27.06.2010
Mais pour qui nous prend -on ?
"Mais pour qui nous prend-on" s'exclamait le porte-parole de la conférence épiscopale au débat dominical de la RTBF, en évoquant l'impression ressentie lors de la perquisition un brin "polar" et les arrêts de rigueur auxquels tous les évêques et leurs collaborateurs avaient été soumis.
Je crois qu'on les prenait, tout simplement, comme les cadres d'une Institution qui a commis à moultes reprises des actes répréhensibles, pour camoufler d'autres actes répréhensibles.
Evidemment, s'ils ont tous décidé d'effectuer un virage à 180 degrés, si aujourd'hui ce comportement leur apparaît dans toute son horreur, si, en toute bonne foi, ils ont mis au point un système qui leur a semblé juste et efficace pour que les victimes soient assurées d'être entendues et reconnues quel que soit l'importance de leur agresseur, il est normal qu'ils se sentent injustement soupçonnés.
Pourtant, la suspicion me semble inévitable et pèsera probablement longtemps sur eux.
Les responsables de l'Eglise 2010 sont un peu comme le rejeton d'une famille de maffiosi qui, le premier, a choisi la voie de l'honnêteté absolue. Combien de fois devra t-il prouver son innocence si dans son entourage, des délits se commettent ? Combien de fois devra t-il entendre "allez, les chiens ne donnent pas des chats, avoue, c'est toi ! T'es bien comme ton père et ton grand frère ! "
Les saintes Ecritures ne disent-elles pas " ils ont mangé des raisins verts et leurs enfants ont eu les dents agacées" ?
Donc, aussi pénible que soit cette situation, je crois que les représentants de l'Institution, même s'ils ont radicalement revu leur attitude, devront payer pour leurs aînés ou pour ce qu'eux-mêmes il n'y a pas si longtemps, minimisaient gravement.
Pourtant, si cette suspicion me semble normale, si je trouve tout aussi normal que l'Eglise ne soit pas au-dessus des lois et des procédures d'investigation qui menacent tout citoyen lambda, j'y vois un nouvel exemple de la mise au pas imposée à l'Eglise catholique depuis une centaine d'années, une volonté affirmée de la faire définitivement basculer du socle, réduit, où elle pouvait encore se croire installée.
Et, comme catholique, je me réjouis de constater qu'elle a perdu ses privilèges: interpellé par les instances vaticanes, l'ambassadeur belge à Rome s'est contenté de répondre que l'exécutif n'avait aucune pression à faire sur le judiciaire et donc que l'instruction poursuivrait librement son chemin. Et c'est tant mieux !
Je ne me précipiterai donc pas en rue pour manifester et je n'enverrai aucune menace de mort à l'encontre du juge.
Au contraire, plus mon Eglise aura laissé faire la clarté sur toutes ces sordides affaires et plus je pourrai m'en sentir proche.
17:53 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, eglise, pedophilie, justice
16.04.2010
Un flocon de cendres
D'abord évidemment, la découverte (? ) de l'infinie impuissance du petit humain devant la grande Mère Nature. Aaaah on se croit si malin ! Avec Barack qui parle sérieusement d'un programme de vol habité vers Mars, alors que même Ryanair est bloqué au sol sans rien pouvoir changer à la situation. Simplement parce qu'un volcan d'un minuscule pays, en faillite d'ailleurs, a décidé de piquer une colère !
Les plus verts des moralistes diront que puisqu'on n'est pas assez gentil pour diminuer volontairement notre empreinte écologique en nous passant des aéroplanes, eh bien la Nature nous y a forcés !
En retournant l'argument, on leur répondra qu'il est vain d'essayer d'obéir à la Nature puisqu'elle fait ce qu'elle veut sans se soucier de nous, qu'elle n'est franchement pas aussi gentille qu'on voudrait nous le faire croire et que si demain, elle décidait de commencer à refroidir, on pourrait juste se tricoter des pulls ou s'inscrire à l'atelier "faites votre igloo vous-mêmes".
Un autre élément m'interpelle, ce sont les éditions spéciales sur nos chaines nationales, privée et publique, qui zooment pendant près d'une demi-heure sur les malheureux voyageurs en perdition dans les aéroports. Or, en arrondissant avec ceux qui se trouvent dans ce guêpier, au départ ou au retour et leurs familles cela ne fait quand même que maximum 1 % du pays alors que de gros soucis pèsent sur les épaules d'au moins 60% d'entre nous: l'emploi, les pensions, la valeur de l'épargne, les fins de mois, la difficulté à rembourser ou emprunter, la cohabitation entre cultures dans certains quartiers, les enfants qui n'étudient pas assez ou qui boivent trop, etc. Enfin, bref, des choses sérieuses qui ont bien plus d'importance dans notre quotidien que ces privilégiés qui partaient en vacances en avion.
A moins que 90% de la population puissent se projeter dans le vécu des 1%: parce qu'on a tous envie de vacances, parce qu'on est déjà parti en avion, parce qu'on s'imagine avoir gagné péniblement une semaine All inclusive, pour se retrouver en standby sur le tarmac...
Les considérations économiques sont intéressantes aussi car le manque à gagner se révèle très lourd. Avis donc à ceux qui veulent absolument nous faire délaisser l'avion, car il y aura un sacré mauvais moment à passer en attendant de pouvoir remplacer les emplois, les produits vendus, les services qui tournent autour etc...
Enfin, le truc qui tue (c'est le cas de le dire), c'est le chapitre du JT "est-ce dangereux Docteur ? " . Que nous veut ce nuage, avons-nous des raisons de paniquer ? Parce que, oui, il y en a qui sont tout tracassés, en tout cas si on juge d'après les "nombreux coups de téléphonique qui ont été donnés ce matin à la rédaction de la RTBF". Personnellement, j'ai commencé à paniquer à force d'entendre 10 fois en 45 minutes, les journalistes me dire que je ne devais pas paniquer, un peu comme avec le virus de la grippe H1N1 (achenene, comme dit Anne Romanoff).
De tout ceci, on retient quoi ? Le rôle de l'homme dans la Nature ? la bonté de cette Nature ? qu'est-ce qui est "naturel" (cfr les philosophes ou le préambule de la déclaration d'indépendance US) ? Les médias, leur pouvoir ? La différence entre informer, sensibiliser, effrayer ? Le poids en audimat du sensationnel, de l'émotion, du drame en regard d'une vérité moins spectaculaire ? Plus psy : de qui se sent-on proche ? Pour qui est-on prêt à se mobiliser ou du moins à com-patir, à sym-pathiser, à développer de l'em-pathie ... Ou alors un peu de linguistique : selon que le mot est d'étymologie grecque ou latine, ce sera "pati" ou "pathi" !!!
19:27 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité, nature, medias
22.11.2009
Quelle peste, cette grippe !
Ce vendredi la RTBF consacrait plusieurs émissions à la grippe A et s'efforçait de faire le point sur cette nouvelle pandémie, en donnant la parole tant aux auditeurs qu'aux experts.
Dans "questions publiques" le matin, le docteur Nathan Clumeck, un grand spécialiste des maladies infectueuses et surtout du sida, qualifia d'irresponsable la démarche de citoyens qui, avec l'aide d'un avocat très connu, s'opposaient à une éventuelle campagne de vaccination généralisée, vu le manque d'informations.
D'autres manifestaient leur méfiance vis-à-vis de cette production massive de vaccins, achetée par l'Etat mais dont le bénéfice allait tomber dans la poche des grandes firmes pharmaceutiques. La peur n'était-elle pas aussi créée et entretenue par ces firmes pour vendre leurs produits ? Qui tirait les ficelles de ce complot ?
Irresponsable ! Complot ! Que voilà bien des gros mots !
L'historienne du social livre ici quelques réflexions, à la lumière de ce que nous avons déjà connu.
Les écrits des anciens nous ont gardé de nombreuses traces des pandémies, surtout à cause de la terreur qu'elles provoquaient.
D'origine inconnue, souvent mortelles ou laissant de graves séquelles, révélant dramatiquement l'impuissance des médecins et la fragilité de tous, même des puissants, elles bousculaient les esprits qui se raccrochaient alors à ce qu'ils pouvaient: les dieux ou Dieu, le coupable-bouc émissaire, un complot de l'ennemi...
Pourtant à l'époque des Lumières, quelque chose change.
Edward Jenner, médecin anglais du 18es, en a assez de voir la variole toucher régulièrement et gravement ses patients. En effet, au moins 1/3 en meurt et les autres en restent très défigurés.
Un constat l'interpelle : les femmes qui traient les vaches sont souvent contaminées par la vaccine (1), une maladie bénigne proche de la variole, mais n'attrapent pas la variole ou alors de manière légère.
De cette observation, il tire l'idée d'inoculer volontairement la vaccine à ses patients pour les protéger de la variole. C'est le B A-BA du premier "vaccin" qui, chez nous, fut rendu obligatoire dans les années 60.
En 1980, l'OMS déclara la variole éradiquée sur toute la planète. Certes, les progrès de l'hygiène et de la médecine en général avaient contribué à cette disparition mais le vaccin, devenu obligatoire dans les pays où elle existait à l'état endémique, joua un rôle décisif.
Rien à voir donc, dans le principe, avec des intérêts financiers: il s'agit bien d'un médecin qui refusa son impuissance, d'un chercheur qui observa, déduisit et testa pour vérifier ses hypothèses. Cela à une époque où les ravages de la maladie faisaient paraître bien réduits les éventuels risques d'effets secondaires.
Au 20es, ce fut le cas pour la poliomyélite, qui est encore le seul vaccin légalement imposé chez nous. Tous les seniors ont connu des enfants "en poumon d'acier" ou gravement handicapés par cette maladie qui fut très active au début des années 60.
En ce qui concerne l'influenza, on sait que la grippe espagnole en 1918/19 fit plus de victimes que les 4 ans de guerre; que la grippe asiatique, qui apparut en 1957/58, provoqua un nombre impressionnant de malades et de morts: j'étais alors en primaires et chaque matin, on se comptait car on savait que si les 3/4 de la classe étaient touchés, les résistants seraient renvoyés chez eux. Pas pour éviter la contagion mais parce qu'on ne pouvait avancer dans le programme s'il y avait trop d'absents. Et effectivement nous avons eu une semaine de congé ! Rebelote en 67/68 avec la grippe de Hong-Kong. Quant à la banale grippe saisonnière, bon an, mal an, elle tue chez nous environ 2000 personnes.
C'est donc par nécessité que les chercheurs se sont penchés sur la fabrication d'un vaccin, nécessité dont, bien sûr, on savait qu'elle allait engendrer une demande et par conséquent des bénéfices.
Il est vrai aussi que les firmes pharmaceutiques ont aujourd'hui intérêt à ce que le vaccin soit une commande d'Etat avec les quantités que cela suppose.
Cela n'enlève pourtant rien au fait que dans chaque cas, un vaccin répond à un danger dont on veut se prémunir.
Aujourd'hui plus qu'hier.
Puisqu'il nous est difficile d'accepter de rester au lit 10 jours en attendant que ça passe.
Parce que nous n'avons pas le fatalisme de nos ancêtres lorsqu'ils perdaient un petit de la coqueluche ou de la diphtérie (chez mes arrières grands-mères de la classe moyenne aisée pourtant, l'une a perdu 3 enfants sur 10 et l'autre 5 sur 17), alors que nous réclamons inscription à l'Etat civil et place dans les cimetières pour les foetus.
Parce que nous, parents, ne supporterions plus de voir grandir nos enfants avec des marques indélébiles sur le visage ou le corps, ce que portaient autrefois la majorité des survivants de maladies infantiles.
Parce que nous nous désolerions de savoir que notre grand fils est devenu stérile à cause d'oreillons attrapés tardivement et que nous nous sentirions coupables devant le bébé de la voisine, handicapé par la rubéole que notre gamine lui aurait refilé pendant la grossesse...
Nous vivons une époque "risque zéro" et c'est au nom de ce risque zéro que certains remettent en cause des inventions qui s'attaquaient à des menaces "risques 10 %". Mais ces risques-là, on les a oubliés...
C'est pourquoi je m'interroge : en ce qui concerne la démarche des opposants au vaccin de la grippe, on peut se demander ce qui serait arrivé si cette initiative avait été pensable et réalisée il y a 40 ans: où en serait-on, par exemple, avec la variole, avec la polio ? C'est là qu'il faut trouver l'explication du mot "irresponsable" de Nathan Clumeck, lui qui désespère de voir un jour apparaître un vrai vaccin contre le sida.
L'augmentation de l'instruction et de l'information ouvre la porte à des idées et des moyens qu'on ignorait encore il y a à peine une génération. Comment être sûr qu'ils seront utilisés pour le bien collectif - car le vaccin est destiné à protéger l'individu bien sûr, mais aussi et surtout le groupe. Quelle est notre liberté individuelle dans ce contexte ? Pouvons-nous seuls décider des risques que nous prenons ? Et que faisons-nous pour apprendre à affronter le risque car, n'oublions-pas, la vie est une maladie 100% mortelle !
(1) (de vacca=vache en latin)
10:10 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grippe, santé publique, vaccin, histoire



