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12.08.2008

Société ENA ? Pas que ça !

La semaine dernière, la Libre attirait notre attention sur diverses mesures ou demandes concernant la cohabitation des générations: l'installation d'une crèche dans un immeuble d'habitation qui provoque une opposition des occupants, les tours operators qui proposent des voyages garantis sans gamins ou encore les architectes qui créent des ensembles résidentiels dans lesquels la tranquillité des seniors impose de règlementer même la visite des petits-enfants.

Il est évident qu'une société d'aujourd'hui*, c'est le rassemblement de gens d'origines, de cultures, d'habitudes, d'âges différents, et que les lois sont là pour que tout se passe sans gros heurts. C'est possible si l'on se met d'accord sur un minimum de règles communes et si chacun fait aussi preuve d'un peu de bonne volonté.

Pourtant, pour avoir vécu plusieurs voyages en avion tenant plus du cauchemar que du dépaysement, je comprends qu'il existe des vols "sans enfants". Le microcosme que constitue une carlingue force, en effet, à une promiscuité totale dans un espace réduit. Par ailleurs, pour que la sécurité soit assurée, des obligations nous sont imposées auxquelles il n'est, normalement, pas possible d'échapper. Or nous avons affaire à l'arrivée de générations peu habituées aux frustrations et "aux obligations auxquelles il n'est pas possible d'échapper", ce qui peut donner lieu à de véritables collisions frontales.

Ainsi attacher sa ceinture est un geste machinal avant le décollage; encore plus si vous le faites dans votre propre auto, avant de démarrer, après avoir vérifié si les petits sont bien coïncés à l'arrière dans leur siège spécial, dûment harnachés.
Mais pour certains parents, asseoir leurs gamins et les faire tenir tranquilles le temps de leur boucler la ceinture, au moment où cela est demandé et aussi longtemps que l'ordre inverse n'est pas communiqué, est manifestement une première !

J'ai donc eu la chance d'assister à plusieurs reprises à des négociations serrées entre l'hôtesse, papa/maman et une ou un petit tyran qui refusait obstinément de s'asseoir ou de rester attaché. Bonbons, menaces, ton apaisant ou sévère, promesses variées, rien n'y faisait. J'ai parfois vu le coup où on reporterait le décollage.
Heureusement (????), soit on force la main au récalcitrant et l'envol se déroule dans des hurlements dignes d'une descente du Vertigo à Walibi; soit le visage couvert de larmes mais le sourire en coin, il se retrouve doté d'un nouveau jouet ou d'une gâterie inattendue; soit on fait semblant (on l'attache 30 secondes le temps que l'hôtesse s'éloigne et puis on défait discrètement la boucle).
Lors d'un vol vers la Sicile l'an dernier, j'ai ainsi contemplé le visage d'une épouvantable gamine de 3 ans environ, debout sur le siège devant moi pendant toute la manoeuvre. L'hôtesse, résignée après 10 minutes de tractations, est restée sagement attachée au fond de l'avion.

Une amie me racontait qu'elle avait subi tout le voyage les tiraillements d'un enfant debout sur les genoux de sa mère et qui avait décidé de jouer avec les longs cheveux qu'il apercevait devant lui. Des regards compréhensifs puis excédés, une demande explicite n'ont eu aucun résultat, à part un petit air un peu gêné, accompagné d'un "que voulez-vous, il n'obéit pas " !**

Les expériences de ce genre, hélas, se multiplient. Il reste en effet peu d'occasions dans la vie d'un enfant où une réelle contrainte s'exerce sur lui et ces moments deviennent de véritables martyrs, tant pour le petit qui se découvre brutalement "coïncé", que pour l'adulte obligé d'user de stratégies longues et parfois douloureuses pour arriver à ses fins.

On sait pourtant que la vie peut très méchamment apprendre à un jeune ce que ses parents n'ont pas pu ou voulu lui inculquer: on ne fait pas toujours ce qu'on veut et le croire peut coûter très cher. Cimetières, hôpitaux, centres de rééducation ou tout simplement échecs à répétition sont là pour nous le rappeler.

 

*  "d'aujourd'hui", car pendant longtemps, les riches n'ont pas cotoyé les pauvres, les cathos ne frayaient pas avec les sans-dieu et les artistes ne fréquentaient pas les mêmes endroits que les bourgeois coïncés.  Mais ceci mériterait un autre développement.

** j'ai habité à l'étranger quand mes enfants étaient petits; ils ont eu leur baptême de l'air avant leur premier anniversaire. Je connais donc les problèmes de mal aux oreilles, faim, soif, énervement, chaleur, fatigue, décalage horaire etc... Ce ne fut pas toujours facile ni toujours réussi, mais on y a cherché des solutions avec autant de sérieux que pour remplir les valises ou rapporter des cadeaux.  

Commentaires

D’une part, je vous suis sur la nuisance que peuvent incarner ceux, petits ou grands, qui ne respectent pas un minimum de savoir vivre dans des lieux de promiscuité tels que avion, restaurant, hôtel… Je ne suis en aucun cas heurtée par le principe de vacances sans enfants, je pourrais même en être adepte. Chacun occupe ses loisirs comme il l’entend, en famille, seul ou en couple. Sachant que depuis longtemps des hôtels se spécialisent dans l’accueil des familles ou des jeunes, l’accueil exclusif d’adultes répond à une demande du même ordre.

Par contre, je ne peux que m’élever contre le rejet d’installation d’une crèche dans un immeuble. Il ne s’agit ici plus d’une période de loisir sélectif mais bien de la vie urbaine au quotidien. Celle-ci implique un partage de l’espace et une mixité qu'ont choisis tous ceux qui vivent en ville. Or, la dictature des copropriétés de personnes âgées sur certains immeubles est une véritable injure à la tolérance : on recense des jardins intérieurs interdits aux enfants (mais pas aux chiens), un ostracisme vis-à-vis des jeunes candidats acquéreurs ou locataires, des règlements horaires insensés… On assiste de fait à l’émergence des ghettos volontaires (personnes âgées, haute sécurité ou haut standing) et de luxe. Finalement, seuls ceux qui n’ont pas les moyens d’être sélectifs gardent la richesse de la mixité…

Écrit par : Aurélie | 12.08.2008

Oui bien sûr ! je fais partie d'associations qui travaillent dans l'inter-générationnel et je suis au contraire partisane de l'entraide et de la rencontre, cfr le tout beau projet du regretté abbé Gerratz à Liège, le Balloir. Donc pas de ghetto !
Vous l'avez bien compris, je ne visais que le choc entre des enfants élevés sans contraintes et.. des contraintes qui s'imposent à tous dans un espace réduit.

Écrit par : tootie | 12.08.2008

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