03.09.2008
Former à une profession ?
Appelons-la Kathleen. Elle a 24 ans et a terminé avec succès la formation en travail social dans notre HE. Elle a ensuite effectué une année supplémentaire pour se donner une corde de plus à son arc. Nous nous rencontrons au coin d'une rue et parlons de son entrée dans le monde du travail.
Après avoir envoyé plusieurs candidatures spontanées, elle a reçu des rendez-vous pour passer des entretiens.
Deux des secteurs qui l'ont contactée correspondent très bien à ses souhaits. Pourtant Kathleen m'explique qu'elle se demande comment ça va se passer, parce qu'il y a d'abord une épreuve écrite et puis seulement un examen oral.
Je lui suggère de revoir la législation du domaine pour lequel elle postule, mais elle me répond que la convocation précise bien qu'il ne s'agit pas de tester des connaissances mais des compétences; ici rédaction et synthèse à partir d'articles de journaux ou d'extraits d'ouvrages. "Or, ajoute t-elle, je n'ai jamais fait ça !"
Kathleen a donc derrière elle 4 ans d'enseignement supérieur et n'a jamais eu l'occasion de lire et synthétiser un texte, épreuve basique de tout examen dans une fonction publique !
Je lui dis, un peu gênée (car après tout je l'ai eue comme étudiante en 1ère année, pour des cours généraux type sciences humaines) : "pendant tes humanités, tu as sûrement fait ça en français ! - Oh non, j'étais en techniques et on ne faisait pas beaucoup de français, comme écrire, résumer et tout ça ."
Certaines HE, quelles que soient les orientations qu'elles proposent, ont inscrit à leur grille des cours de français, par réalisme, sachant que de moins en moins de jeunes de 18 ans maîtrisent les compétences de base de l'expression, écrite ou orale, correcte. D'autres, comme nous, travaillent plus sur la communication en général, ne privilégiant aucune forme pour stimuler la créativité et l'utilisation plurielle. Formation riche, mais qui considère que, bien évidemment, les étudiants possèdent déjà un "bon bagage", qu'on ne définit pas vraiment mais sur lequel on s'appuie.
On voit qu'il n'en est rien, ou du moins pas pour tous et que certains, comme Kathleen, peuvent donc franchir sans erreur nos obstacles mais risquer de se retrouver coïncés plus tard.
Je me souviens du tout premier "recyclage" auquel j'ai participé, il y a près de 30 ans. Au repas, j'étais assise à côté du formateur, un inspecteur de français. Enfant de mai 68, je lance "l'orthographe est une convention bourgeoise". Il répond tranquillement " qui ne pèse que sur les petits". Interloquée, je lui demande des explications qu'il me fournit: "un avocat et un médecin auront une secrétaire qui rédigera leur courrier, tandis qu'un gars qui arrête l'Ecole moyenne pour devenir facteur, devra d'abord réussir la dictée..."
Le contexte a changé, la dictée "sans faute" n'est plus exigée nulle part, mais le raisonnement reste le même.
Peut-on espérer que l'approche par socles de compétences, minimum d'une éducation citoyenne, arrêtera ce mouvement de report perpétuel de leur acquisition ?
Heureusement pour Kathleen, le Forem va la préparer à l'épreuve écrite ...
Interpellant je trouve, après 16 ans d'études
11:33 Publié dans enseignement/éducation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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