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16.12.2008

Partager le plaisir

Jeudi dernier, j'assiste à un colloque organisé par le FERULg*. autour de l'écrivain Annie Ernaux, "se perdre dans l'écriture de soi". Il y a là une vingtaine d'étudiants qui sont venus écouter la communication de leur prof, les autres orateurs, de France, d'Ecosse et du Canada, des experts  et quelques (trop rares) curieux comme moi.
Cela débute un peu dur. Malgré ma formation universitaire, le vocabulaire plutôt abscons, très "private joke" des Romanistes (si, si !) me bloque, m'égare et j'ai comme l'impression de n'être pas à ma place. Je dois me concentrer pour me répéter que j'aime Annie Ernaux et donc que j'apprendrai sûrement quelque chose.

Puis cela décolle; les communications, courtes, se succèdent. On évoque des ouvrages que j'ai lus, on les compare à d'autres que je ne connais pas mais que j'ai immédiatement envie de me procurer. Les analystes décortiquent des passages, avec la minutie et presque le suspens des feuilletons des CSI.

M'étant plongée dans ces autobiographies avec naïveté, j'en découvre des facettes totalement inattendues mais, surtout, je comprends que la simplicité apparente, les variations de style, les paragraphes tantôt elliptiques, tantôt proches des "périodes" de Proust, cachent en fait un énorme travail sur la forme et le fond.
Ces découvertes sont jubilatoires; je me sens plus maligne, l'esprit pétillant, envahie d'une puissante envie d'aller voir, vérifier, comparer, aborder l'inconnu, reparcourir le connu. Plus de prise de tête, rien que du plaisir.

Car apprendre,  c'est un plaisir, apprendre-learn, dans ce cas-ci. Je le vérifie une fois de plus.

Comme lorsqu'à l'automne, mon mari et moi participons aux Rendez-vous de l'Histoire à Blois; 3 jours de conférences, débats, tables-rondes, de 9h du matin à 19h, à peine le temps de manger un sandwich debout dans les files; car une foule de personnes - des adultes, des seniors souvent - sont là, rien que pour le plaisir d'apprendre.

Pourquoi est-ce, pour les élèves et les étudiants, si souvent casse-pied, dénué d'intérêt, abstrait, càd sans lien avec la vie, avec leurs préoccupations, avec leurs bonheurs et leurs souffrances...

Pourquoi faut-il devenir vieux pour découvrir ce passionnant vertige devant l'immensité de la connaissance possible et la nano-particule qu'on arrivera à posséder ?

Toute ma vie de prof, j'ai essayé de partager ce plaisir, de stimuler la curiosité, de faire imaginer ces chemins sinueux qui s'égarent dans des contrées inconnues, parcourent d'immenses territoires, recoupent des Autoroutes, longent des Nationales, d'inviter ces centaines de jeunes que j'ai eus devant moi, à les emprunter, à s'y lancer.

Certains n'ont pu franchir la première étape, celle que j'ai évoquée, le blocage, celle qui fait qu'au lieu d'avoir les neurones pétillants,  vous vous sentez plus bête.
Chez d'autres, le regard s'est éveillé, le feu s'est allumé, il ne reste plus qu'à l'entretenir,  ou plutôt à leur indiquer où on peut trouver du petit bois...

Un mystère, l'apprentissage, quelle que soit la pédagogie employée, une alchimie complexe dont la précipitation chimique peut, à tout moment, échouer pour introduction imprévue d'éléments incongrus !

 

* Le FERULg (Femme Enseignement Recherche) organise de nombreuses activités autour des questions de genre.  Pour en savoir plus, c'est ici http://www.ferulg.ulg.ac.be/pages/index_m.php

Commentaires

Un compte rendu très vivant, merci.
Le plaisir d'apprendre et la conscience d'ignorer, c'est indissociable. Avec quelle assurance d'ignorant certains assènent leurs formules péremptoires !
Oui, le plaisir de partager, d'avancer, de faire avancer l'autre est la clé du plaisir d'enseigner. J'aime bien cette image du feu allumé qu'il ne reste plus qu'à entretenir...

Écrit par : Tania | 17.12.2008

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