28.09.2008
Justice : comment comprendre l'incompréhensible ?
Le jugement du procès de l'assassin de Joe soulève manifestement de grosses questions voire de grosses indignations dans le public. Lue au 1er degré, la double décision - Mariuz, proclamé meurtrier par le juge de la jeunesse, sera libre à l'automne 2009 tandis qu'Adam, proclamé non meurtrier par le jury d'Assises, en prend pour 20 ans - est totalement incompréhensible.
Matin Première qui recevait mercredi Bernard De Vos, délégué aux droits de l'enfant, m'a permis de recadrer convenablement le problème, me semble t-il
La vraie question n'est-elle pas celle-ci, disait-il: "Adam devait-il se retrouver aux Assises ? N'aurait-il pas dû partager le sort de Mariuz ?"
Je sais que si mon enfant avait été tué, je parlerais autrement, puisque très légitimement, mon amour et mes émotions prendraient le dessus.
Mais l'objectif final d'un jugement est-il la vengeance ou la protection de la société ?
Protéger la société, c'est d'abord faire en sorte que le délinquant réalise ce qu'il a fait, assume sa responsabilité et se "renforce" moralement, intellectuellement, pour ne plus retomber.
Pour nous d'abord, pour qu'on ne remette pas en circulation quelqu'un qui serait autant ou plus dangereux qu'avant.
Et là, y a pas photo: personne ne sort meilleur de prison, sauf "chemin de Damas" tout à fait isolé, exceptionnel, combinaison de 36 conditions hyperfavorables, du genre "je tombe amoureux d'une chouette femme qui me motive à fond pour m'amender; je suis régulièrement pris en mains par un visiteur de prison qui m'aide à réfléchir sur l'avant et l'après; je suis dans une prison, qui donne des cours et je passe des examens qui m'ouvrent la voie d'un métier; j'ai des soutiens dehors qui cherchent pour moi du travail, un logement décent et accumule sufisamment d'argent pour tenir le coup légalement à la sortie. Enfin, je partage ma cellule avec des détenus, qui sont comme moi pleins de bonne volonté, qui n'ont rien à voir avec la drogue sous aucune forme".
Vous connaissez beaucoup de cas comme ça ?
Non, la triste règle, c'est qu'au mieux, on en ressort totalement non-recyclable pour la vie sociale et professionnelle.
Au pire, on a considérablement gonflé son carnet de méchantes adresses et ajouté plusieurs lames à son couteau suisse.
Donc même en faisant abstraction de toute motivation de type altruiste, la simple efficacité sociale voudrait que des jeunes délinquants soient encadrés spécifiquement, éduqués, éveillés à la responsabilité et aux devoirs, même si on voudrait - et je me mets dedans - d'abord pouvoir soulager la souffrance ou évacuer l'indignation que l'on a ressenties par une punition exemplaire.
La difficulté d'aborder la question de manière sereine, c'est aussi les amalgames que nous faisons et les représentations que nous en avons.
Ainsi, beaucoup évoquent la récidive pour justifier la prison longue, dure, sans rémission, incarnant la seule manière de "faire comprendre" au délinquant qu'il n'a pas intérêt à recommencer.
Or Bernard De Vos affirmait que le taux de récidive était nettement inférieur chez les jeunes passés par des institutions éducatives strictes que chez ceux passés par la prison.
Mais comment intégrer ces précisions ou de ces nuances dans un sujet qui touche à notre désir de Justice, chevillé au coeur de tous et à notre besoin de sécurité, l'un des plus fondamentaux pour tous les êtres vivants ?
Autrefois, la Justice avait été imaginée pour remplacer la vengeance privée, pour mettre en place un écran entre la victime - et tous ceux qui peuvent s'identifier à elle - et l'auteur de l'acte, pour juguler l'émotion, analyser avec le maximum de raison le geste, porter le regard sur tous les éléments.
Depuis l'affaire Dutroux et la détresse des parents de Julie et Mélissa, partagée par tous les Belges, on a voulu rendre une place à la victime, on a pris en compte les droits des proches à l'information, à l'expression. Ils sont devenus des acteurs essentiels des enquêtes puis des procès, là où autrefois, ils pouvaient juste pleurer en silence, derrière leur avocat, un professionnel.
Cet accès donnés aux proches, c'est aussi un accès donné à nous tous, par le biais des médias.
Comment s'étonner dès lors de cette incompréhension, qui apparaît comme une nécessité d'éduquer au Droit.
Un lecteur essayait de le faire, reprenant un par un les aspects du jugement, amenant des distinctions entre l'acte, les intentions, les circonstances aggravantes ou atténuantes. Il n'a guère été entendu.
Là encore, comment s'en étonner ? Nous sommes dans l'immédiateté des réactions, soutenues par l'immédiateté de l'expression grâce au Forum ou au commentaire "en direct".
On peut supposer que d'autres actualités bousculantes bousculeront cette affaire" Joe".
Encore faudrait-il y revenir à tête plus reposée pour vérifier que le Droit cadre toujours bien ce que nous voulons comme mode de vie en société.
17:35 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




Les commentaires sont fermés.