Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

12.07.2008

Manuels d'Histoire et identités régionales

Le dossier du Vif de ce vendredi pointe les différences entre manuels d'histoire flamands et wallons. Prof d'histoire dans le Supérieur, je ne peux que souscrire à ce constat : très peu voire rien n'est fait dans le Secondaire pour sensibiliser les jeunes Wallons à nos questions communautaires. Ainsi un manuel paru dans le réseau libre au début du 21e siècle s'étendait sur mai 68 mais ne creusait ni la grande grève de 60, ni le "Wallen buiten" .

Pourquoi ? Pour avoir pris du temps à expliquer ce sujet à mes étudiants, je perçois le malaise que peut avoir un professeur d'histoire si, comme c'est le cas en partie francophone, on lui a répété que la 1ère compétence à faire acquérir était l'objectivité et l'esprit critique.

La question communautaire, même dans ses racines d'il y a 175 ans, appartient à l'actualité. Elle suppose prise de position intime, choix politiques et vote. Or l'ignorance abyssale des jeunes que l'on a devant soi a pour pendant, le pouvoir de l'information détenue par l'enseignant. Et même si les pédagogues rejettent l'image de la cire molle dans laquelle on grave, c'est bien l'impression que l'on a en voyant les mines perplexes s'éclairer soudain.

Certes ces mêmes pédagogues diront qu'il ne faut pas dispenser de l'information mais la faire découvrir à des élèves acteurs de leur apprentissage.
Mais que l'on songe aux 4000 messages sur le sujet Nord/Sud que comportait le Forum de la Libre il y a quelques jours ! Si on y ajoute l'étude universitaire sur la différence de regard entre Soir et Libre, les "opinions" et autres "cartes blanches" nuancées et dès lors bourrées d'allusion au passé, on voit qu'il n'est pas aisé de plonger une bande d'ados dans des pages de journalistes, interviews de politologues ou émissions de TV soigneusement et égalitairement choisies pour éviter tout parti pris. Encore moins de leur en faire dégager la substantifique moëlle de nos querelles linguistiques.

On se contente donc très souvent de faire "prendre conscience de la complexité de la question" là où nos voisins du Nord enfoncent des arguments, additionnent les preuves, alignent les "faits".
Je l'ai personnellement réalisé en lisant un des posts flamands paru sur le Forum; j'y ai découvert une histoire de Belgique que j'ignorais totalement, constituée d'un enchaînement de faits sélectionnés tous dans une même optique. Le tout manifestement de très bonne foi.
Cela me faisait penser au préambule de la déclaration d'Indépendance américaine : Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.
Telle a été la patience de ces colonies et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement."

Pourtant, si l'on veut maintenir chez nos jeunes ne fut-ce qu'un atome d'intérêt pour la politique, ce qui, convenons-en, n'est pas facile actuellement, il faut bien donner quelques clés autres que "il y a 3 communautés et 3 régions" ou "comment allons-nous obtenir un permis de bâtir ? " Il faut prendre le temps d'analyser d'abord ses propres réactions, ensuite de rassembler un maximum d'éléments,de les exposer avec le plus de rigueur possible et éventuellement, parce que les profs sont aussi des êtres humains, d'oser dire pourquoi personnellement on se situe là ou là, face à ces enjeux.

Le plus beau compliment, je l'ai reçu d'une de mes étudiantes habitant au Limbourg qui, à l'issue d'un cours spécial "Flamands/Wallons" donné à l'automne 2007 est venue me trouver et m'a dit " je ne pensais pas qu'une Wallonne pouvait aussi bien comprendre ce que ressentent les Flamands; ce n'est pas comme ça qu'on vous présente chez nous"

Les commentaires sont fermés.