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30.01.2009

"l'essentiel, c'est qu'ils soient contre"

Cela se passait à la fin du siècle dernier. Brillant étudiant en biologie, il participait aux rencontres Ecolo à Borzée, inscrit dans un atelier sur les OGM. La philosophie politique des verts l'intéressait, les OGM aussi. C'était l'occasion d'apprendre encore, d'autant plus que l'expert invité était effectivement un des meilleurs dans sa branche, chercheur de haut niveau, sans lien avec les géants dont, sur le sujet, on dénonçait déjà l'odeur de souffre.
Placé au premier rang, il écoute avec attention l'introduction nuancée, forcément puisque scientifique, du professeur, lorsqu'il entend l'animateur  s'énerver à mi-voix  "pas trop de détails, l'essentiel c'est qu'ils soient contre".

Faut-il préciser que ce fut un jet d'eau glacée sur les ardeurs politiques de ce peut-être futur militant ?
Jet d'eau qui se transforma d'ailleurs en bain prolongé puisque manifestement, il ne s'agissait ni de science ni d'information, mais seulement d'endoctrinement, dans lequel rapidement l'invité se sentit très mal à l'aise.

10 ans plus tard, les réactions restent les mêmes.
Pourquoi les OGM provoquent-ils, chez des intellectuels,  des comportements tellement émotionnels ?
Même chez des êtres qui semblent aussi cartésiens que le porte-parole de Test-Achats, que l'on voit plutôt évoluer entre des colonnes de taux, degrés, dates de péremption et présences de colibacilles/mg de produit frais ...

Car JP, Mister Commu de T.A. était sur le Chat de la Rtébé hier midi et malgré sa réponse négative "non, à ce jour, aucune nocivité" à plusieurs questions, dont la mienne, sur la nocivité démontrée ou pas des OGM, on sentait bien qu'il était contre, par principe (de précaution ? ), comme des tas de Chateurs apeurés.
L'amalgame était d'ailleurs présent déjà dans l'info distillée au JT de la veille: dans une série de produits, les labos ont trouvé des traces de pesticides (beurk, beurk, on est d'accord) et d'OGM (même beurk donc ? )

Non ce n'est pas dangereux; enfin on ne sait pas, rien ne semble le dire mais ... dit JP de TA, il y a quand même des allergies.
Ah ?  Car les allergies alimentaires,  avant les OGM, n'existaient pas  ? Ou alors elles ont explosé aux USA, là où les OGM sont permis ? Non, Même pas ? Mais alors ?
Il y a aussi la résistance des microbes à certains antibiotiques
Elément causal clairement isolé ? Pas dans des pays où on vend les antibiotiques à la pièce dans les kiosques à journaux, comme je l'ai connu en Grèce dans les années 70 ? Pas chez des gens qui les achètent sur Internet et les consomment à leur dose ? Seulement chez des mangeurs d'OGM, sûr de sûr ?

Behh, en fait, on ne sait pas,  mais par précaution ... soyons contre, telle était la philosophie qui paraissait se dégager du propos.

Bon parlons-en du principe de précaution. Mon cerveau curieux d'historienne se demande ce qui ce serait passé s'il avait existé autrefois.

La scène se passe au bord de la Vézère. Cro-Magnon ramène chez lui - on ne sait jamais, ça peut toujours servir - quelques braises ramassées dans les débris d'une forêt détruite par la foudre. Et voilà que sa femme furieuse, l'engueule:  "mais t'es fou ! tu vas mettre le feu à l'abri. Eteins-moi ça tout de suite !"
Et d'un côté, elle aurait eu raison. En tout cas, c'est ce que pensent au Paradis les milliers d'habitants de Rome, Paris, Lisbonne, Londres, morts dans les incendies dramatiques que connurent ces grandes villes au moyen âge.
Et, plus près de nous, les inventions de l'ère industrielle. Certes, ils se sont trompés, les braves députés qui refusaient leur vote à Charles Rogier pour l'ouverture de la première voie de chemin de fe. Ils étaient persuadés que le lait des vaches allait tourner, lorsque passeraient devant leurs yeux ces bolides tandis que les organes internes des voyageurs allaient se décrocher ou s'emmêler irrémédiablement.
Mais le moteur à explosion ! Ah si on avait su le nombre de morts innocents*, piétons fauchés sur les trottoirs, enfants assis sans ceinture, vieillards renversés dans les passages "protégés", petits volumes écrabouillés entre deux poids lourds.
Et le taux de CO2 et les dépôts clandestins de pneus (ou les incinérations illégales) et les carcasses abandonnées qui polluent la nappe phréatique....  Jamais on n'aurait inventé la déesse de notre temps, si l'on avait attendu de démontrer qu'elle ne présentait aucun risque pour notre santé.
Peut-être aurait-ce été mieux d'ailleurs. La marche à pieds, la course à cheval ont leur charme. L'étranger, ce ne serait plus le Togolais, le Chinois ou le Turc mais, comme dans l'Ancien Régime, le gars du village d'à côté, 2 lieues plus loin ... il suffit de passer le pont et c'est de suite l'aventure...

Bon je m'égare. revenons à notre sujet: l'émotion dans la science et spécialement dans la question des OGM.
Certes, l'homme joue parfois à l'apprenti sorcier. Certes, il commet de grosses gaffes. Certes, ses moyens sont aujourd'hui démultipliés et ses gaffes potentielles aussi, dont on nous assure que cette fois, c'est la pire de toutes. D'ailleurs elle nous enverra, avant 50 ans, à la dérive sur un morceau d'iceberg, dangereusement partagé avec un ours blanc.
N'empêche qu'il a aussi beaucoup trouvé, l'homme, en jouant au petit chimiste, des choses utiles, passionnantes, pratiques, même essentielles.

On a perdu Dieu le Père et voilà qu'on a trouvé Mère Nature, bonne, généreuse, aimante qu'il faut respecter comme la Vierge qu'elle n'est plus. Alors que, d'une part, on n'a pas encore réussi à tuer dans le monde autant de gens que n'en fait cette maman si douce depuis l'aube des temps, et, d'autre part, que tous les progrès de l'homme ont consisté à contrecarrer la Nature, à  la triturer, à mélanger ses ingrédients de manière très artisanale, sans avoir conscience des enfants qu'il risquait de lui faire, bien malgré elle.
Car, quand autrefois un paysan croisait des graminées, mélangeant au pif des centaines de gènes différents dont il ignorait le mode d'action,  pour obtenir quelque chose qui ressemble à une céréale panifiable, pourquoi était-ce moins dangereux que de sélectionner un gêne précis dont on sait ce qu'il va produire, pour fabriquer la céréale que l'on souhaite ? J'aimerais qu'on m'explique.

Oui mais Monsanto, le brevet du vivant, les paysans endettés, les graines stériles, le commerce des semences...
Là tout-à-fait d'accord  ! Mais ce n'est plus de la science, c'est de l'économie, de la régulation des échanges, du contrôle du Marché. Ce sont des choix politiques qui ont leur place d'ailleurs dans bien d'autres créneaux, comme l'exploitation des travailleurs, l'absence de lois sociales et les tee-shirts très (trop) bon marché qu'on achète pour l'été ou les fraises qu'on veut à table pour le Réveillon...
Comme le manque de financement par les pouvoirs publics de nos jeunes scientifiques, obligés soit de renoncer à leur passion, soit de la mettre au service des ces grands méchants loups du pharmaceutique , du phytosanitaire ou de l'agro-alimentaire.

Oui mais j'ai quand même le droit de savoir ce que je mange ! Et si c'est obligatoire de dire le % de calories, de protéines ou de graisses hydrogénées, je peux aussi décider ou pas de manger de l'OGM.
Ca aussi, tout-à-fait d'accord: le droit à l'information pour que chacun puisse, selon ses critères, manger rien que du vrai chocolat 75% cacao commerce équitable, des chips bios, boire des litres de vin sans sulfite ou se remplir l'estomac de salades maïs-soja  GM...

Mais de grâce,  ne nous trompons pas de cibles; battons-nous contre les vrais ennemis, ils sont déjà suffisamment nombreux, sans s'en créer des tas d'autres "au cas où".

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* sans parler des morts coupables ou des nombreux un peu fautifs mais très méchamment punis.

 

 

28.01.2009

" Quand on veut, on peut "

Voilà le type de phrases qui me faisait grincer des dents quand, ado, je me débattais dans l'enfer des intégrales et autres CQFD, auxquels je ne parvenais jamais... Pas faute d'essayer, pourtant ... Quoique ... à force d'être toujours à côté de la plaque, de ne jamais voir, "alors que ça saute aux yeux", que AB et CD sont évidemment parallèles et que, dans un trapèze dont les côtés .... la somme des .... je n'essayais plus vraiment. Je n'écoutais plus vraiment non plus.
Devenue une grande personne, pas loin de clôturer toute une vie de "prof", je me dis que, peut-être, cet effondrement mathématique (et scientifique d'ailleurs) relevait probablement d'un manque de confiance en mes capacités, de l'écho résigné éveillé en moi par une prof. justement, qui lorsque j'avais 11 ans, m'avait
lancé: " vous, vous ne serez jamais bonne en mathématiques". Prédiction réalisée, forcément.
Cette phrase donc, je l'ai réentendue, traduite de l'anglais, au JT de lundi dernier.
Celui qui la prononçait en V.O. était un vieillard rabougri, à la peau sombre et ridée, à la bouche dégarnie, coiffé d'un bonnet de laine "Obama". En le regardant, on se disait qu'il ne devait pas avoir voulu grand chose pour sembler si misérable à son âge.
En fait, c'était un ancien champion de boxe, qui avait décidé de consacrer toute sa pension à accueillir et entraîner des gamins du quartier, pour les écouter, les occuper, canaliser leur énergie et leur agressivité, leur donner un but. Croire en eux, d'abord et surtout.
Wouahh ! Ca, c'est du social ! Aux antipodes de ce que l'on imagine les USA, l'individualisme libéral, les traders, la loi de la jungle du Marché.
A ses côtés, un autre noir, un grand jeune gaillard, expliquait qu'il était un ancien de la salle de sport. Soutenu par son coach - moral et physique -, il était sorti de la rue, avait réussi son Droit et devenu avocat, rendait ce qu'il avait reçu en défendant les intérêts du vieux boxeur et de ses protégés
Quelle formidable réussite, parti de rien et arrivé quelque part, un vrai rêve américain !
Qu'on réalise comment ? Et bien justement, affirmait le tout chenu prof. en vie et en sport, "quand on veut, on peut".
C'était là le credo qu'il inculquait à ses gamins. La volonté triomphe de tous les obstacles, car si on y croit, si on mord sur sa chique, si on se cramponne à l'objectif comme le roquet sur le mollet du facteur, on ne pourra vous envoyer paître.
L'effort, le courage, le mérite, s'appuyer sur ses propres forces, savoir se débrouiller dans la vie, ne pas compter sur le système ou la société, seulement sur des soutiens bienveillants, et encore,
si on ne les déçoit pas, voilà des vertus libérales, bien loin de l'Etat-Providence social.
C'est cela le visage réel du Parti Démocrate qu'on voudrait rapprocher de nos socialistes, la morale de l'Amérique victorieuse qui acclame son nouveau président parce qu'il incarne justement ce "on veut, on peut". C'est l'ambiguité de cette position qui explique que, chez nous, le candida Obama aurait eu le vote unanime de nos politiques, de la gauche à la droite.

Barak O se préoccupera certes des démunis, mais il mise surtout, si on en croit son discours inaugural, sur la confiance que chacun doit avoir dans ses capacités, sur l'ambition des objectifs à se fixer et sur la fierté d'y parvenir, comme les grands anciens y sont arrivés.
N'est-ce pas aussi ce que les A.S. devront, notamment, développer chez ceux qu'ils accompagneront: une image de soi positive, celle qu'une autre prof. a finalement réussi à me donner, il y a plus de 40 ans .