27.02.2009
Liège 2015, une seule perdante : la démocratie
On peut dire bien des choses sur la consultation populaire de dimanche dernier ou sur la raison de son organisation : connaître l'avis des Liégeois sur le dépôt de la candidature de leur ville comme capitale culturelle européenne.
Le distinguo que je fais est déjà significatif et explique (quasi) tout: il y avait d'une part la consultation, une possibilité du Code wallon de la Démocratie locale et d'autre part, son objet: la candidature de Liège.
Le principal reproche à lancer aux opposants est d'avoir volontairement confondu les deux et le principal échec est que cela a marché. "On" a conseillé à ceux qui ne voulaient pas soutenir la candidature de ne pas aller voter, un "on" où l'on peut distinguer notamment le premier Liégeois, le bourgmestre Demeyer, qui n'hésita pas à dire publiquement « voter ou ne pas voter sont deux actes également citoyens ».
Donc je ne me perdrai pas dans les calculs des voix manquantes faute de convocation, faute d'indications précises sur la manière d'obtenir une procuration, faute d'affichage clair des bureaux de votes. Nous sommes à peu près 190.000 à être domiciliés à Liège, il fallait donc environ 19.000 voix pour que la consultation soit dépouillée et on ne les a pas obtenues.
Je parle exprès de "environ, à peu près" car, suis-je naïve, le quorum minimum de 10% me semblait très réduit. Un tout petit signal d'une population en mal de participation, un cri minable pour des milliers de gens qui, sur tous les forums, dans tous les cafés du commerce, aux caisses de chaque supermarché et aux arrêts de nombreuses lignes de bus, critiquent tout azimut, confondent allègrement dans le pot du Politique les empêtrés, les maladroits, les minoritaires, les utopistes et les pourris. "Tous les mêmes", "on ne nous écoute pas", "ils font quand même ce qu'ils veulent", "on prend les mêmes et on recommence"...
Bref, l'inventaire des faiblesses de la démocratie représentative, arrivée peut-être au bout de ses possibles.
Mais ici, il s'agissait de démocratie directe, certes consultative, certes (voulue ?) inutilement compliquée et exigeante.
Et cette occasion, on ne l'a pas saisie. Alors les "à 500 voix près" sont râlantes mais pour moi, elles signifient seulement qu'on ne s'est pas mobilisé pour voter, tout simplement. Et ce n'est certainement pas l'échec de ceux qui ont permis cette consultation, riches de leur seule conviction.
Et cela fait peur si, un jour, comme dans la toute grande majorité des démocraties de la planète, le Législateur rendait le vote non obligatoire.
Combien se souviendraient des combats acharnés qu'il a fallu mener pour l'obtenir, combien se bougeraient le c... un dimanche d'été, la veille d'un examen, quand les syllabus s'entassent ou un dimanche d'octobre quand la pluie et le vent soufflent dans les rues et que la couette amoureuse nous retient bien au chaud...
"Aux urnes citoyens", un joli slogan, qui ne fut pourtant pas assez puissant. Alors, avant de rouspéter, relisons Lionel Jospin: "Ceux qui n'assument aucune responsabilité politique et décrètent que le pouvoir ne sert à rien ne peuvent s'instaurer tuteurs ou juges. le jeu démocratique loyal veut qu'on aille se battre sur tout le terrain, non qu'on reste assis dans les tribunes pour siffler les joueurs."
11:16 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : consultation populaire, liège 2015, démocratie, citoyenneté




Commentaires
Sans bien connaître Liège, cette occasion manquée me semble pitoyable, en effet.
Faut-il y voir un signe de désintérêt pour la culture? un manque de visibilité des projets de la ville?
Écrit par : Tania | 27.02.2009
Pas d'explications à vrai dire, sauf un désintérêt pour la chose publique. Et des péripéties qui ont brouillé les consignes et les enjeux. Dommage en tout cas !
Écrit par : tootie | 01.03.2009
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