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28.08.2008

Quand tombe le couperet

Contexte: écrit il y a deux ans, lorsque le système des crédits n'était pas encore en vigueur, ce texte garde, je crois, toute son actualité en ce qui concerne, en tout cas, ce qui peut sembler un leit-motiv de ma part : apprenons-leur les limites avant que la vie ne leur apprenne, sans précaution.


Il s’en va, tête basse. La session commence à peine et il vient d’apprendre qu’il devra doubler. La cause ? Pas grave, pourtant ! Rien qu'un oubli ! Un travail qui devait être rendu et qu’il n’a pu finir à temps. Si ce n’est pas pour le rendre, à quoi bon aller à la Fac, juste pour dire qu’on ne l’a pas … On verra ça après la bloque; je passerai au secrétariat  et on s’arrangera…
Oui mais voilà, ce n'était pas n'importe quel travail; c'était LE travail de fin d'année dans une des matières à présenter.
Et voici le redoutable enchaînement qui se met en route. Car, en même temps que le travail, il y avait la feuille de présences, celle qui seule atteste que la session se poursuit. Pas de signature égale une absence non justifiée, càd un abandon de session, donc un motif de refus en délibération, avec l'inéluctable doublement d’office….

Peut-être est-ce la première fois que cela lui arrive, peut-être a t-il toujours fait preuve d’exactitude, peut-être est-il du genre perfectionniste, peut-être est-ce le stress, peut-être .. N’empêche que la dure réalité lui tombe dessus et qu’il doit trouver en lui la force de se motiver pour ce qui reste à sauver, obtenir les quelques dispenses qui le suivront l’année suivante.

Mais peut-être aussi n’en est-il pas à son coup d’essai. Imaginons son histoire, peut-être réelle, telle que de nombreux jeunes d'aujourd'hui pourraient eux aussi la connaître.

Poli, pas dérangeant, sans doute a t-il su faire passer d’un sourire ses oublis,  ses retards, sa flemme. Des parents aimants, des profs. compréhensifs, qui « voulaient lui donner encore une chance » lui ont permis d’effectuer un parcours d’enfant et d’adolescent sans trop de souci. Il en a retenu une chose : il y a toujours moyen d’éviter les ennuis, d’échapper aux conséquences désagréables de ses actes…
Mais voilà, la vie n’est pas toujours gentille, papa-maman ne peuvent pas servir d’éternels boucliers, un regard contrit n'accorde pas tous les pardons.
Il vient de l’apprendre. Méchamment. D’autant plus méchamment qu’il est bien tard pour faire cette découverte. 
Il aurait mieux valu rester le ventre creux une journée au lieu de voir maman débouler à la récré avec la boite à tartines pour la 5e fois oubliée. Ah ! si la prof. lui avait mis un zéro pour son élocution inachevée, au lieu de lui accorder une semaine de rab. Et s’il avait fait ses 2 heures de colle pour absence non justifiée plutôt que d’amener le mot de papa sur sa prétendue gastro. Et même, n’était-il pas préférable de perdre quelques jours de vacances pour récupérer ses lacunes en néerlandais au lieu de bénéficier, une fois de plus, de l’indulgence du jury ?
Il n’a rencontré sur sa route que des adultes attentionnés qui ont cru l’aider en palliant ses faiblesses et aujourd’hui il paie cash.
Oh ! si ça tombe, maman demandera au médecin de famille de faire un certificat de maladie antidaté et même si personne n’est dupe, le secrétariat sera peut-être obligé de l’accepter.
Il sera sauvé, une fois de plus.
Pour combien de temps … ? Jusqu’au moment où son premier employeur le renverra parce qu’il sera encore arrivé en retard ? Où le Forem lui supprimera ses allocations de chômage parce qu’il ne se sera pas rendu à l’entretien ?  Où un petit verre de trop et une vitesse excessive dans un tournant peu complaisant l’enverront s’écraser sur un poteau … ?
Il s’en va, la tête basse ; on est navré de ce qui lui arrive mais on prie pour que personne n’intervienne, pour qu’il comprenne et en tire les leçons ... avant que d'autres ne se chargent bien plus cruellement de les lui apprendre.
 

Et puisque ce récit date de deux ans, je peux, hélas en donner l'issue en ce qui nous concerne. Après un second essai, pas beaucoup mieux géré, l'étudiant a abandonné et disparu de notre horizon.  

Peut-on être trop bon ?

Hier, 2de Sess  pour mes deux examens et j'ajoute un volume au florilège de la note précédente
- examen annoncé à livre ouvert, comme en juin: sur 16 présents, deux étudiants ont oublié leurs affaires à la maison. et, puisque c'était à livre ouvert, n'ont pas étudié..
Lecture rapide des questions, air désolé et  "aurevoir Madame"...  une année perdue !

- Le travail valant examen doit être rendu entre 9h et 10h. 10h1/4, je suis - heureusement - toujours dans le bâtiment.
Deux étudiantes arrivent grand sourire: "on s'excuse, il y avait beaucoup de monde chez le photocopieur. On peut signer ?  - Photocopieur,  ce matin ? Pourquoi ? - Euh..." Rires gênés...
10h30: "Madame, mon train avait du retard"  . No comment, je prends quand même ...
Légalement, je devrais refuser les travaux rendus en dehors des délais.

- "Madame, je n'ai pas la page de garde, je n'ai pas eu le temps d'aller chez le photocopieur (toujours lui!) c'est grave ?  - Tu sais que c'est là que se trouvaient les critères de correction ? - Oui - Et donc tu ne savais pas, en faisant ton travail, ce que tu devais y mettre ?  - Euh ... " Rire gêné ( 5 sur 35 étaient dans le cas).

- Toujours le travail. Consignes : 5 pages agrafées - sans aucun emballage, je suis attentive aux coûts - Times Roman 12, interligne normal. Malgré ces précisions issues de mes expériences précédentes, je découvre un magnifique classeur/clip (au moins 3 euros) contenant une page de titre, une de bibliographie, une de photos et 4 paragraphes triple espace Comic sans MS 14 esthétiquement disposés sur les deux pages restantes. Cote : Très Insuffisant.
"Ohhh  ! Qu'est-ce que je dois faire pour améliorer mes points ? "

- "Ton travail ne répond pas aux consignes, comment veux-tu que je donne une cote satisfaisante ? - Je sais bien, mais j'avais envie de parler de ça "

- Ah, tiens, la copie de celle qui ne voulait pas faire les 40kms pour connaître les raisons de son échec. Ca donne quoi?   Exactement la même erreur qu'en juin !  

- Un brave sérieux me remet sa feuille. Il sort et rentre 30 secondes plus tard, m'interpelle, effrayé (manifestement il a échangé quelques mots avec ceux qui sont déjà sortis): Madame, la 2e question, on développait une citation ? - Non on comparait les trois - Mais il était mis "choisir". Nous relisons ensemble le questionnaire, évidemment pas de "choisir" - je peux vite rajouter quelque chose ? Je regarde ma montre, il reste 1/4 d'h. - Allez oui, vas-y vite.

Peut-on être trop bon ? Que faut-il faire pour bien faire ?
Sujet de conversation récurrent à la maison et qui, la plupart du temps, ne trouve pas de réponse satisfaisante.
Les deux étudiantes parties en riant sont des doublantes, 4e session pour moi. J'ai accepté leurs travaux; elles retiendront donc que ce n'est pas grave d'être en retard. Jusqu'à ce que ... 
Alors, il fallait refuser !
Oui, mais prendre la décision d'arrêter peut-être définitivement un projet d'études - car doublantes, elles n'ont pas automatiquement droit à tripler - pour 1/4 d'h de retard, n'est-ce pas sanctionner lourdement une légère négligence ?

Et le gentil bûcheur distrait ? Il faut lui donner une nouvelle chance !
Oui, mais on sait que, dans la vie, la distraction peut coûter cher. Quand apprendra t-il à se concentrer ? 

Et celle qui "avait envie" de ça et pas de ça ?
Elle fait partie d'une tranche d'échecs assez fréquents. Formés à 12 ans de coutume scolaire, les étudiants ont appris à classer les épreuves en deux tas : "ce que le prof veut qu'on étudie par coeur et qu'on régurgite en temps et heure donné" et puis "les travaux personnels" où on choisit ce qu'on veut, ce qu'on aime (ou, ce qu'on trouve de mieux sur Internet) .
Difficile donc de les faire entrer dans une logique nouvelle, qui les oblige à changer de regard, à se décentrer, à observer des consignes strictes à appliquer dans un cadre précis - la créativité a besoin de contraintes - , à renoncer à me parler de leurs sujets favoris: la pédophilie, la délinquance, les femmes battues, la violence chez les jeunes, la drogue, le port du voile, ... sujets-bateaux de Delarue, enfants naturels de l'actualité et des secret stories.
L'objectif pour eux: retomber sur leurs pattes, en domaine connu.
Mon objectif : leur ouvrir des horizons, les inciter à se lancer et à tester leurs possibles... 

Et pendant que je philosophe, le Standard tient bon face aux terribles boys of Liverpool ;-)) 

 

 

 

24.08.2008

Les échecs dans le Supérieur, la faute à qui ?

Contexte : Lundi dernier, l'émission "Matin Première" sur la Rtbf accueillait Michel Bosquet, qui organise des cours préparatoires à la rentrée du Sup dans son université. A cette occasion, il était possible de laisser un post sur le blog de la rédaction, ce que j'ai fait. Mon texte répondait d'une certaine façon à un autre post, qui accusait la pédagogie surranée et l'impossibilité du Supérieur à s'adapter. Bref, la totalité de la faute se trouvait dans les enseignants et l'Institution, explication simpliste qui m'a un peu énervée. J'ai voulu, à partir d'exemples très concrets issus de mon expérience, montrer que c'est plus compliqué que cela. Voici donc le post que j'avais écrit

Le droit à la réussite a un corollaire, qui est le devoir d'apprendre, ou encore plus simplement d'être présent.
Prof. dans le Supérieur depuis 20 ans, je change chaque année mon approche, actualise mon cours, multiplie les outils (syllabus/CD/site internet..) encourage la participation et l'interactivité, répond aux mails (y compris en juillet et août) ... et pourtant !
Voulez-vous un florilège non exhaustif ?
- en suivi d'une journée de consultation des copies de 1ère sess et rencontre avec les profs pour préparer la 2de: " j'habite à M.(40kms), je ne vais quand même pas venir juste pour regarder ma feuille !"
- même contexte "Je ne sais pas venir, je retourne au pays les deux mois et je pars demain, alors ... - tu prends de quoi étudier ? Oh non, c'est pour la famille que j'y vais"
- lu sur le forum des étudiants de ma HE :"trop pourrie pour chercher moi-même, personne n'a l'horaire des exams' ?"
- sur le même forum "qqun a idée de la matière des 2des sess ? "
- toujours sur le même forum " personne n'a son travail du cours de X, pour faire le mien ? " . Et effectivement, lors des corrections, je retrouve régulièrement des intégrales des années précédentes, y compris la page de garde où on a changé le nom mais oublié d'actualiser la mention "année académique 200..."
- mail reçu pendant les vacances :" je me suis trompé d'examen et je ne sais plus lequel je dois refaire, vous pouvez me dire ? "
- lecture des fiches d'inscription: 3ème fois 1er bac, après avoir échoué en Droit puis en Psycho. Orientation dans le secondaire ? Qualification travaux de bureaux ...
- idem après 1ère médecine doublée; secondaire en qualification aspirandat-nursing...
- discussion récente avec une coordinatrice de 6e enseignement général, bonne école du réseau libre : nous essayons de trouver des pistes pour une meilleure orientation des élèves. Je lui propose de lui fournir des syllabus et des questions d'examens pour que les élèves voient le niveau de difficulté. Inutile, me répond-elle. J'ai deux élèves de rhéto, en échecs en sciences, qui veulent faire vétérinaires. J'ai expliqué qu'elles allaient dans le mur. Pas grave, me disent-elles. L'important, c'est d'ETRE dans le supérieur, le dire aux autres, pas d'y aller ni de réussir".
- présence au 1er cours de collègues en septembre: 180/250 (1er -> pas d'idée sur intérêt, pédagogie, sympathie ou antipathie des profs )
- la moyenne de présences est de 50% pour les grands auditoires, mais on tombe à 30% pour très peu de choses: lendemains de veille, travaux à rendre, levers tardifs, ..
- Les études coûtent cher mais en mai, à la bibliothèque où se trouvent les photocopieuses, nous vendons des dizaines de cartes ( à 4 euros pièce) et on fait la file pour remettre à jour les cours défaillants pour panne d'oreillers ou manque de motivation. J'y découvre avec étonnement des visages totalement inconnus
- lu dans une évaluation (anonyme) de mon cours : "c'est très intéressant, vous expliquez bien, l'ambiance est bonne; mais le lundi matin à 8h30 !!!!!! trop difficile de se lever chaque fois".
- D'après une enquête faite cette année, plus de 75% ont un job - gros bouffeur de temps - mais il n'est pas alimentaire, c'est pour avoir de l'argent de poche ou s'offrir des belles vacances, expliquent-ils.
- dans une autre évaluation: "on ne prend pas les présences, alors..." . Mais quand on prend les présences, ceux qui décrochent mais sont là pour les allocations familiales, envoyent des SMS, regardent un film sur leur GSM, écoutent leur IPod ou papotent très cool.
- En moyenne 60% des premiers travaux sont rendus le jour dit, jusqu'à ce que les étudiants réalisent qu'ils perdent des points. "Oh !Pourquoi ? Avant (dans le secondaire) c'était pas grave d'être en retard... "
Cause la plus fréquente ? "mon imprimante était en panne - ou - ma clé USB, mon CD n'était pas reconnu - ou - mon ordi s'est planté".
Quand as-tu vu ça ?
"Hier soir" (au mieux), mais généralement "ce matin" .

Je pourrais écrire des pages entières, ceci n'est qu'un résumé de cette dernière année.
Comme on le voit, les causes d'échecs sont très diverses: mauvaise orientation, pression de la société pour poursuivre à tout prix des études, méconnaissance de la "culture" du supérieur, difficulté à gérer son autonomie, absence des pré-requis intellectuels (capacité à lire un certain nombre de pages en suivant et à rédiger un texte en français correct notamment), déresponsabilisation, ...
Je n'oublie pas les pédagogies inadaptées ou les relations difficiles profs/étudiants.
Mais dans les HE, de gros efforts sont faits dans ce sens, parce que nous devons gérer une hétérogénéité croissante: dans mon auditoire, l'éventail va de latin/maths fortes à professionnelles horticulture, de fils de prof. d'Univ à famille émargeant au CPAS ou de toute jeune maman isolée. Il est donc indispensable de travailler avec celles et ceux que nous avons devant nous. Encore faut-il qu'ils soient devant nous...
Enfin, l'UE encourage la généralisation du système des crédits, avec possibilité de passer dans l'année supérieure en traînant un certain nombre de "valises" d'examens à représenter. Formidable piège - puisqu'on peut se dire "je passe" tout en ayant, en partie, échoué - il nécessite encore plus de stratégie, de connaissance du système, d'évaluation de ses propres capacités. Aide réelle pour l'étudiant motivé, courageux, organisé, soutenu ou éclairé par une famille attentive, mais un peu faible ou lent, qui arrivera à planifier et répartir ainsi ses efforts, il encourage au contraire l'étudiant peu motivé, issu d'un milieu peu au courant du système, et peu mature, à reporter sans cesse ses efforts et à croire qu'il n'y a plus d'obstacle réel.
Jusqu'à ce que ...

 

22.08.2008

7 crashs annuels en Belgique

Quoi ? Vous n'étiez pas au courant ?
Et bien oui, chaque année plus de 1000 personnes meurent en Belgique dans des accidents d'a... utos .
Ah  ! Vous aviez compris "a...vions" ?

Vous savez, mort pour mort, c'est la même chose.
Non ?
Pourquoi ?   Parce qu'ils ne sont pas très tristes, les parents qui perdent leur fille de 20 ans, une nuit de WE, retour de discothèque ?  Parce que vous trouvez que c'est moins pénible que pour ce père canarien, dont le grand garçon était dans l'avion de MA-LPA et a cessé de vivre le jour de son 23e anniversaire ?
Faut qu'on m'explique.

Mais enfin, les accidents de voiture, c'est normal: on roule un peu trop vite, on a bu un petit coup, fumé un coin de moquette. On est fatigués, stressés, les freins sont mal réglés, les pneus sous-gonflés, y a des nids de poule, l'éclairage public est en panne. On veut faire le malin avec son nouveau permis, rattraper le copain, qui trimbale deux jolies filles. Et un feu rouge, c'est un vert qui vient de changer ou qui va changer... 

Bref, y a mille raison de se crasher en bagnole !
Tout le monde sait ça, d'ailleurs tout le monde prend le risque, un peu, beaucoup...
Et puis, ce n'est qu'un ou deux morts à la fois.
Ah, quand les victimes sont plusieurs, ou dans un autocar (surtout scolaire), ou que tout le ring est bloqué pendant des heures, alors oui, c'est grave !
Mais autrement: 3 lignes dans la colonne de gauche, le lundi matin. La routine quoi !

Pas comme un avion !
Là, c'est PAS NORMAL DU TOUT !
Les pilotes, ils doivent être triés sur le volet, raisonnables, l'ego insensible à la compétition, respectueux à la lettre des règlements, avec un très très très haut sens des responsabilités.
Les techniciens doivent être scrupuleux, maniaques du détail, toujours en forme, l'oeil aux aguets, jamais un peu dans le gaz, ni légèrement éméchés.
Les gestionnaires des compagnies doivent être des altruistes, soucieux d'abord des intérêts des passagers, pas de leur portefeuille ni de leurs actionnaires, évidemment.
Et pas de frais inutiles, parce que low cost, ça veut dire "bas prix" ! Et si vous augmentez, je change de ligne. Non mais ! 

D'ailleurs, ma femme est de mon avis, demandez-lui: voici mon GSM.
Quoi, on décolle ? Et alors ?*

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Arrêtons l'humour noir. Sans doute ces 1067 tués sur nos routes en 2007 sont-ils le tribut à payer à la déesse Automobile, à ses filles Liberté et Egalité, pour que chacun, avec un minimum de bagage intellectuel, un zeste de réflexe et quelques grammes de bon sens puisse conduire un engin de près d'une tonne à une vitesse assez impressionnante, par tous les temps, à toutes heures, pour toutes raisons et en n'importe quelle compagnie. 

Mais alors il faut peut-être se dire que, si l'on veut que de plus en plus de monde puisse voyager en avion, à des prix très bas, à des cadences rapides, au départ d'une multitude d'aéroports, il faudra payer aussi un tribut: des appareils plus modernes et donc plus fiables (comme nos voitures) mais moins entretenus ou conduits par des pilotes moins expérimentés, accompagnés de personnel de cabine moins formé à la gestion du stress et aux "réflexes qui sauvent", et surtout avec des passagers de moins en moins obéissants, moins respectueux des personnes et des règles (cfr mon post sur les enfants en avion).

Combien de crashs annuels accepterons-nous pour jouir, tous ou presque, de cette nouvelle liberté ? 

 

 * A l'usage de ceux qui, comme moi, se demandent si c'est vraiment dangereux, en voyant leur voisin envoyer un SMS pendant le vol ou prévenir d'un retard pendant l'atterrissage, je copie/colle le témoignage d'un membre du personnel navigant "je confirme que les portables allumés en vol provoquent des grésillements dans les casques des pilotes qui (je le rappelle ) doivent parfaitement bien entendre les ordres de la tour de controle. Et en tant que navigant je trouve dommage de devoir encore faire la guerre aux passagers pour qu'ils éteignent leur téléphone "
A la TV, on a parlé d'une passagère qui avait appelé pendant le décollage pour dire que l'avion faisait un 2d essai.**
Vous imaginez : Madrid, mercredi, 15h40, un moteur qui perd de la puissance, une commande qui ne répond pas, l'instant V1 bientôt dépassé et, brusquement, un grésillement dans le casque du commandant, qui a une fraction de seconde pour décider... 

 

** et pour ceux qui connaissent bien l'anglais, de quoi se donner froid dans le dos et se disputer avec son voisin de siège

http://www.airliners.net/aviation-forums/general_aviation/read.main/3194913/ 

19.08.2008

Un kot qui fait des miracles ?

Depuis que j'ai aménagé un kot, 7 étudiants s'y sont succédé. 6 ont obtenu leur diplôme sans jamais redoubler. 5 ont réussi chaque fois en 1ère session. Un seul sur les 7 a échoué; en fait, il a abandonné au milieu de la 1ère année.
Quand on connaît les statistiques, ces chiffres sont totalement hors normes.
D'ordinaire, 35% de réussite en 1ère année, c'est déjà très bien, en 1ère sess, on dépasse rarement les 20% et effectuer tout le parcours sans trébucher, cela ne concerne qu'une très faible proportion des candidats diplômés. Alors 6/7 , ça tient du miracle !

Sans doute, me direz-vous, effectuons-nous un tri sévère parmi nos futurs locataires !
Pas du tout, on accepte le premier qui se présente. Tant leur origine géographique que leur milieu socio-culturel sont très divers. Famille classique, recomposée, parent isolé, indépendants aisés, petits employés, retraités à faibles revenus, tradition universitaire ou premier essai, j'ai connu de tout. Et si l'une fut une tête de classe régulière, d'autres bataillaient durement pour obtenir la moyenne. 

Mais alors ?
Alors, c'est le kot !
Installé au 1er étage d'un garage situé dans le fond d'un assez grand jardin de ville, on y jouit d'une parfaite tranquillité, à l'écart des  bruits de la rue et des tentations du centre. Il est toutefois à portée de tout, à pieds ou en transports en commun.
Petit, il ne permet pas de s'y installer durablement à deux. Entouré d'arbres de haute taille, il donne une impression d'un environnement un peu sauvage; on y entend les oiseaux picorer dans les gouttières, les branches qui frôlent les ardoises, le vent qui fait grincer les vieux troncs. Bruits anodins mais rarement remarqués en ville.
Quand on revient la nuit tombée, il faut se diriger dans le faisceau de lumière de la lampe à détecteur de mouvement mais, de part et d'autre, l'ombre règne et on peut déranger un chat solitaire planqué à l'abri discret du cyprès. 

Ainsi donc, l'étudiant qui choisit ce kot et qui s'y plait - et tous, sauf le fameux 7e, y ont trouvé leur bonheur - possède en fait quelques caractéristiques essentielles pour réussir dans le Supérieur : son premier objectif est d'étudier, pas d'héberger des copains, former un couple ou s'initier à la guindaille.  Il gère la solitude sans problème; l'autonomie aussi. D'ailleurs, celle qui est partie après quelques mois, avait le cafard dans ce joli coin trop silencieux et trop isolé pour elle.
Si, en aucune façon je n'exerce de contrôle, le kotteur sait que je suis moi-même dans l'enseignement supérieur et ne craint pas d'être "sous le regard" d'un prof. De fait, mes locataires ont un accès au jardin, s'y installent pour la bloque quand il y a du soleil, font un petit BBQ pour un anniversaire ou un souper spaghetti chaque fois que l'idée leur en vient. S'ils amènent souvent des copains, c'est manifestement pour préparer des travaux, chercher ensemble...
Mais il est vrai qu'ils ne rentreront pas à 3h du matin, en compagnie bruyante et fortement imbibée, comme cela pourrait se faire dans une maison d'étudiants. Non que je my oppose mais ils ne semblent pas souhaiter ce genre d'activités. Du moins durant la semaine. Car ils leur arrivent de me raconter des vendredis soirs assez "mouvementés" quand ils retournent dans leur coin.

Bref, ce sont des jeunes "sérieux". Dit comme cela, ça vous a un air ringard. Peut-être  pensez-vous que je vérifie s'ils vont à la messe le dimanche ou si le jeune homme qui reste parfois loger avec la demoiselle est son fiancé officiel.
Vous n'y êtes pas. Ils sortent, vont boire un verre, s'offrent une toile, rentrent parfois tard le soir. Mais ils se lèvent à temps et souvent, alors que je déjeune tranquillement, je les vois se hâter, classeurs sous le bras, lavés de près ; manifestement ils ne viennent pas de tomber du lit. 

Mais il est exact que, de mon expérience de prof cette fois, s'ils ne sont "que" des étudiants qui ont décidé de bien faire leur métier d'étudiants, ils représentent une espèce de plus en plus rare. Ils confirment aussi que, dans les facteurs de réussite, la personnalité joue un rôle essentiel, bien supérieur aux options choisies dans le secondaire. Ils savent ce qu'ils veulent et ils ont choisi les moyens adéquats pour y arriver, quitte à renoncer à d'autres plaisirs.

15.08.2008

J.O.

Je regarde la télé, spécialement la participation féminine: toutes allures, toutes couleurs, toutes origines.
Elles sont là, mes soeurs. Investies, engagées, battantes, mentons relevés, machoires serrées, regards sévères ou rêveurs, elles en veulent: se fixer un but, se battre pour, se prouver à elles-mêmes,  à autrui, participer, gagner...
Etre fières d'avoir osé, d'avoir réussi, d'avoir porté haut leurs espoirs, fait fructifier leurs talents, démontré au monde leur valeur.

Est-ce que VRAIMENT Allah interdit à celles qui croient en lui d'être là, seulement pour des questions de costumes ?

Est-ce que VRAIMENT, lorsqu'elles ont pu s'affranchir des traditions et cesser de n'être que des filles, des épouses ou des mères, elles ne peuvent exister que par leur intellect ?

Est-ce que VRAIMENT jamais, elles n'ont le droit de montrer qu'elles sont aussi un corps, élégant, endurant, séduisant, performant ?  

Ou alors, tout cela n'est-il qu'une histoire d'hommes, d'êtres humains ou bêtement, de mecs, jaloux, égocentriques, qui ont réussi à leur faire croire, à nous faire croire que là se jouait leur salut ?

14.08.2008

Surréaliste

Reçu ce matin

Tous les certificats médicaux doivent être désormais exclusivement adressés à cet organisme de contrôle "ENCARE ABSENTEISME ASBL - Kunstlaan, 20 3500 HASSELT "

Ainsi donc la Communauté française a décidé de changer de société pour contrôler ces agents et, méfiante, ne s'est pas adressée à un organisme situé en Région Wallonne - on sait que les Wallons sont par définition tire-au-flanc - mais s'est tournée vers la Flandre qui gagne, celle des courageux et donc riches bosseurs.

Ainsi donc les travailleurs de la CF enverront leurs documents à Hasselt.
Mais alors, toute une série de questions existentielles se posent: en quelle langue seront-ils rédigés ? La Communauté flamande permet-elle la manipulation de documents en français sur son sol par des agents flamands ? Un administratif flamand peut-il rédiger des adresses en français ? Peut-il répondre au téléphone en français ? Et si les documents sont en français, dans quel français : celui des dépliants publicitaires ou des modes d'emploi de firmes flamandes, càd un bouliboulga approximatif  ? Si je suis convoquée, je devrai m'exprimer en quelle langue ? Puis-je choisir un médecin francophone et si oui, suis-je sure que ses explications (et surtout sa délicate petite écriture) seront compréhensibles par les contrôleurs Limbourgeois ? 

Vous allez me dire que je mets du communautaire dans tout, que je verse de l'huile sur le feu de nos relations trans-frontières linguistiques, que je m'oppose aux nouvelles règles de la bonne gouvernance.
Sans doute tout simplement, ne s'est-il trouvé aucun organisme en Wallonie-Bruxelles, qui répondait aux critères d'excellence exigés par le cahier des charges.
Ou alors c'était la seule façon pour la CF d'éviter l'accusation de favoritisme rouge style carolo.

Interpellant, je trouve

13.08.2008

Bien raisonné, hélas !

Saint Pierre accueille au paradis 3 vacanciers qui se sont noyés
- Que s'est-il passé, les amis ?
- ben le drapeau rouge était mis, alors normalement on ne pouvait pas aller nager mais c'est justement quand il y a des grosses vagues, que c'est gai. D'ailleurs, on était plusieurs dans l'eau .
- Et puis moi, j'aime pas obéir;  quand j'étais petit,  je ne voulais jamais laisser papa attacher ma ceinture et lui alors il n'insistait pas et je ne devais pas la mettre.
- et ensuite ?
- une vague nous a emportés où on n'avait plus pied, on a commencé à boire la tasse, on était fatigués et on n'arrivait pas à revenir vers la plage. On a vu l'hélico qui tournait mais je n'ai pas tenu le coup, j'étais épuisé et j'ai coulé.

C'est bon, dit saint Pierre, allez salle n° 3 avec ceux qui ont skié hors piste et ont déclenché une avalanche. Vous aurez un petit tabouret où vous y resterez quelques milliers d'années à contempler, par une petite fenêtre, un coin de paradis; c'est là que se trouvent les sauveteurs d'un hélico qui s'est crashé en frôlant les vagues ...* 

Oui, je sais, ça fait très "petite histoire du cours de morale en primaires, il y a 40 ans" mais J'évoquais hier le fait que la vie peut être très méchante lorsqu'elle veut donner une leçon aux désobéissants. Je ne pensais pas que l'actualité me donnerait si rapidement raison. Puisque au JT de France2, la présentatrice a expliqué que, sur plusieurs plages où le drapeau rouge ou orange était mis, des nageurs avaient quand même voulu aller se baigner. 12 personnes ont nécessité la mise en place de secours urgents et importants. 9 ont été sauvées. 3 sont mortes noyées.

Tout simple pourtant : drapeau rouge = danger = interdiction de se baigner.
Ah pourquoi ? Faut obéir ? Et depuis quand ... ?

 

* Ce texte est aussi une pensée-souvenir pour mon ancienne compagne d'Univ. Monique, qui se noya pendant les vacances il y a une quinzaine d'années en essayant de sauver un imprudent. Gra^ce à elle, il s'en sortit mais elle, mère de famille nombreuse, y laissa la vie.

12.08.2008

Société ENA ? Pas que ça !

La semaine dernière, la Libre attirait notre attention sur diverses mesures ou demandes concernant la cohabitation des générations: l'installation d'une crèche dans un immeuble d'habitation qui provoque une opposition des occupants, les tours operators qui proposent des voyages garantis sans gamins ou encore les architectes qui créent des ensembles résidentiels dans lesquels la tranquillité des seniors impose de règlementer même la visite des petits-enfants.

Il est évident qu'une société d'aujourd'hui*, c'est le rassemblement de gens d'origines, de cultures, d'habitudes, d'âges différents, et que les lois sont là pour que tout se passe sans gros heurts. C'est possible si l'on se met d'accord sur un minimum de règles communes et si chacun fait aussi preuve d'un peu de bonne volonté.

Pourtant, pour avoir vécu plusieurs voyages en avion tenant plus du cauchemar que du dépaysement, je comprends qu'il existe des vols "sans enfants". Le microcosme que constitue une carlingue force, en effet, à une promiscuité totale dans un espace réduit. Par ailleurs, pour que la sécurité soit assurée, des obligations nous sont imposées auxquelles il n'est, normalement, pas possible d'échapper. Or nous avons affaire à l'arrivée de générations peu habituées aux frustrations et "aux obligations auxquelles il n'est pas possible d'échapper", ce qui peut donner lieu à de véritables collisions frontales.

Ainsi attacher sa ceinture est un geste machinal avant le décollage; encore plus si vous le faites dans votre propre auto, avant de démarrer, après avoir vérifié si les petits sont bien coïncés à l'arrière dans leur siège spécial, dûment harnachés.
Mais pour certains parents, asseoir leurs gamins et les faire tenir tranquilles le temps de leur boucler la ceinture, au moment où cela est demandé et aussi longtemps que l'ordre inverse n'est pas communiqué, est manifestement une première !

J'ai donc eu la chance d'assister à plusieurs reprises à des négociations serrées entre l'hôtesse, papa/maman et une ou un petit tyran qui refusait obstinément de s'asseoir ou de rester attaché. Bonbons, menaces, ton apaisant ou sévère, promesses variées, rien n'y faisait. J'ai parfois vu le coup où on reporterait le décollage.
Heureusement (????), soit on force la main au récalcitrant et l'envol se déroule dans des hurlements dignes d'une descente du Vertigo à Walibi; soit le visage couvert de larmes mais le sourire en coin, il se retrouve doté d'un nouveau jouet ou d'une gâterie inattendue; soit on fait semblant (on l'attache 30 secondes le temps que l'hôtesse s'éloigne et puis on défait discrètement la boucle).
Lors d'un vol vers la Sicile l'an dernier, j'ai ainsi contemplé le visage d'une épouvantable gamine de 3 ans environ, debout sur le siège devant moi pendant toute la manoeuvre. L'hôtesse, résignée après 10 minutes de tractations, est restée sagement attachée au fond de l'avion.

Une amie me racontait qu'elle avait subi tout le voyage les tiraillements d'un enfant debout sur les genoux de sa mère et qui avait décidé de jouer avec les longs cheveux qu'il apercevait devant lui. Des regards compréhensifs puis excédés, une demande explicite n'ont eu aucun résultat, à part un petit air un peu gêné, accompagné d'un "que voulez-vous, il n'obéit pas " !**

Les expériences de ce genre, hélas, se multiplient. Il reste en effet peu d'occasions dans la vie d'un enfant où une réelle contrainte s'exerce sur lui et ces moments deviennent de véritables martyrs, tant pour le petit qui se découvre brutalement "coïncé", que pour l'adulte obligé d'user de stratégies longues et parfois douloureuses pour arriver à ses fins.

On sait pourtant que la vie peut très méchamment apprendre à un jeune ce que ses parents n'ont pas pu ou voulu lui inculquer: on ne fait pas toujours ce qu'on veut et le croire peut coûter très cher. Cimetières, hôpitaux, centres de rééducation ou tout simplement échecs à répétition sont là pour nous le rappeler.

 

*  "d'aujourd'hui", car pendant longtemps, les riches n'ont pas cotoyé les pauvres, les cathos ne frayaient pas avec les sans-dieu et les artistes ne fréquentaient pas les mêmes endroits que les bourgeois coïncés.  Mais ceci mériterait un autre développement.

** j'ai habité à l'étranger quand mes enfants étaient petits; ils ont eu leur baptême de l'air avant leur premier anniversaire. Je connais donc les problèmes de mal aux oreilles, faim, soif, énervement, chaleur, fatigue, décalage horaire etc... Ce ne fut pas toujours facile ni toujours réussi, mais on y a cherché des solutions avec autant de sérieux que pour remplir les valises ou rapporter des cadeaux.  

11.08.2008

Pouvoir d'une grève et justesse d'une cause

A propos de la grève des bagagistes à Zaventem

Je suis toujours interpellée par le pouvoir de désagrément dont disposent certaines professions lorsqu'il leur arrive de faire grève. Transports en commun, poids lourds, services postaux, soins de santé... se mettent à l'arrêt et ce sont des milliers de gens qui en pâtissent.

Par contre, d'autres travailleurs subissent aussi des conditions injustes mais s'ils arrêtent de fonctionner, les répercussions sur la société seront réduites et donc la pression que cela engendrera sur les patrons sera peu efficace. 

On me dira: c'est normal, certains métiers sont plus importants que d'autres et donc quand ceux qui les exercent refusent de travailler, ils marquent aussi leur rôle crucial dans l'économie. Celui qui n'a pas de pouvoir de pression a aussi probablement un moindre rôle social.

Peut-être.

N'empêche : le fait qu'il n'y ait pas de lien entre le bien fondé d'une revendication et sa satisfaction ne me... satisfait pas. Aujourd'hui la Justesse d'une cause s'évalue surtout au nombre d'emmm... qu'elle crée.

 

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