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17.12.2008

Radio Schizo ?

Lundi, entre 7 et 8h, Matin Première reçoit Jean-Michel Javaux. Le grand homme vert nous explique que notre mode de vie doit absolument changer. Nous devons, dit-il, relancer l'économie avec des projets qui sont, par nature, fournisseurs d'emplois locaux comme la construction**, et non démontables à la moindre bourrasque salariale, comme l'automobile, dont par ailleurs, on connait tous les péchés environnementaux.

Lundi, journal de 8h, Yves Leterme est interrogé sur le présent et l'avenir de la crise. Le Premier explique que de fortes mises en chômage technique auront lieu dans l'industrie automobile. Car, du fait d'une surproduction antérieure, il y a des stocks de modèles qui devraient être écoulés, avant d'en fabriquer de nouveaux.
Or le pouvoir d'achat étant en berne, les gens n'achètent plus de voitures. Il faut donc soutenir le pouvoir d'achat pour que les Belges, leur portefeuille regonflés, se précipitent chez leur concessionnaire.

Dites, y a pas comme un Stuuuut , là ?

 

** J'habite au bord d'un grand chantier privé, soutenu à 200% par les pouvoirs communaux. Durant l'année où s'est réalisé le gros oeuvre, un petit village de baraquements préfabriqués s'est érigé dans un angle de l'immense fosse. Un contingent d'ouvriers portugais (ou brésiliens ? ) y vivaient, disposant de tout le nécessaire, y compris BBQ et dame à tout faire.
Vous avez dit " fournisseurs d'emplois locaux ? "

16.12.2008

Partager le plaisir

Jeudi dernier, j'assiste à un colloque organisé par le FERULg*. autour de l'écrivain Annie Ernaux, "se perdre dans l'écriture de soi". Il y a là une vingtaine d'étudiants qui sont venus écouter la communication de leur prof, les autres orateurs, de France, d'Ecosse et du Canada, des experts  et quelques (trop rares) curieux comme moi.
Cela débute un peu dur. Malgré ma formation universitaire, le vocabulaire plutôt abscons, très "private joke" des Romanistes (si, si !) me bloque, m'égare et j'ai comme l'impression de n'être pas à ma place. Je dois me concentrer pour me répéter que j'aime Annie Ernaux et donc que j'apprendrai sûrement quelque chose.

Puis cela décolle; les communications, courtes, se succèdent. On évoque des ouvrages que j'ai lus, on les compare à d'autres que je ne connais pas mais que j'ai immédiatement envie de me procurer. Les analystes décortiquent des passages, avec la minutie et presque le suspens des feuilletons des CSI.

M'étant plongée dans ces autobiographies avec naïveté, j'en découvre des facettes totalement inattendues mais, surtout, je comprends que la simplicité apparente, les variations de style, les paragraphes tantôt elliptiques, tantôt proches des "périodes" de Proust, cachent en fait un énorme travail sur la forme et le fond.
Ces découvertes sont jubilatoires; je me sens plus maligne, l'esprit pétillant, envahie d'une puissante envie d'aller voir, vérifier, comparer, aborder l'inconnu, reparcourir le connu. Plus de prise de tête, rien que du plaisir.

Car apprendre,  c'est un plaisir, apprendre-learn, dans ce cas-ci. Je le vérifie une fois de plus.

Comme lorsqu'à l'automne, mon mari et moi participons aux Rendez-vous de l'Histoire à Blois; 3 jours de conférences, débats, tables-rondes, de 9h du matin à 19h, à peine le temps de manger un sandwich debout dans les files; car une foule de personnes - des adultes, des seniors souvent - sont là, rien que pour le plaisir d'apprendre.

Pourquoi est-ce, pour les élèves et les étudiants, si souvent casse-pied, dénué d'intérêt, abstrait, càd sans lien avec la vie, avec leurs préoccupations, avec leurs bonheurs et leurs souffrances...

Pourquoi faut-il devenir vieux pour découvrir ce passionnant vertige devant l'immensité de la connaissance possible et la nano-particule qu'on arrivera à posséder ?

Toute ma vie de prof, j'ai essayé de partager ce plaisir, de stimuler la curiosité, de faire imaginer ces chemins sinueux qui s'égarent dans des contrées inconnues, parcourent d'immenses territoires, recoupent des Autoroutes, longent des Nationales, d'inviter ces centaines de jeunes que j'ai eus devant moi, à les emprunter, à s'y lancer.

Certains n'ont pu franchir la première étape, celle que j'ai évoquée, le blocage, celle qui fait qu'au lieu d'avoir les neurones pétillants,  vous vous sentez plus bête.
Chez d'autres, le regard s'est éveillé, le feu s'est allumé, il ne reste plus qu'à l'entretenir,  ou plutôt à leur indiquer où on peut trouver du petit bois...

Un mystère, l'apprentissage, quelle que soit la pédagogie employée, une alchimie complexe dont la précipitation chimique peut, à tout moment, échouer pour introduction imprévue d'éléments incongrus !

 

* Le FERULg (Femme Enseignement Recherche) organise de nombreuses activités autour des questions de genre.  Pour en savoir plus, c'est ici http://www.ferulg.ulg.ac.be/pages/index_m.php

07.12.2008

Un enseignement de qualité ...

Jeudi après midi dans mon Delhaize: les adultes présents dans les files échangent des regards exaspérés devant quatre ados,trois filles et un garçon qui chahutent dans la file où je suis. En fait ils sont juste derrière moi, ce qui me permet d'entendre clairement leurs échanges, entre deux fous-rires et éclats de voix stridents.

L'objet en cause est un de ces grands tubes en carton rempli de chips, une des filles va l'acheter et tous en profiteront. Oui mais voilà, la file est longue et les jeunes cherchent comment sortir avec leur 4h "sans que ça sonne comme la dernière fois". Suit, à mi-voix un historique de leurs divers exploits sur le thème de "tout ce qu'on a piqué sans se faire attraper", entrecoupés de "oh oui tu t'rappelles" et autres " qu'est-ce qu'on a failli prendre" !

La vendeuse a l'oreille attirée et me regarde d'un air interrogateur; je ne peux qu'esquisser une mimique qui signifie en gros "ben,  vous avez peut-être intérêt à être attentive"...

Finalement ils arrivent quand même à la caisse et quand je m'éloigne, j'entends le dialogue assez vif entre la caissière qui affirme n'avoir reçu que 1, 05 euro alors que la fille assure lui avoir donné les 1,25 ...

Banal, me direz-vous.

Oh oui, même si ces jeunes viennent du "bon collège" tout proche de la galerie commerciale, un de ceux pour lesquels on campe sur les trottoirs. La raison de leur impatience dans la file est d'ailleurs que "si j"suis en retard, papa me tue".
Discipline à la maison donc, probablement discipline à l'école aussi mais quel effet sur leur comportement réel, quelle intégration réussie des normes, comprises parce que perçues comme porteuses de sens ? Mystère !

C'est la crise, mais ...

Ce dimanche après midi, je me retrouve dans une situation que j'évite au maximum, celle de devoir m'approvisionner en catastrophe dans un de ces franchisés ouvert 7 jours/7. Pourquoi j'évite ? Parce que, si l'enseigne peut faire croire qu'on est dans une filiale d'une grande surface, les prix sont très très très différents.
Voyons plutôt (comme dit Juan) : l'objet de mon détour est un petit pain carré industriel pour faire des toasts. J'en ai acheté un jeudi dans mon Delhaize: 0,89 cts pour 500 gr soit 1,78 le kilo. Dans mon franchisé, je trouve 2 modèles: un blanc de 330gr à 1,05 euro,  soit 3, 20 euros le kilo et un complet de 400 gr à 2,45 euros, soit 6,15 euros le kilo. Y a pas photo, au minimum 250%, au maximum 500% plus cher que celui que je me suis précédemment procurée.
Autre exemple ? Le petit ravier de tomates cerises, 0,89 dans mon Delhaize, 2,49 euros chez le franchisé, encore 250% de différence.

Oui mais, me direz-vous, c'est bien pratique quand on a des invités surprises, un oubli essentiel dans une recette, une envie de petite impro de derrière les fagots... Évidemment !

Mais les deux caisses sont ouvertes, les files sont longues alors qu'il est 4h de l'après midi et, à côté d'autres clients dans le même cas que moi - un pot de moutarde, un litre de lait ou 6 oeufs dans la main - je vois des jeunes, étudiants probablement, qui remplissent leur sac à dos pour préparer leur semaine, des couples d'âge moyen qui élaborent divers menus en puisant dans les comptoirs frais (alors que la "bête" maquée maigre produit blanc est elle aussi au double de mon produit blanc grande surface).
Inconscients ou fils de riche ?

Je repense à une interview passée au JT pour illustrer la gravité de la  crise: une dame y expliquait que, "oh oui son comportement a changé ! Maintenant elle fait une liste avant d'aller au super-marché et elle regarde les prix", ce qui, si j'entends bien, signifie qu'auparavant, elle achetait tout ce qu'elle voyait sans se demander combien ça coûtait !

J'exagèèèèèèèèèèèèèèère bien sûr !

Mais cette brave dame est notre archétype, d'un genre que ceux d'avant-guerre auraient condamnés de manière unanime, nos aînés pour qui un sou était un sou, qui rangeaient, bien roulées dans une boite à chaussures, les ficelles du facteur et qui ne se mariaient que quand ils jonglaient avec l'art d'accommoder les restes.

Si nous avons résisté vaillamment aux sirènes consuméristes, nous ne sentirons guère les restrictions sévères qui s'annoncent mais si nous achetions tout ce que nous voyions sans nous demander combien ça coûtait, là ...  ça va faire mal !

 

03.12.2008

Décret inscriptions

Quand j'ai trop de choses à dire, je n'écris plus; les idées se bousculent, les réactions intérieures se multiplient et faute de pouvoir choisir entre elles ou d'avoir le temps pour tout traiter, je me tais.
Aujourd'hui c'est l'exapération qui me donne l'élan pour trancher, probablement pas le meilleur , mais ...


Car, effectivement je suis exaspérée de la manière dont est présentée la question des inscriptions, le pathos de courriers des lecteurs, la vision idyllique du "petit-fils qui a travaillé durement pour pouvoir entrer dans une école de qualité et qui voit son rêve s'effondrer" , les parents qui sont obligés de "renoncer à une école dont le projet pédagogique correspond parfaitement à leurs valeurs" ou encore cette course harrassante de la maman, chef de famille monoparentale, qui zigzague d'un établissement à l'autre, pour être sûre d'avoir la place dans la bonne école. On avance des chiffres dramatiques: 33% des élèves ne pourront aller là où ils le souhaitaient ou plutôt, dans le style journalistique, "resteront sur le carreau du tirage au sort". Enfin, argument massue "on touche à notre liberté".

De quoi parle t-on ?
Le choix du Projet Pédagogique
Quel Pouvoir Organisateur a pu compter sur un nombre significatif de parents pour s'investir dans les conseils de participation, ces lieux où l'on a élaboré ce fameux "projet pédagogique". Quel parent serait capable d'en parler, autrement qu'en disant "il y a de la discipline et on prépare bien au Supérieur ! " ?

La liberté ? Elle n'est pas absolue quand elle profite à certains et nuit à d'autres; quand elle fonctionne avec l'argent de tous mais entretient des ilots de privilégiés. L'enseignement est un service public mais, s'il va mal chez nous, c'est justement parce qu'on a laissé les règles du marché s'y installer, qu'on y a reproduit l'offre et la demande. Dans un esprit très "boursier" d'ailleurs, car les réputations se font et se défont sans qu'on sache réellement le pourquoi. Certaines sont surfaites, d'autres mal cotées, sans cause rationnelle.

Les laissés sur le carreau ?
En 1986, mon fils est en 5e primaire. Une amie, professeur au collège voisin où je compte l'inscrire, me téléphone : attention, n'attends pas la 6e, il faut aller dès le premier jour,  sinon tu risques de ne plus avoir de places. Et alors tu pourras aussi choisir le ou la titulaire, dont elle me communique quelques noms "de qualité". J'ai suivi son conseil et bien m'en a pris puisqu'effectivement, ceux qui ont attendu la dernière année de primaire n'avait plus de place. Une autre amie a inscrit sa fille dès la 4e, le collège jésuite bouclant ses inscriptions 2 ans à l'avance.
J'imagine donc qu'il y avait un certain nombre de parents, peut-être bien 30%, qui téléphonaient pour s'entendre dire "trop tard, désolée", des parents dont le seul défaut était de ne pas "être initié"

Les valeurs ?
Ce qui m'énerve le plus, c'est qu'on ne veut pas clairement proclamer " ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes".
Or, comment repérer une bonne école ? Regardez sa structure: 6 classes de 1ères, 2 rhétos ? On est bon parce qu'on élimine, cela veut dire que tout enfant qui n'est pas capable de suivre est éjecté, ou en tout cas, laissé à lui-même, isolé, jusqu'à ce qu'il "comprenne que sa place n'est pas ici". Les valeurs de ces écoles-là sont donc celles de l'écrémage, de la non-solidarité, du mépris du moins doué.

Le droit à une bonne école ?
Membre d'un P.O. d'une école technique et professionnelle, je reçois ce matin le petit journal-bilan du 1er trimestre et comme à chaque fois, je suis émerveillée de la multitude d'activités organisées, de l'inventivité des profs, de leur dévouement, de leur souci constant de prendre le jeune là où il est et de l'accompagner le plus loin possible.
Ce n'est pourtant pas ce que les journaux appelent "une bonne école". Ce n'est pas le Collège Saint X ou l'institut Sainte Y, qui a fait le plein depuis longtemps. C'est seulement un endroit où l'on accueille ceux que ces "bonnes écoles" ont blessés pour les aider à se remettre debouts.
Mais ce pourrait être une "bonne école" si les parents étaient attentifs aux vrais besoins de leurs gamins ou de leurs adolescentes, s'ils n'attendaient pas, précisément, qu'ils se soient cassés la figure, qu'ils aient vu leur rêve s'écrouler, pour les inscrire dans ces lieux qui développent non seulement  l'intellect - car on le fait - mais aussi l'habileté, la précision, le sens du concret, la débrouillardise, la responsabilité, qualités très demandées sur le marché de l'emploi.

Bien préparer à l'avenir ?
Prof. dans le Supérieur, je découvre chaque année le parcours scolaire d'environ 200 jeunes, dont plus de la moitié ont connu au moins plusieurs établissements, pour des raisons de choix d'options mais aussi, souvent, pour des raisons familiales où le fait que l'enfant perde ses amis, semble ne plus beaucoup compter.
J'en vois aussi issus de ces fameux collèges qui sont complètement démolis, doublant ou triplant à l'Univ, cherchant désespérement le sens à donner à cette course à l'excellence. Ou, pas démolis du tout, puisqu'ils terminent de brillantes humanités sciences/maths fortes, mais n'y ayant trouvé aucune "humanité", ils se tournent vers une formation ouverte aux personnes, à la rencontre, à l'autre.
Dans ces multiples échecs à l'Univ, je ne vois pas que des jeunes mal préparés, sortis d'écoles moins fortes, mais beaucoup plus des jeunes que l'on n'a pas aidé à trouver une motivation forte, un goût pour la vie, tout simplement.

Il me semble donc qu'il ne faut pas se tromper d'objectifs: au lieu de multiplier les pétitions, les files, les triples inscriptions, il est préférable de regarder notre enfant, ce qu'il est vraiment, pas ce que nous voudrions qu'il soit, et de se demander où il serait vraiment à sa place.

 

 

 

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