02.08.2008
rôle, place, identité...
Dans la découverte matinale de mon quotidien, la rubrique nécrologique affiche un patronyme qui retient mon attention. J'en ai connu autrefois des Medor*. Cette fois, il s'agit d'un certain Robert, que sa date de naissance situe dans ma génération et dont le port d'attache n'était pas très éloigné du mien.
Voyons voir qui annonce.
En tête, sa veuve.
Peut-être est-ce une de mes camarades de classe, une compagne de camp guide, une voisine d'auditoire à l'Univ, une collègue soprano de la chorale...
Si c'était Arlette qui se maria très vite, divorça rapidement pour reconvoler définitivement. Ou Bernadette qui suivit son amoureux - qu'elle n'eut pas le temps de présenter - en coopération au Guatémala et que je perdis de vue. Ou encore Brigitte, partie faire un stage en Suisse et qui n'est revenue dans la région qu'il y a quelques années mais je ne sais pas au juste où.
Ce serait dommage de ne pas me manifester si c'était elle. Ou elle, Ou elle...
Comment savoir ?
Comment "comment savoir" me direz-vous ! Il suffit de lire l'annonce puisque sa veuve y figure la première.
Et bien oui, c'est sa veuve: "Madame Robert Médor".
Point.
Voici donc une femme qui n'existe pas autrement que comme "Madame Robert Medor", qu'il est dès lors impossible de reconnaître, impossible de resituer avant son mariage ou en dehors. C'est pour moi incompréhensible
Je voudrais croire que oui, elle n'était qu'une jeune fille banale, sans histoire et sans caractère, jusqu'à sa rencontre avec Robert qui fit d'elle une vraie femme, une épouse comblée, une mère entourée. Qu'elle s'épanouit dans la chaleur de son amour, dans la douceur du foyer qu'il lui donna, qu'elle se mit vraiment à exister.
Qu'il est donc tout-à-fait inutile d'évoquer qui elle était avant lui.
Je sens pourtant quelque chose comme de la colère envers ce qui n'est peut-être que le respect d'une tradition, le signe d'une époque où seul le mariage donnait aux femmes statut, nom et existence sociale.
Mais est-ce qu'on doit encore s'y conformer en 2008 ?
Je sens aussi de la curiosité: n'était-elle vraiment que cela ? Et surtout, que sera t-elle dorénavant ?
Est-ce que "veuve de Robert Medor" sera suffisant pour donner sens à sa vie future ?
Ou deviendra t-elle enfin Arlette, Brigitte ou Bernadette, qui pouffait de rire pendant les cours de latin, avait renversé les patates dans le feu de bois et démarré trop tôt dans la fugue de Bach .
* prénom et nom ont été changés.
19:04 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
j'aime bien votre texte..
j'y reconnais des parents, des proches, même un peu moi à une certaine époque..
grâce à Dieu, à moi, à d'autres , je suis devenue plus moi, avec les années..
Écrit par : laine | 02.08.2008
On hésite à communiquer de manière si "publique" ce qu'on ressent tout en espérant retrouver quelqu'un sur la même longueur d'ondes. C'est votre cas. Merci de cette rencontre
Écrit par : tootie | 03.08.2008
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