pas comme ça qu'on vous présente chez nous"

11.07.2008

les "reçus recalés"

On a choisi cette expression surréaliste pour signaler ce que nos voisins d'Outre-Quiévrain appellerait simplement "les candidats malchanceux au concours de .. "

Car il s'agit bien de cela et rien que de cela: ce que l'on appelait autrefois un examen, où il suffit d'obtenir la moyenne, est devenu un concours, c'est à dire une épreuve où seuls un nombre défini de postulants en lien avec un nombre tout aussi défini de postes obtiendront la réussite.

Oui mais voilà: si la France a une longue tradition des concours, la Belgique ne l'a quasi jamais pratiqué dans les cursus académiques.
Il contient une forte connotation élitiste que notre pays, farouchement égalitariste voire coupeur de têtes qui dépassent, a toujours rejeté.  Cet élitisme semble se confirmer puisque le niveau des recalés augmente, ce qui signifie soit que les étudiants travaillent de plus en plus, - ce dont on devrait se réjouir - soit que le concours attire des grosses têtes, pour ce côté élitiste justement. C'est l'hypothèse qu'émettait un des recteurs de nos universités. 

La grosse tête est-elle synonyme d'excellent médecin ? Pas sûr.
Pas opposé non plus, d'ailleurs. Mais c'est effectivement dommage que cela devienne LE critère premier.

Pour ce qui se passe actuellement, c'est-à-dire l'émotion subite qui empoigne nos dirigeants au point de vouloir faire réussir tout le monde, j'avoue que cela me perturbe. Parce que cela tendrait à faire croire que nos élus ne pèsent pas les conséquences de leurs décisions. Ensuite parce que les règles du jeu étaient connues des jeunes qui se sont engagés et donc parler de scandale, d'injustice n'a pas vraiment de sens.
C'est triste, râlant, démotivant, désespérant même, mais pas injuste. Hélas, la vie ce n'est pas "l'école des fans", même quand on a 10, tout le monde ne gagne pas.
Mais bon, si un de mes enfants était concerné, je parlerais autrement, je suppose ...

Ceci dit, la seule vraie question est de savoir si le numerus clausus est (encore) nécessaire, s'il doit éventuellement être revu à la hausse ou s'il s'agit d'une mauvaise mesure pour répondre à un gros souci: l'équilibre de la Sécu.
Pour donner un avis la-dessus, j'attends l'avis argumenté des experts !!