Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

07.02.2011

Information : quels filtres ?

Une réaction "à chaud", de celle que j'évite d'ordinaire mais je me sens trop interpellée pour me taire.

J'ai suivi avec intérêt l'incident de l'avion Ryanair à Lanzarote, parce que j'ai utilisé plusieurs fois, avec satisfaction, la compagnie, parce que je connais bien les Canaries et l'aéroport de Lanzarote, parce qu'enfin mon métier m'a amenée à cotoyer des étudiants durant de nombreuses années et que je me pose beaucoup de questions sur les résultats d'une certaine éducation.

Ce matin, lisant les derniers communiqués sur le sujet, je tombe sur un lien qui renvoie à une longue interview faite par RTL-TVI http://video.rtlinfo.be/video/272158.aspx et les informations qui en ressortent, à moins qu'on ne considère la dame interrogée comme une raciste mythomane, sont assez sciantes. Non seulement sur le fond où les faits semblent détaillés et crédibles, mais surtout sur ce qu'on peut en déduire de la couverture quasi générale par les médias belges. Y compris RTL qui n'a passé au JT qu'un morceau très soft de cette interview.

On constate ainsi une sorte de black-out total pour, je suppose, éviter toute stigmatisation et/ou généralisation d'une communauté. Je peux évidemment comprendre que les règles en matière d'éthique des médias soient de ne rien dire qui ne soit pas strictement utile à la compréhension de la situation si l'élément risque de nuire au vivre ensemble, à la réputation, au respect de la vie privée etc...
Même si cette règle est, dans d'autres cas, très souvent bafouée, cfr toutes les fuites lors d'instructions judiciaires !

Mais cette fois, on préfère, semble t-il, rester dans une affirmation - fausse - qu'on "ne sait pas réellement ce qui s'est passé", plutôt que de dire clairement quelque chose qui va à l'encontre du politiquement correct.
Toutes les hypothèses sont dès lors possibles, dont la plupart peuvent facilement tourner au racisme anti-jeune: ces étudiants (puisqu'on a plusieurs fois utilisé le mot), déjà privilégiés qui, en plein hiver, s'offrent des vacances au soleil et en plus emmerdent le monde des vrais adultes au lieu de bosser pour réussir ! Or il ne s'agit manifestement pas de ça...

D'une manière plus générale, je découvre que l'information dont nous sommes littéralement inondé reste tout aussi opaque et orientée qu'au temps où la bourgeoisie au pouvoir filtrait ce que la morale et les conventions sociales répugnaient à voir divulguer.

Une conclusion provisoire que je nuancerai probablement lorsque l'affaire sera analysée par des gens plus compétents que moi.

 

03.02.2011

Defossé: quelle objectivité ?

Cette note fut initialement publiée à la mi-décembre, où elle rejoignait l'actualité - l'émission spéciale 5 ans de "questions à la une". Corrigée ce matin pour deux fautes "d'ortograve", elle se retrouve en février, un peu hors contexte donc

 

Fervente de Jean-Claude Defossé depuis ses "travaux inutiles" - cette savoureuse dénonciation qui alliait informations et redoutable humour -  j'ai suivi avec le même intérêt les différentes émissions qu'il imagina et/ou anima, conservant au journaliste la même confiance.
Du moins, jusqu'à ce soir des années 90.
Le sujet de cette émission retient mon attention puisqu'on va parler de Banneux. Un endroit que je connais particulièrement bien; le chapelain à qui Mariette Beco raconta les "apparitions", est en effet de ma famille et nous avons passé bien des dimanches de mon enfance chez lui.
Je connais JCD et ne m'attends donc absolument pas à ce qu'il brûle des cierges en récitant des Ave pour réussir son émission mais la biographie rapide qu'il trace du chapelain me laisse stupéfaite: voici ce brave Oncle Louis devenu un "proche des milieux rexistes", qualificatif qui évidemment pue l'extrême-droite, l'antisémitisme, la collaboration, bref rien que des choses moches de moches !
Cela n'a vraiment rien à voir avec l'homme que je connais : j'ai entendu souvent mon père me raconter comment, durant la 2de guerre, Oncle Louis avait caché le grand rabbin de Liège, une personnalité de notre quartier qui nous saluait toujours très chaleureusement. Comment aussi il avait hébergé plusieurs groupes d'enfants juifs, les dispersant au milieu des petits démunis qui vivaient au "château des Fawes". Or, en cas de découverte par l'occupant, ce type de comportement pouvait lui valoir la déportation, sans compter les drames qui se seraient abattus sur ses protégés.

Je me souviens aussi de notre étonnement quand Oncle Louis expliquait que s'il avait appris des prières chrétiennes aux gamins - car les Allemands faisaient deux vérifications essentielles: baisser les culottes ... et faire réciter le Notre Père et le je vous salue Marie - il n'avait jamais tenté de convertir ses ouailles d'occasion. " Leurs parents les ont élevés dans leur religion et nous devons respecter ce choix".  Le Bon Dieu s'y retrouverait bien, pensait-il.

On comprend que le jugement lapidaire de Defossé ne pouvait que nous choquer profondément.
D'autant plus qu'on n'avait pas affaire à une légende familiale puisqu'en 2001, le chapelain, devenu chanoine quelques années avant sa mort, était reconnu Juste parmi les Justes, c'est-à-dire un "goy"  qui avait risqué sa vie pour sauver des membres de la communauté juive. Or on sait qu'il s'agit de l'aboutissement d'une procédure qui s'appuie sur de multiples preuves et non des hagiographies partisanes.

Ce passage de l'émission (mais aussi le ton général né de cette "information" ) me semble témoigner de deux défauts majeurs pour un journaliste: l'utilisation d'un élément totalement sorti de son contexte d'abord et la sensation de vouloir régler des comptes au lieu de présenter une enquête.

Le contexte : les apparitions se passent en 1933. Si Hitler apparait comme un monsieur vulgaire et agressif, bien peu de gens peuvent ne fut-ce qu'imaginer ce qu'il va faire. Pour beaucoup, Léon Degrelle est l'homme politique qui veut défendre les valeurs catholiques traditionnelles: la famille, le travail, la vertu et la religion. Les éditions "du Christ Roi", qu'il finira par confisquer pour asseoir sa conquête du pouvoir, publient des centaines de titres de toutes sortes, des romans, des magazines, des pamphlets et ... une brochure racontant les apparitions. C'est bien peu pour situer l'abbé - qui n'en est pas l'auteur- dans les milieux rexistes
On connait le rôle décisif que joua le cardinal Van Roey dans la dégringolade de Degrelle en 1937. Ce fut pour la plupart des brebis catholiques, une révélation et seuls les partisans de l'extrémisme rexiste continueront à soutenir le tribun de Bouillon.

L'attitude du chapelain de Banneux durant la guerre montre bien qu'on n'est absolument pas dans ce terrain fangeux et nauséabond. Il a compris, rapidement, qu'il était effectivement des proximités même indirectes qu'il fallait fuir et condamner.
C'est ce contexte que je reproche à Defossé de ne pas avoir évoqué, se contentant d'affirmer que les apparitions étaient non seulement une juteuse affaire pour de mercantiles visées mais qu'en plus, elles avaient un point de départ douteux puisque soutenues par un prêtre fort peu fréquentable.

Les comptes à règler sont bien sûr ceux d'un athée convaincu, tout content de pouvoir salir le comportement de l'Eglise catholique, la grande ennemie. En tant qu'individu, il a évidemment le droit le plus absolu de faire rôtir tous les matins l'un ou l'autre curé pour le bouffer avec appétit mais comme journaliste, une analyse qui s'appuie sur autant de regards biaisés, de sous-entendus malveillants ou de allusions "assassines" me semble une grosse faute déontologique.

Nous, les parents du chapelain, avons hésité à réagir publiquement car en ce 20es finissant, Intermédias et autres médiateurs de la RTBF n'étaient pas encore opérationnels. Que vaudrait notre position face à un journaliste aussi connu ?
Aujourd'hui l'anniversaire de "Questions à la Une", l'un de ses bébés et Internet me donnent enfin l'occasion et le moyen de présenter une autre version, plus "objective", je crois...

 

 

O tempora ! O mores !

Tout le monde se souvient de cette célèbrissime réplique de Pivert/de Funès à son chauffeur Henri Guybet: "Salomon ! Vous êtes juif ? " qui déclenchait immanquablement les rires, tant il était évident qu'aucun goy ne pouvait s'appeler comme le bâtisseur du temple de Jérusalem !
Depuis lors, la valse des prénoms à la mode s'est affranchie des racines culturelles ou religieuses, une même fratrie pouvant héberger des petits Nathan, Boris, Iago ou Clara, sans qu'on doive y chercher des ancêtres exotiques, juif, russe, espagnol ou italien. Si on y ajoute les héros des séries américaines, les vainqueurs des téléréalités et les variantes créatrices de prénoms plus banals que l'on entend personnaliser, on voit bien que les parents n'ont plus besoin de saints patrons efficaces pour leur progéniture et qu'il n'y a plus guère que chez les Wathelet que survient encore un roi mage à chaque génération.
Dès lors, continuera t-on longtemps à rigoler de la feinte ? On verra.  Peut-être les générations futures ne comprendront-elles plus ce que ça a de drôle, exceptée la mimique de de Funès bien sûr !

Dans le même ordre d'idées - celui de l'évolution des référents et des normes - je me souviens d'une autre blague qui avait cours il y a une vingtaine d'années : deux gamines, 4 et 6 ans, participent à une fête de famille quand, en fin de journée, l'aînée dit à la plus jeune " j'ai trouvé une capote dans la véranda"; la cadette demande alors "c'est quoi une véranda ? ".
J'y repensais hier soir après avoir visionné le bon thriller de Grégoire Vigneron "sans laisser de traces". Le DVD comportait un bonus, un court-métrage des débuts du même réalisateur, qui s'intitulait "une fausse image de moi". Sur la boite comme dans le générique figurait l'avertissement "attention, certaines scènes pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes".

Le grand film comportant deux séquences assez violentes, j'ai pensé qu'il s'agissait d'actions du même ordre.
Je n'y étais pas du tout ! Voici le pitch comme on dit aujourd'hui: Le héros, invité par une amie photographe expérimentale à poser pour elle, feuillette son press-book et découvre qu'elle constitue en fait une collection de clichés de pénis en érection. Le voilà donc sommé, après une brève étreinte plutôt pudique, d'exhiber le résultat de son imagination, alors que sur le mur derrière lui s'affiche un immense gros-plan d'un triangle féminin méticuleusement épilé.

Ce n'était franchement pas porno; c'est pourquoi la vision de photos de membres virils bien inspirés et de ce grand minou supposé artistique ne devait "heurter la sensibilité" que "des plus jeunes", probablement donc les protagonistes de ma blague, les 4-6 ans.

N'empêche que je me reportais 50 ans en arrière, à ma tendre enfance et même à mon adolescence aussi envahie de questions que consciencieusement préservée des réponses: combien avions-nous vu de pénis en érection avant notre première relation amoureuse sérieuse ? Où d'ailleurs ? Nos livres scolaires ne proposaient pas d'illustrations sorties de l'enfer des grands musées, les films où un bout de sein apparaissait était "interdit aux moins de 16 ans", alors un zizi, et en forme encore bien, impensable !! Les plages naturistes existaient mais les messieurs y étaient priés de n'avoir aucune mauvaise pensée et de toutes façons, rares étaient les reportages TV sur le sujet qui passaient en prime time.

Aujourd'hui les décideurs dûment mandatés pour protéger nos chères têtes blondes sont devenus fort réalistes: ils en ont vu bien d'autres, inutile de viser trop haut (ou trop bas ? )  Seule la sensibilité des plus jeunes pourrait (pas sûr, donc) être heurtée.
Je revisite donc ma blague : "tu vois, le monsieur, il bande devant l'objectif" - "c'est quoi un objectif ? "