13.07.2008
l'identité wallonne... en creux
Comme je le disais dans ma note précédente, notre histoire récente dans ses aspects communautaires est peu abordée dans les cours du Secondaire; cela ne signifie toutefois pas que rien à l'école ne structure une identité wallonne.
En effet, un accent très particulier est porté à la Démocratie. Sa définition, sa construction, ses formes, ses ennemis et sa défense. Les jeunes Wallons sont invités à des rencontres avec des témoins, des résistants, des rescapés de la Shoah; pour eux sont organisés des parcours de mémoire, des voyages sur les lieux des camps de concentration, des pièces de théâtre, des conférences, des colloques, des concours de photos ou de dissertations ... Rares sont les élèves de 6e qui n'ont pas planché plusieurs cours sur Hitler et le nazisme, volet immanquablement complété par "la montée de l'extrême-droite", dans lequel bien évidemment on retrouve le Vlaams Belang et toutes ses menaces...Ce qui, de l'aveu même de professeurs d'Histoire en Flandre n'est guère possible dans certaines communes où le VB est le premier parti.
Par ailleurs, en 5e cette fois, la plupart des professeurs, que ce soit en Sciences Humaines ou en Histoire, zooment sur la question sociale et les mouvements ouvriers, façon Germinal. Conditions de travail, combats contre l'injustice, pour le droit de grève, valeur du collectif, solidarité ... Les victoires du militantisme populaire s'opposent au libéralisme qui n'est souvent vu que sous l'angle de l'oppression économique, avec les patrons qui exploitaient dans les mines ou les filatures des gamins de 6 ans, le "Grrrand Capitalll", comme disait Marchais dans les Guignols.
On voit donc que si nos manuels et nos cours ne forment pas des petits wallons vibrants de fierté pour leur langue et leur culture, il y a quand même un formatage, plus subtil qui convainc nos ados que nous, en Wallonie, on est démocrate, citoyen et social. Tandis que les Flamands... c'est le Vlaams belang.
Vision que l'on retrouve fréquemment chez nos hommes et femmes politiques dans la crise actuelle : nous les Francophones, on se préoccupe des vrais problèmes des gens, le pouvoir d'achat, les allocations de chômage, l'immigration , .. bref de l'essentiel et pas du communautaire, comme ces séparatistes extrêmistes du Nord... (et en plus, riches).
Je ne dis évidemment pas qu'il faudrait permuter nos façons de faire ni qu'il faille diminuer les apports incontestablement positifs de l'éducation à la citoyenneté. Mais il me semble que l'on peut comprendre combien le dialogue est difficile entre adultes issus d'un parcours aussi différent qui, peut-être sans l'avoir cherché, a créé des sentiments de supériorité et des raisons de méfiance dans chacune des communautés.
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12.07.2008
Manuels d'Histoire et identités régionales
Le dossier du Vif de ce vendredi pointe les différences entre manuels d'histoire flamands et wallons. Prof d'histoire dans le Supérieur, je ne peux que souscrire à ce constat : très peu voire rien n'est fait dans le Secondaire pour sensibiliser les jeunes Wallons à nos questions communautaires. Ainsi un manuel paru dans le réseau libre au début du 21e siècle s'étendait sur mai 68 mais ne creusait ni la grande grève de 60, ni le "Wallen buiten" .
Pourquoi ? Pour avoir pris du temps à expliquer ce sujet à mes étudiants, je perçois le malaise que peut avoir un professeur d'histoire si, comme c'est le cas en partie francophone, on lui a répété que la 1ère compétence à faire acquérir était l'objectivité et l'esprit critique.
La question communautaire, même dans ses racines d'il y a 175 ans, appartient à l'actualité. Elle suppose prise de position intime, choix politiques et vote. Or l'ignorance abyssale des jeunes que l'on a devant soi a pour pendant, le pouvoir de l'information détenue par l'enseignant. Et même si les pédagogues rejettent l'image de la cire molle dans laquelle on grave, c'est bien l'impression que l'on a en voyant les mines perplexes s'éclairer soudain.
Certes ces mêmes pédagogues diront qu'il ne faut pas dispenser de l'information mais la faire découvrir à des élèves acteurs de leur apprentissage.
Mais que l'on songe aux 4000 messages sur le sujet Nord/Sud que comportait le Forum de la Libre il y a quelques jours ! Si on y ajoute l'étude universitaire sur la différence de regard entre Soir et Libre, les "opinions" et autres "cartes blanches" nuancées et dès lors bourrées d'allusion au passé, on voit qu'il n'est pas aisé de plonger une bande d'ados dans des pages de journalistes, interviews de politologues ou émissions de TV soigneusement et égalitairement choisies pour éviter tout parti pris. Encore moins de leur en faire dégager la substantifique moëlle de nos querelles linguistiques.
On se contente donc très souvent de faire "prendre conscience de la complexité de la question" là où nos voisins du Nord enfoncent des arguments, additionnent les preuves, alignent les "faits".
Je l'ai personnellement réalisé en lisant un des posts flamands paru sur le Forum; j'y ai découvert une histoire de Belgique que j'ignorais totalement, constituée d'un enchaînement de faits sélectionnés tous dans une même optique. Le tout manifestement de très bonne foi.
Cela me faisait penser au préambule de la déclaration d'Indépendance américaine : Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.
Telle a été la patience de ces colonies et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement."
Pourtant, si l'on veut maintenir chez nos jeunes ne fut-ce qu'un atome d'intérêt pour la politique, ce qui, convenons-en, n'est pas facile actuellement, il faut bien donner quelques clés autres que "il y a 3 communautés et 3 régions" ou "comment allons-nous obtenir un permis de bâtir ? " Il faut prendre le temps d'analyser d'abord ses propres réactions, ensuite de rassembler un maximum d'éléments,de les exposer avec le plus de rigueur possible et éventuellement, parce que les profs sont aussi des êtres humains, d'oser dire pourquoi personnellement on se situe là ou là, face à ces enjeux.
Le plus beau compliment, je l'ai reçu d'une de mes étudiantes habitant au Limbourg qui, à l'issue d'un cours spécial "Flamands/Wallons" donné à l'automne 2007 est venue me trouver et m'a dit " je ne pensais pas qu'une Wallonne pouvait aussi bien comprendre ce que ressentent les Flamands; ce n'est pas comme ça qu'on vous présente chez nous"
10:44 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.07.2008
les "reçus recalés"
On a choisi cette expression surréaliste pour signaler ce que nos voisins d'Outre-Quiévrain appellerait simplement "les candidats malchanceux au concours de .. "
Car il s'agit bien de cela et rien que de cela: ce que l'on appelait autrefois un examen, où il suffit d'obtenir la moyenne, est devenu un concours, c'est à dire une épreuve où seuls un nombre défini de postulants en lien avec un nombre tout aussi défini de postes obtiendront la réussite.
Oui mais voilà: si la France a une longue tradition des concours, la Belgique ne l'a quasi jamais pratiqué dans les cursus académiques.
Il contient une forte connotation élitiste que notre pays, farouchement égalitariste voire coupeur de têtes qui dépassent, a toujours rejeté. Cet élitisme semble se confirmer puisque le niveau des recalés augmente, ce qui signifie soit que les étudiants travaillent de plus en plus, - ce dont on devrait se réjouir - soit que le concours attire des grosses têtes, pour ce côté élitiste justement. C'est l'hypothèse qu'émettait un des recteurs de nos universités.
La grosse tête est-elle synonyme d'excellent médecin ? Pas sûr.
Pas opposé non plus, d'ailleurs. Mais c'est effectivement dommage que cela devienne LE critère premier.
Pour ce qui se passe actuellement, c'est-à-dire l'émotion subite qui empoigne nos dirigeants au point de vouloir faire réussir tout le monde, j'avoue que cela me perturbe. Parce que cela tendrait à faire croire que nos élus ne pèsent pas les conséquences de leurs décisions. Ensuite parce que les règles du jeu étaient connues des jeunes qui se sont engagés et donc parler de scandale, d'injustice n'a pas vraiment de sens.
C'est triste, râlant, démotivant, désespérant même, mais pas injuste. Hélas, la vie ce n'est pas "l'école des fans", même quand on a 10, tout le monde ne gagne pas.
Mais bon, si un de mes enfants était concerné, je parlerais autrement, je suppose ...
Ceci dit, la seule vraie question est de savoir si le numerus clausus est (encore) nécessaire, s'il doit éventuellement être revu à la hausse ou s'il s'agit d'une mauvaise mesure pour répondre à un gros souci: l'équilibre de la Sécu.
Pour donner un avis la-dessus, j'attends l'avis argumenté des experts !!
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