23.06.2009
Ce que je suis à l'intérieur se voit à l'extérieur
Il vient vers moi et de loin, rien n'attire le regard: taille moyenne, corpulence normale, cheveux châtains, âge moyen, pantalon genre jean, tee-shirt sombre... Même le service des appels à témoins de la Police Fédérale ne pourrait guère compter sur son allure pour le faire retrouver.
En s'approchant, les dessins (rouges) sur son tee-shirt (noir) se précisent et à quelques mètres, je peux lire " Les petits enfants savent que Saint Nicolas n'existe pas. Il serait temps d'apprendre à leurs parents que Dieu n'existe pas non plus".
Quand il m'a dépassée, je me retourne pour voir s'il y a une suite à cette proclamation mais de dos, l'individu est encore plus banal. Rien ne le distingue désormais des dizaines de passants qui quittent ou rejoignent le centre-ville en cette fin de journée.
Ma réaction intérieure est assez vive: je voudrais l'aborder en lui lançant "c'est rare d'affirmer ainsi sa croyance", pour pouvoir lui rappeler que l'athéisme est, comme la religion, un acte de foi puisqu'il n'y a pas plus de preuve dans un sens que dans l'autre.
Par ailleurs, je me sens agressée. Catholique pratiquante, je soutiens pourtant beaucoup de combats pour une société laïque où la religion n'intervient pas sur la voie publique. Mais ce tee-shirt, ce n'est plus de la laïcité, seulement du militantisme primaire.
Cependant, après un temps de réflexion, je me dis qu'au fond si j'avais devant moi ce jeune homme et la nouvelle élue voilée cdH, Mahinur Ozdemir, je leur tiendrais le même discours:
D'un bord comme de l'autre, la première chose que vous souhaitez que l'on sache de vous, c'est votre positionnement spirituel ou philosophique. Avant de donner votre nom, avant de vous présenter comme étudiante ou travailleur, mariée ou célibataire, ingénieur ou enseignante, d'ici ou de là-bas, sportive ou pantouflard, écolo ou libéral, bref avant tout autre caractéristique, c'est votre croyance que vous communiquez, sans qu'un mot ne sorte de votre bouche.
C'est bien évidemment votre droit, mais il ne faudra pas s'étonner si, lorsque nous commencerons à bavarder, j'aurai tendance à chercher derrière vos paroles ce qui peut relever d'une motivation athée ou religieuse, si j'ai des difficultés à vous écouter sans (trop de) préjugés, si je suis à l'affût de ce qui confirmerait l'impression première. Autrement dit, si vos interlocuteurs ne vous laissent pas le bénéfice du doute.
Ainsi, Madame Ozdemir, quand vous expliquez que ce que vous avez sur la tête n'a pas d'influence sur ce que vous avez dans la tête, que votre liberté de pensée est pleine et entière, j'ai des difficultés à vous croire. Et quand je lis dans votre biographie,que vous avez renoncé à une carrière d'avocate, parce qu'au prétoire, il aurait fallu enlever votre voile, cela confirme les a-priori éveillés par votre tenue et je me dis "quelle soumission" !
Et vous Monsieur que je ne connais pas, si vous m'invitiez à signer une pétition, à marcher avec vous contre telle ou telle injustice, pourrais-je partager vos combats si, de votre point de vue, je fais partie de ces enfants attardés qu'il faut rapidement sortir de leur ignorance crasse ?
La vie en société - surtout lorsque cette société se dessine comme un puzzle de comportements, relevant de cultures, de traditions, de croyances différentes - la vie en société, donc, ne peut se dérouler dans l'harmonie que si on met en évidence ce qui nous rassemble, le socle de valeurs qui a sous-tendu notre cheminement vers la démocratie, valeurs de tolérance, de liberté, d'égalité des sexes.
Il me semble que tant l'athéisme agressif que la religion affichée ne contribuent pas vraiment à cette "inter-existence" pacifique.
16:33 Publié dans faits de société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : religion, athéisme, voile, militance, identité




Commentaires
Sans vouloir entreprendre une sociologie de l'habit, je vous inviterais volontiers à vous reporter cent ans en arrière. Vous souvient-il des photos sépia qui sont au début de vos albums de famille? D'un simple coup d'oeil on reconnaissait le métier, la congrégation religieuse, la façon d'être de chacun. On s'habillait comme on était. En quoi témoigner de sa communauté est-il une menace? Moi, je m'habillerais en post-chrétien, bourgeois-bohème, hédoniste modéré, stoïcien à ses heures. Cela ferait une drôle de vêture, j'en conviens. La vraie question est de savoir si nous ne manquons pas plutôt que d'habits d'audace. Audace de témoigner. M'acceperait-on en punk sur mon lieu de travail? Et en dandy? En écolo? En taliban de la non-foi? On manque de l'audace de se dire, de se communiquer, de témoigner, de provoquer. En quoi une femme trop peu vêtue est-elle moins (ou plus)humaine qu'une femme trop habillée? L'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans cette culpabilité où l'on enferme ceux qui témoignent par leur façon d'être, et qui est la seule chose méprisable. Or il est impossible d'être sans témoigner. Regardez comme je suis vêtu(e) ou dévêtu(e) et vous saurez qui je suis. Et encore:uniquement à un moment précis. Djellaba tel jour, costume cravate tel autre, blue jean ou training à telle autre heure. Et alors? De quoi a-t-on peur? On a peur de communiquer. On a peur d'être jugé et jaugé. On a peur d'avoir à être ce que nous sommes. Puis-je rappeler que je suis nu sous mes vêtement? Nous sommes tous des nudistes plus ou moins travestis. L'essentiel, c'est le respect. Et pour cela, seule la loi morale qui est en nous peut y faire quelque chose. A moins que nous soyions pessimistes au moins de ne plus porter que des oeillères comme meilleur vêtement...
Écrit par : Luc-Jean | 23.06.2009
Ouais, moi je trouve que vous avez tort sur votre reproche. On peut se trimbaler dans la rue et revendiquer ce que l'on veut que ce soit religieux, politique, idéologique, etc (comme le mentionne le post précédent).
Par contre, ce qui est effrayant, c'est de voir, comme vous le soulignez, qu'elle n'a pas désiré devenir avocate pour la simple obligation de retirer son voile. Comment se prétendre modérée si un simple bout de tissu peut décider à votre place de la voie que vous prendrez dans la vie. C'est indigne de ce niveau d'instruction.
Je vous rejoins sur l'interdiction qui serait scandaleuse, parce qu'elle violerait notre valeur fondamentale : la liberté.
Mais, que cette liberté soit aussi nôtre et qu'elle nous permette donc de critiquer cette acte rétrograde qu'est le port du voile. Insulte aux femmes opprimées, idolâtrant le machisme primaire. Quelle stupidité crasse !
Écrit par : Siko | 23.06.2009
Bonjour,
Je suis d'accord avec vous, le port du T-Shirt "Dieu n'existe pas" est aussi absurde que le port du voile ou de la croix...
Cependant, vu la polémique concernant le foulard et la tolérance que l'on devrait avoir en l'acceptant au parlement, cela conduit inévitablement à des initiatives contraires... Comme la mienne :
http://www.dieunexistepas.com/d-tshirt.html
Bien à vous,
Écrit par : DNEP | 29.06.2009
Vous avez lu, vous connaissez donc ma position qui, je le répète, est une recherche de la meilleure façon de vivre ensemble.
Ainsi il y a quelques années, quand Mgr Daneels avait dit à la TV qu'il y avait de nombreux athées de grande valeur mais qu'il leur manquait quelque chose, la dimension de la transcendance ou de la spiritualité, j'avais totalement condamné cette phrase. Nous ne sommes pas là pour dire "ma position est meilleure que la tienne" plus vraie, plus intelligente, avec plus de facettes ou plus de cohérence. On est ensemble pour partager un idéal de vie en société, quel que soit le motif qui nous conduit. Moi je peux défiler avec un athée pur jus qui veut un monde plus juste et plus solidaire, qu'importe si je le fais pour obéir au petit Jésus et lui pcqu'il adhère aux Lumières, mais pas s'il me dit "c'est ridicule de croire dans le petit Jésus"
Écrit par : tootie | 29.06.2009
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