03.12.2008
Décret inscriptions
Quand j'ai trop de choses à dire, je n'écris plus; les idées se bousculent, les réactions intérieures se multiplient et faute de pouvoir choisir entre elles ou d'avoir le temps pour tout traiter, je me tais.
Aujourd'hui c'est l'exapération qui me donne l'élan pour trancher, probablement pas le meilleur , mais ...
Car, effectivement je suis exaspérée de la manière dont est présentée la question des inscriptions, le pathos de courriers des lecteurs, la vision idyllique du "petit-fils qui a travaillé durement pour pouvoir entrer dans une école de qualité et qui voit son rêve s'effondrer" , les parents qui sont obligés de "renoncer à une école dont le projet pédagogique correspond parfaitement à leurs valeurs" ou encore cette course harrassante de la maman, chef de famille monoparentale, qui zigzague d'un établissement à l'autre, pour être sûre d'avoir la place dans la bonne école. On avance des chiffres dramatiques: 33% des élèves ne pourront aller là où ils le souhaitaient ou plutôt, dans le style journalistique, "resteront sur le carreau du tirage au sort". Enfin, argument massue "on touche à notre liberté".
De quoi parle t-on ?
Le choix du Projet Pédagogique
Quel Pouvoir Organisateur a pu compter sur un nombre significatif de parents pour s'investir dans les conseils de participation, ces lieux où l'on a élaboré ce fameux "projet pédagogique". Quel parent serait capable d'en parler, autrement qu'en disant "il y a de la discipline et on prépare bien au Supérieur ! " ?
La liberté ? Elle n'est pas absolue quand elle profite à certains et nuit à d'autres; quand elle fonctionne avec l'argent de tous mais entretient des ilots de privilégiés. L'enseignement est un service public mais, s'il va mal chez nous, c'est justement parce qu'on a laissé les règles du marché s'y installer, qu'on y a reproduit l'offre et la demande. Dans un esprit très "boursier" d'ailleurs, car les réputations se font et se défont sans qu'on sache réellement le pourquoi. Certaines sont surfaites, d'autres mal cotées, sans cause rationnelle.
Les laissés sur le carreau ?
En 1986, mon fils est en 5e primaire. Une amie, professeur au collège voisin où je compte l'inscrire, me téléphone : attention, n'attends pas la 6e, il faut aller dès le premier jour, sinon tu risques de ne plus avoir de places. Et alors tu pourras aussi choisir le ou la titulaire, dont elle me communique quelques noms "de qualité". J'ai suivi son conseil et bien m'en a pris puisqu'effectivement, ceux qui ont attendu la dernière année de primaire n'avait plus de place. Une autre amie a inscrit sa fille dès la 4e, le collège jésuite bouclant ses inscriptions 2 ans à l'avance.
J'imagine donc qu'il y avait un certain nombre de parents, peut-être bien 30%, qui téléphonaient pour s'entendre dire "trop tard, désolée", des parents dont le seul défaut était de ne pas "être initié"
Les valeurs ?
Ce qui m'énerve le plus, c'est qu'on ne veut pas clairement proclamer " ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes".
Or, comment repérer une bonne école ? Regardez sa structure: 6 classes de 1ères, 2 rhétos ? On est bon parce qu'on élimine, cela veut dire que tout enfant qui n'est pas capable de suivre est éjecté, ou en tout cas, laissé à lui-même, isolé, jusqu'à ce qu'il "comprenne que sa place n'est pas ici". Les valeurs de ces écoles-là sont donc celles de l'écrémage, de la non-solidarité, du mépris du moins doué.
Le droit à une bonne école ?
Membre d'un P.O. d'une école technique et professionnelle, je reçois ce matin le petit journal-bilan du 1er trimestre et comme à chaque fois, je suis émerveillée de la multitude d'activités organisées, de l'inventivité des profs, de leur dévouement, de leur souci constant de prendre le jeune là où il est et de l'accompagner le plus loin possible.
Ce n'est pourtant pas ce que les journaux appelent "une bonne école". Ce n'est pas le Collège Saint X ou l'institut Sainte Y, qui a fait le plein depuis longtemps. C'est seulement un endroit où l'on accueille ceux que ces "bonnes écoles" ont blessés pour les aider à se remettre debouts.
Mais ce pourrait être une "bonne école" si les parents étaient attentifs aux vrais besoins de leurs gamins ou de leurs adolescentes, s'ils n'attendaient pas, précisément, qu'ils se soient cassés la figure, qu'ils aient vu leur rêve s'écrouler, pour les inscrire dans ces lieux qui développent non seulement l'intellect - car on le fait - mais aussi l'habileté, la précision, le sens du concret, la débrouillardise, la responsabilité, qualités très demandées sur le marché de l'emploi.
Bien préparer à l'avenir ?
Prof. dans le Supérieur, je découvre chaque année le parcours scolaire d'environ 200 jeunes, dont plus de la moitié ont connu au moins plusieurs établissements, pour des raisons de choix d'options mais aussi, souvent, pour des raisons familiales où le fait que l'enfant perde ses amis, semble ne plus beaucoup compter.
J'en vois aussi issus de ces fameux collèges qui sont complètement démolis, doublant ou triplant à l'Univ, cherchant désespérement le sens à donner à cette course à l'excellence. Ou, pas démolis du tout, puisqu'ils terminent de brillantes humanités sciences/maths fortes, mais n'y ayant trouvé aucune "humanité", ils se tournent vers une formation ouverte aux personnes, à la rencontre, à l'autre.
Dans ces multiples échecs à l'Univ, je ne vois pas que des jeunes mal préparés, sortis d'écoles moins fortes, mais beaucoup plus des jeunes que l'on n'a pas aidé à trouver une motivation forte, un goût pour la vie, tout simplement.
Il me semble donc qu'il ne faut pas se tromper d'objectifs: au lieu de multiplier les pétitions, les files, les triples inscriptions, il est préférable de regarder notre enfant, ce qu'il est vraiment, pas ce que nous voudrions qu'il soit, et de se demander où il serait vraiment à sa place.
17:38 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
hier soir, JT d'RTL, le douloureux couple mère/fils , bourrés d'angoisse: aucune nouvelle des 4 écoles où elle a été inscrire son enfant. Elle redoute le pire, qu'il soit sur la rue en septembre, déscolarisé, abandonné à son triste sort. L'enfant, avec un petit sourire tristounet, acquiesce: que vais-je devenir ??
MADAAAAAAAAME ! Calmez-vous ! Il reste des dizaines d'autres écoles que les 4 que vous aviez choisies !
Allons, votre panique, ce n'est pas le brave Dupont qui l' a provoquée, c'est vous. 95% des écoles avaient encore des places en septembre dernier, pourquoi avoir choisi justement une des 5% encombrées ???
Écrit par : tootie | 07.12.2008
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